ALLIANCES POLITIQUES EN AFRIQUE : Les retrouvailles Alpha Condé-Cellou Dalein relance le débat

Qui eût cru qu’Alpha Condé et Cellou Dallein Diallo marcheraient, un jour, main dans la main face au pouvoir en place en Guinée ? L’alliance actée le mercredi 11 mai dernier est un marqueur propre à la classe politique africaine. 

La classe politique africaine ne cessera jamais de nous surprendre. Comme en témoignent, le mercredi dernier, les retrouvailles entre le président déchu Alpha Condé et le Cellou Dalein Diallo. Pour tordre la main au colonel Mamadi Doumbouya, patron du régime guinéen, qui vient de proposer un chronogramme de 39 mois, les deux ex-adversaires ont marché main dans la main.

Le Rassemblement du peuple de Guinée (Rpg Arc-en-ciel) et l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg) ont été brutalement rapprochés par leur hostilité commune à la junte au pouvoir. Ces deux formations politiques auxquelles s’ajoutent l’Union des forces républicaines de Sidya Touré et d’autres personnalités de premier plan ont signé une déclaration commune. Au total, 46 partis rejettent « la décision unilatérale » du colonel Doumbouya de porter la durée de la transition à 39 mois. Alors que l’article 77 de la Charte de la transition recommande de définir le chronogramme d’un « commun accord ». Le nouveau duo Condé-Dalein a l’effet d’une bombe dans l’opinion guinéenne. Les deux ex-ennemis se portaient un désamour irréductible parti, sans doute, de la chaotique Présidentielle de 2010. Lors de ce scrutin, Dalein est en tête, au premier tour, avec 43, 60 %, Condé arrive de loin avec 18,25 %. Le second tour se tient presque cinq mois après émaillés de d’affrontements le plus souvent communautaires tragiques. Alpha Condé est déclaré vainqueur avec 52, 52 % contre 47.48 % en dépit du soutien de Sidya Touré, arrivé 3ème au premier tour avec 13, 03. C’est cette Présidentielle, sans doute, inédite, dans l’histoire de la démocratie qui marque la césure profonde entre Rpg et Ufdg. Le mercredi dernier, le miracle s’est produit, laissant interloquée l’opinion.

Au Sénégal, la super coalition Yewwi askan wi (Yaw)-Wallu portée sur les fonts baptismaux à l’occasion des prochaines Législatives a créé la surprise. La raison ? Le chef de file de Yaw, Ousmane Sonko, opposant radical à Macky Sall a bâti sa réputation politique autour de l’idée « anti-système ». En clair, aucune accointance avec le pouvoir actuel ou précédent n’est tolérée. Ainsi, à la Présidentielle 2019, Sonko arrivé 3ème était allié au Rassemblement national démocratique (Rnd) du Dr Dialo Diop, Yoonu Askan Wi, Taxaw tem, etc. C’est en quoi la marche main dans la main entre Sonko et Wade passe pour contre nature. Il en a quasiment été toujours ainsi.

Pour se défaire du régime socialiste, Me Abdoulaye Wade a dû sceller une alliance avec les forces politiques les plus à gauche. Lui qui ne cessait de revendiquer ses convictions libérales. En 2000, porté par la Coalition alternance 2000 (Cal) constitué de Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (Ld/Mpt) du Pr Abdoulaye Bathily, le parti de l’indépendance et du travail (Pit) d’Amath Dansokho et And Jëf de Landing Savané. Ces mêmes partis (Ld, Pit et Aj) ont fait bloc autour de l’Alliance pour la République (Apr) de Macky Sall pour battre Abdoulaye Wade au second tour de la Présidentielle de 2012. Comme en Guinée, aujourd’hui, les coalitions et autres alliances politiques naissent un peu partout de la conjoncture politique et rarement des affinités idéologiques.

Félix DIAGNE   – laviesenegalaise.com

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