Fête du Travail le 1er Mai 2018 : les vérités de Macky Sall aux syndicats

Education, Société africaine de raffinage, Compagnie sucrière sénégalaise, non-respect de décisions de justice par certains services de l’Etat, chômage des jeunes…, le chef de l’Etat crache ses vérités aux syndicalistes. C’était hier, lors de la cérémonie de remise des cahiers de doléances par les organisations syndicales.

Le président de la République Macky Sall n’est pas content. Il ne semble guère agréer le débat médiatique autour de la Société africaine de raffinage. Aux différents acteurs, il demande le sens de la mesure. “Certaines questions ne se règlent pas sur la place publique. Le gouvernement est en train de tout mettre en œuvre pour gérer la situation. Si des gens ont des choses à dire, qu’ils le fassent devant les instances habilitées, mais non dans la presse’’, tempête le chef de l’Etat. Il répondait ainsi à une question du secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal/Forces du changement (CNTS/FC), hier, lors de la cérémonie de remise de cahiers de doléances. Ce dernier, quelques instants plus tôt, regrettait un “réveil brutal des travailleurs de la SAR’’, à cause des difficultés liées au raffinage des produits.

A ce propos, le syndicaliste n’a pas manqué d’interpeller le gouvernement pour des explications claires. Pour le président de la République, si ce n’était les efforts de l’Etat, la SAR, il y a longtemps, aurait mis la clé sous le paillasson. Avec force, il affirme : “D’abord, permettez-moi de préciser qu’il n’y a pas de repreneur à la SAR. L’Etat est toujours majoritaire. Le groupe Locafrique a acheté les parts de Bin Laden, soit 34% du capital. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que, c’est grâce aux efforts constants de l’Etat que l’entreprise est encore en vie. Si on arrête aujourd’hui, l’entreprise va disparaître. Il faut donc revenir à la raison. C’est contre-productif de balancer comme ça dans la presse certaines informations qui peuvent mettre en péril l’entreprise’’. Cela dit, l’Etat a renouvelé sa décision ferme d’accompagner le secteur pour qu’à l’horizon 2021, avec l’exploitation du pétrole et du gaz, le Sénégal puisse disposer d’une raffinerie performante. Il convient de noter que cette mise en garde du président Macky Sall fait également suite aux sorties très médiatisées du patron de Locafrique.

Macky Sall sur les enseignants de Kennedy restés 62 mois sans toucher leurs salaires

Outre le secteur des hydrocarbures, Macky Sall, à l’instar des nombreux intervenants, est également revenu sur la situation scolaire pour se féliciter du dénouement heureux de la crise. Toutefois, une attention particulière a été réservée au cas des deux enseignants de Kennedy qui n’arrivent pas à percevoir leurs salaires depuis 62 mois.

Une question douloureuse qui a également été soulevée par le SG de la CNTS/FC. Selon lui, une mesure de clémence pourrait bel et bien être envisagée, mais à la condition que les concernés revoient leur comportement. “Dans cette affaire, rappelle-t-il au syndicaliste, il faut préciser que ces enseignants ont déchiré les emplois du temps. Par la suite, on les a affectés au niveau du ministère et ils ont refusé de rejoindre le service. On leur a envoyé une demande d’explication et ils l’ont encore déchirée. L’Etat ne peut pas accepter certains comportements. Jusqu’à présent, ils refusent d’obtempérer.

D’ailleurs, ils avaient saisi la justice, mais ils ont été déboutés. Sur la base de quoi on va les payer. La rémunération, c’est sur la base d’un travail. S’ils refusent délibérément de regagner leur poste, que peut-on y faire. Demandez-leur de rejoindre leur affectation, à ce moment, je pourrai demander au ministre Serigne Mbaye Thiam de faire preuve de clémence.’’

“Si on augmente l’âge de la retraite partout, les jeunes auront davantage de difficultés à trouver un emploi’’

Au cours de la rencontre, il n’a pas été question que des travailleurs. Les chômeurs ont également eu droit au chapitre. Le chef de l’Etat de rappeler les nombreuses initiatives de l’Etat pour lutter contre le fléau. Sous son magistère, explique-t-il, 411 000 emplois ont été créés.

En 2018, il est projeté la création de 75 à 80 000 emplois supplémentaires. Au demeurant, le président semble aussi convaincu que la question du chômage reste prégnante et demeure une haute priorité de son gouvernement. Il en a d’ailleurs profité pour dire ses vérités à tous les syndicats qui sollicitent une hausse de la retraite à 65 ans. “Ce n’est pas parce qu’on a porté l’âge de la retraite à 65 ans chez les médecins et les enseignants du supérieur que tout le monde va demander la même chose. L’Etat ne gère pas que des travailleurs. Et puis, si l’on accède à cette doléance, les jeunes auront davantage de difficultés à trouver un emploi’’, clame-t-il, non sans justifier les hausses dans les secteurs précités.

Dans la même veine, le président Sall évoque la Sécurité qui demeure, selon lui, un secteur primordial. Son gouvernement, estime-t-il, est en train de faire “d’énormes’’ efforts pour résorber le retard en matière de recrutement. Pour des raisons de secrets-défense, je ne peux vous révéler le nombre d’agents que j’ai trouvé sur place en 2012 ; nous sommes en train de pallier cette insuffisance, en recrutant chaque année 1 500 nouveaux agents. Tout ça requiert des moyens et nos ressources sont limitées.’’

“On ne donne pas des injonctions à l’Etat’’

Mais les syndicalistes ont également évoqué les remous au niveau de l’Administration des impôts et domaines. C’est Mody Guiro qui attire l’attention du président sur une supposée violation d’une décision de justice par le ministre de l’Economie et des Finances.

Selon lui, la justice avait donné raison aux travailleurs qui avaient attaqué un décret de répartition des fonds politiques. Le président, bien imprégné du dossier, rectifie. “Au contraire, ces gens ont été déboutés. Par contre, la Cour suprême a déclaré que le décret ne saurait rétroagir. Ce qui est compré- hensible. Quoi qu’il en soit, c’est un secteur névralgique de notre économique et il faudra s’asseoir autour d’une table pour trouver une issue heureuse.’’ Idem pour les travailleurs de la mairie de Kaolack, le président Macky Sall a tenu à préciser que c’est une situation antérieure à l’avènement de son régime.

A Mody Guiro qui reprochait à l’Etat de protéger la mairie au détriment des travailleurs et qui demandait une résolution sans délai du conflit, il précise : “A vous entendre, c’est comme si l’Etat protège le maire qui est membre du régime en place. Or, cette situation est là depuis l’ancien régime. Et puis, on ne donne pas des injonctions à l’Etat en lui disant de régler sans délai…’’.

Il est alors coupé par le SG de la CNTS assis juste en face de lui qui retire ses mots et sollicite la raison humanitaire. “Puisque vous le retirez, c’est bien’’, sourit le président qui demande à ses services de diligenter l’affaire.

En ce qui le concerne, le secrétaire général du Synpics, Ibrahima Khaliloulah Ndiaye a interpellé le chef de l’Etat sur diverses questions dont la gestion de la Maison de la presse, la situation à l’Agence de presse sénégalaise, l’application du Code de la presse ainsi que la finalisation de la nouvelle convention collective.

Le patron du Synpics considère que cette infrastructure est en ce moment tout sauf une maison de la presse. La cérémonie a été marquée, notamment, par l’absence de Mademba Sock, secrétaire général de l’Unsas, pour des raisons médicales, ainsi que la guerre interminable de leadership entre Bakhao Ndiongue et Cheikh Diop. D’ailleurs à ce propos, le chef de l’Etat a tenté de recoller les morceaux, mais c’était sans compter sur les rancunes de part et d’autre. Les deux ex-collaborateurs au sein de la CNTS/FC n’ont cessé de se crêper le chignon au cours de la rencontre.


EnQuete

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