Respect des libertés, état de droit, relations avec ses opposants : Macky, le sosie d’Abdoulaye Wade

Porté à la tête du pays le 25 mars 2012, le Président Macky Sall fête ce samedi ses cinq ans de magistère. Cinq années pendant lesquelles le chef de l’Etat a marché sur les pas de son prédécesseur. Surtout en matière de respect des libertés individuelles et de l’Etat de droit.

L’ accession de Macky Sall au pouvoir le 25 mars 2012 avait suscité autant d’espoir chez la plupart des Sénégalais qui pensaient arriver au bout de leurs peines avec le départ d’Abdoulaye Wade.

Mais au fur et à mesure que le successeur du Pape du Sopi exerce le pouvoir, ces espoirs s’amenuisent dans beaucoup de domaines, surtout dans celui de l’Etat de droit et du respect des libertés individuelles. Sur ces questions, Macky Sall semble marcher sur les pas de son prédécesseur et père politique. En effet, depuis son accession au pouvoir, le Président Sall règne d’une main de maître.

De 2012 à maintenant, presque aucune manifestation de l’opposition ne s’est tenue sans difficulté. Si elles ne sont pas interdites, elles sont violemment réprimées comme ce fut le cas le 31 octobre 2016. Ce jour-là, les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser une manifestation pacifique organisée par l’opposition après que le préfet de Dakar eut cherché à imposer aux manifestants un itinéraire autre que celui initialement prévu. Une décision qu’il a justifiée par un arrêté de 2011 pris par l’ancien ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom, lequel interdisait toute manifestation dans le centre-ville de Dakar.

Une situation qui n’a pas d’ailleurs laissé indifférente la section sénégalaise d’Amnesty international. Cette organisation de la société civile sénégalaise, dans son rapport annuel 2016-2017, relève beaucoup de failles en matière de respect des libertés.

Seydi Gassama estime que la liberté de réunion, encadrée par la Constitution, est toujours bafouée au Sénégal, malgré le départ d’Abdoulaye Wade du pouvoir. “Les autorités ont interdit plusieurs manifestations pacifiques d’organisations de la Société civile et de partis politiques et arrêté des manifestants”, a déploré le directeur exécutif d’Amnesty international.

Emprisonnements de leaders d’opposition

En plus de cette répression systématique des manifestations de l’opposition, beaucoup d’opposants au régime ont été emprisonnés. Le dernier à passer chez le coiffeur est le maire de Dakar, Khalifa Sall empêtré dans l’affaire de la gestion de la caisse d’avance de la mairie après une inspection de plusieurs mois des éléments de l’IGE. L’édile de la capitale est accusé d’avoir détourné 1,8 milliard de F CFA rien que dans la période 2011-2015.

Mais pour beaucoup d’observateurs, “cette affaire politicojudiciaire n’est rien d’autre qu’une tentative de liquidation d’un adversaire politique qui, de plus en plus, se positionne comme un sérieux challenger du chef de l’Etat en perspective des prochaines joutes électorales de 2017 et de 2019”. Quoi qu’il en soit, le contexte dans lequel cette affaire surgit est d’autant plus troublant que l’opposition a décidé de faire de Khalifa Sall sa tête de liste nationale à Dakar, lors des Législatives du 30 juillet 2017.

L’autre fait intrigant dans cette affaire, c’est que presque tous les lieutenants du maire de Dakar sont emprisonnés. L’édile de la Médina, Bamba Fall, le directeur de cabinet de Khalifa Sall, Bira Kane Ndiaye, le chef de cabinet du maire de Grand Yoff, Bassirou Samb ainsi que d’autres jeunes socialistes, croupissent tous en prison depuis un bon moment.

Traque des biens mal acquis…

Avant Khalifa Sall et ses lieutenants de Taxawu Dakar, ce sont les Libéraux du Parti démocratique sénégalais qui ont été les premières cibles de cette série d’emprisonnements d’hommes politiques. Entre 2012 et aujourd’hui, ils sont des dizaines de responsables du Parti démocratique sénégalais à avoir été emprisonnés. La plupart d’entre eux l’ont été d’ailleurs dans le cadre de la fameuse traque des biens supposés mal acquis.

Le président de la République Macky Sall, dès son accession au pouvoir le 25 mars 2012, a aussitôt mis en branle une politique de reddition des comptes. Si cette initiative était au départ saluée par les Sénégalais, elle a vite été orientée vers les caciques du PDS. 25 personnalités libérales, sont alors dans le collimateur de la redoutable Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), une chambre spéciale qui renverse le principe de la charge de la preuve.

La machine judiciaire mise en branle, le fils de l’ancien président de la République a été le premier cacique de l’ancien régime à être coffré. Son dossier présenté à l’opinion nationale et internationale comme une demande sociale est aussitôt enrôlé. Il sera arrêté le 15 avril 2013 après une mise en demeure pour lui permettre de justifier l’origine licite de sa fortune évaluée à 117 milliards, d’après le Procureur spécial près la CREI, Pape Alioune Ndao.

Après plusieurs mois de procès, Karim Wade est condamné à 6 ans de prison et à payer 138 milliards F CFA d’amende. Sa condamnation a aussitôt provoqué l’ire des jeunesses du Parti démocratique sénégalais qui ont multiplié les manifestations de protestation, surtout à Dakar.

C’est ainsi que le Secrétaire général de l’Union des jeunesses travaillistes libérales (UJTL), Toussaint Manga, est arrêté avec d’autres jeunes du parti pour troubles à l’ordre public. Avant lui, l’ex Secrétaire général de cette même structure qui regroupe les jeunes du PDS est lui aussi condamné et placé sous mandat de dépôt.

Le PDS soumis au rouleau compresseur de la justice, ses responsables tombent sous le coup de la loi un par un. Le dossier de Karim Wade scellé et classé après sa condamnation, la CREI cible Aïda Ndiongue. L’ex-sénatrice libérale sera arrêtée et placée sous mandat de dépôt en décembre 2013 pour escroquerie, faux et usage de faux sur les produits phytosanitaires destinés au Plan Jaxaay.

Sa fortune évaluée à 47 milliards par le Procureur près la Cour de répression de l’enrichissement illicite, est saisie par les autorités judiciaires. Condamnée, Aïda Ndiongue emportera dans sa chute l’ex-directeur de cabinet de l’ancien ministre de l’Urbanisme sous Abdoulaye Wade, Abdoul Aziz Diop. En fin décembre 2015, le coordonnateur du PDS a été envoyé à son tour en prison suite à un communiqué de sa formation politique sur l’affaire Lamine Diack.

Poursuivi pour faux, usage de faux et diffusion de fausses nouvelles, le numéro 2 du Parti démocratique sénégalais va lui aussi passer des jours en prison, avant de bénéficier d’une liberté provisoire, le 26 janvier 2016.

Quelques semaines avant son incarcération, El Hadji Amadou Sall, responsable libéral et non moins avocat de Karim Wade, a été incarcéré à son tour. Il lui est reproché d’avoir tenu des propos injurieux à l’encontre du président de la République lors d’une manifestation des libéraux tenue dans la banlieue dakaroise. “Macky Sall est un peureux. Il est incompétent, incapable et impuissant. Il n’a pas de projet de société. Pour lui, la seule chose qu’il doit faire, c’est d’emprisonner Karim Wade. Nous lui ferons face.

Que tout un chacun sort son bâton, gourdin, cuillère, pilon, pour la résistance”, avait-il déclaré avant d’être arrêté et emprisonné. Au bout de six mois, il bénéficie, le jeudi 18 juin 2015, d’une liberté conditionnelle. Idy, Mbaye Niang, Mansour Ndiaye, M. Lamine Diallo… claquent la porte de BBY Si Macky Sall a réussi à maintenir la dynamique de la coalition qui l’a porté au pouvoir, BBY en l’occurrence, il n’a pas su retenir certains de ses alliés dont Idrissa Seck. Le leader de Rewmi qui ne se retrouvait plus dans la façon de gérer du président de la République, a vite fait de prendre ses distances et de rejoindre le PDS dans l’opposition le 11 septembre 2013.

Le 17 février 2016, Imam Mbaye Niang lui emboîte le pas. Le Secrétaire général du MRDS, Mouvement de la réforme pour la démocratie et le socialisme, et père du ministre de la Jeunesse, Mame Mbaye Niang, a tout simplement claqué la porte de la mouvance présidentielle. Mieux, il s’est déchargé de toutes ses fonctions de membre du bureau de l’Assemblée nationale pour ne devenir qu’un simple député. Il reproche au président de la République Macky Sall de ne pas respecter sa promesse de réduire son mandat de 7 à 5 ans conformément à ses engagements pris devant le peuple sénégalais lors de la campagne électorale de 2012.

Quelques semaines plus tard, le Mouvement Tekki de Mamadou Lamine Diallo décide lui aussi de claquer la porte de BBY pour intégrer la coalition Gor ca wax ja au sein de laquelle il a battu campagne pour le triomphe du NON lors du référendum du 20 mars 2016. Dans la liste des démissionnaires de BBY, figure aussi en bonne place, le président de Dooley Yaakaar/Union pour la Démocratie et la Réforme, Mansour Ndiaye qui a décidé de faire cavalier seul depuis lors. Les cinq ans de magistère du Président Macky Sall auront été marqués par le référendum du 20 mars 2016. En 2012, le leader de l’Alliance pour la République (Apr), alors candidat à la magistrature suprême, avait promis de ramener son mandat de 7 à 5 ans.

Porté à la tête du pays, Macky Sall a tourné sa veste, arguant du fait que la constitution ne lui permettait pas de réduire son mandat en cours. Mais le chef de l’Etat a tout de même soumis au peuple un référendum contenant une vingtaine de réformes institutionnelles. Ce procédé, aux yeux de l’opposition, était une manière pour le président de la République de “mackyller” son reniement. La suite, on la connaît…

  • EnQuete

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