Guerre en Ukraine – l’Afrique menacée par « un ouragan de famines »

Le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a mis en garde ce lundi 14 mars contre les répercussions de la guerre livrée par la Russie en Ukraine, qui risquent de se traduire par « un ouragan de famines » dans de nombreux pays. Très dépendants des importations de blé et de denrées essentielles, la plupart des pays du pourtour méditerranéen et du reste du continent se préparent à subir un choc de grande ampleur.

Sombres perspectives pour les pays africains dans la foulée de la guerre en Ukraine. L’arrêt des exportations de céréales, dont le blé, et autres intrants agricoles, va durement frapper la plupart d’entre eux, déjà confrontés à une crise alimentaire structurelle (dérèglements climatiques, conflits) ou considérablement fragilisés par les hausses de prix et la spéculation boursière autour de produits essentiels. Au point que le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a alerté ce lundi 14 mars sur le risque d’« un ouragan de famines » dans de nombreux pays.

L’Égypte, premier importateur de blé au monde
Moscou et Kiev représentent 34 % des échanges de blé, une matière première qui a enregistré une augmentation de 70 % depuis le début de l’année. Les pays du pourtour méditerranéen en souffrent fortement. Pour l’Égypte, cela représente 80 % des importations. C’est le premier importateur de blé au monde (12 millions de tonnes).

Le pays dispose de « trois ou quatre mois de stock », estime Jean-François Loiseau, président de l’interprofession céréalière française Intercéréales. Le prix du pain aurait fait un bond de 50 % depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. Le Caire envisage une augmentation du prix de la galette subventionnée destinée aux bas revenus. Une prise de risque inédite depuis les « émeutes du pain » de 1977.

En Algérie, l’espoir d’une compensation par les exportations de gaz
C’est une source d’inquiétude pour les autres pays de la région, comme pour ceux du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, historiquement importateurs nets de denrées alimentaires. Les Algériens, par exemple, ont gardé le souvenir des émeutes de 2011 suite à une envolée brusque des prix de l’huile et du sucre qui s’est répercutée sur d’autres produits de large consommation. Dans des quartiers d’Alger, des boutiques avaient été prises d’assaut par des groupes de jeunes. Des manifestations avaient éclaté à 250 km de là, dans la ville de Béjaïa, en Kabylie, et jusque dans celle de Constantine, capitale de l’est du pays.

Alger escompte toutefois amortir cette secousse par les gains supplémentaires tirés des exportations de gaz, tout comme le Maroc pour les phosphates, dont le cours monte.

Une plaie de plus pour des pays déchirés par des conflits internes
En revanche, l’insécurité alimentaire dont souffrent déjà les populations pauvres au Liban, au Yémen, en Syrie, au Soudan, déchirées par des conflits internes, va connaître une nouvelle ampleur. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix mondiaux des denrées alimentaires ont enregistré un pic record au mois de février, soit une hausse de 3,9 % par rapport au mois de janvier.
L’Europe et l’Afrique vont être « très profondément déstabilisées sur le plan alimentaire » dans les douze à dix-huit mois, a averti Emmanuel Macron, vendredi, à l’issue d’un sommet européen à Versailles. Au-delà du constat, les pays d’Afrique ont surtout besoin d’un véritable plan de sauvegarde pour éviter l’explosion de la famine redoutée par le programme alimentaire mondial.

L’association CCFD-Terre Solidaire propose notamment la mise en place de « systèmes de protection sociale alimentaire dans les pays impactés ». Peut-être est-il tout aussi urgent de tirer un trait sur les dettes qui asphyxient ces pays déjà à l’agonie.

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Source humanite.fr
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