Editorial – Un mètre n’est pas Sénégalais

Une des mesures édictées pour éviter d’attraper le virus du Covid-19 est de respecter la distance d’un mètre avec les autres. Cette mesure, si précieuse en ce temps de trouble sanitaire, semble ne pas être la tasse de thé de l’homo senegalensis.

En vrai, il existe mille et une habitudes qu’il ne lui est pas facile d’abandonner du jour au lendemain. Et ceci, malgré qu’on est conscient, sur toute l’étendue du territoire national, que le virus rode, à la recherche d’un corps ou se nicher pour continuer son invisible vie qui ne finit toujours pas d’en ôter d’autres. Parmi ces habitudes bien encrées en des milliers de Sénégalais : le rapprochement. En effet, c’est une chose de sensibiliser, mais c’en est une autre de faire appliquer le message de sensibilisation.

Grand-Dakar, dans l’atelier d’un frigoriste. Comme à l’accoutumée, les midis du dimanche sont un moment où tous se regroupent pour fumer, boire du café et… discutailler. C’est donc dans un atelier pas grand comme une boutique de quartier, entre les réfrigérateurs, les climatiseurs et autres appareils électroménagers que l’on se retrouve, pour ne pas évoquer l’idée de l’entassement. On parle du Coronavirus, de la ligue des champions, à une distance moindre que celle d’un mètre. Il arrive même qu’on tienne la main de celui avec qui on discute, pour attirer son attention. La transmission du virus? Ah, nul ne l’a ici! Pourquoi alors se prendre la tête à s’éloigner de son co-débatteur? Pourquoi diable ne pas se toucher!

Thé à la Sénégalaise

Au fonds de l’atelier, une voix retentit. Une petite voix, d’ailleurs. Mais, que tous attendent. Pas une voix, plutôt, un bruit. Celui du thé qui suit un minutieux procédé de cuisson, dessus la bouteille à gaz. Bientôt, il est servi. Et son odeur alléchante attire. Une théière, deux tasses, une bonne dizaine de personnes dans cet étroit atelier…Deux tasses, dix personnes, à moins d’un mètre les uns des autres et qui, en plus d’enfreindre le mètre édicté, vont boire dans la même tasse!

Mais diable, pourquoi leur demander de ne pas boire dans la même tasse? Nul n’a le virus ici. Donc…On le voit alors, le problème des précaution ne repose pas sur une inefficacité communicationnelle, car tous savent ce qu’il en est de la dangerosité du Coronavirus, et de sa rapide propagation. Sociologique: tel semble le qualificatif qui colle le mieux au problème. Il est dans l’ADN sociologique du Sénégalais de se regrouper en un point X, parlant d’une chose Y, avec une distance de -1m L’équation est d’ordre sociale. N’a-t-on pas vu (et déploré) des policiers bastonner quelques récalcitrants qui n’ont pas tenu à respecter les horaires du couvre-feu ? Ces policiers, “corrigeant”, eux-mêmes, ont manqué à la correction, en se rapprochant à plus d’un mètre de ceux qu’ils remettaient sur le droit chemin. Ce n’est plus un policier, à la vérité, c’est un Sénégalais, qui a horreur des contacts lointains et qui, même pour faire respecter une règle (couvre-feu), en viole une autre (le mètre)…

 

  ♦ Par Moussa Seck – laviesenegalaise.com

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