De quoi demain sera fait? (Par Samba Oumar Fall – Journaliste)

La fête de korité de cette année, on s’en souviendra longtemps encore, a été très morose, loin de l’ambiance des grands jours. La faute à un invité indésirable. Une invitée plutôt, parce que l’Académie française, après ses analyses et autres échographies, a décrété que le sexe du virus (covid-19) est féminin, alors que tout le monde le prenait pour un mâle très viril. Une décision loin de faire l’unanimité. Et pendant que l’on polémique sur son sexe, cette merde est là, sans vergogne, cruelle, redoutable, assez démocratique quand même ; et pas encore décidée à foutre le camp. Difficile de mettre un visage sur la gueule de cette ennemie indésirable, entrée en catimini sur notre territoire national et difficile à localiser. Elle ne doit pas être angélique. Le monstre ! Sournoise et perverse, elle l’est, et elle ne s’est pas privée de bousculer nos vieilles et coriaces habitudes : on porte désormais des masques comme des fantômes, se lave très fréquemment les mains comme des paranoïaques, tousse ou éternue en catimini, évite tout contact. Eh oui, on ne se sert même plus la main et finis les embrassades, accolades et autres petits câlins. Les experts en la matière devront bien faire leur deuil. Qui l’eut imaginé quelques mois plus tôt ? Il faut s’appeler coronavirus, tueur qui ne boxe pourtant pas dans la même catégorie du grand serial killer qu’est le moustique, maitre dans l’art de transporter des parasites, pour avoir le culot de pousser toute une planète à se barricader, pour amener les musulmans du monde entier à passer le mois béni du ramadan reclus comme des prisonniers. Mais tout n’est pas que négatif dans cette pandémie inédite dans notre monde moderne et qui y laissera à coup sûr des traces. Le virus, malgré son ampleur et sa férocité, nous a appris bien des choses, à commencer par le respect des règles élémentaires d’hygiène que nous avons tant négligées. Il nous a surtout appris que nul ne sait de quoi demain sera fait. Bah oui! Qui pouvait prédire que 2020 allait être aussi horrible, macabre ? Que ce minus de virus allait envoyer tous les projets au terminus ? Que les plus grandes économies au monde s’effondreraient ? Que nos systèmes sanitaires seraient si impuissants pour faire face ? Que des centaines de milliers de vies seraient fauchées ? Que les grandes puissances mondiales chialeraient d’impuissance ? Personne. Pas même ces prédicateurs des temps modernes, ni ces charlatans à deux sous qui se prévalent de pouvoirs incommensurables, moins encore nos chers guides auxquels nous vouons parfois un culte presque divin. Seul notre Créateur connait notre avenir ; Lui, l’Omniprésent, l’Omniscient, Celui qui sait tout. Rien ne Lui échappe, que ce soit dans le passé, le présent ou l’avenir. Et rien ne se produit si ce n’est par Sa volonté. Dans la sourate Al-Anam (les bestiaux), au verset 59, il est dit : « C’est Lui qui détient les clefs de l’Inconnaissable. Nul autre que Lui ne les connaît. Et Il connaît ce qui est dans la terre ferme, comme dans la mer. Et pas une feuille ne tombe qu’Il ne le sache. Et pas une graine dans les ténèbres de la terre, rien de frais ou de sec, qui ne soit consigné dans un livre explicite ». Qui dit mieux?
Au cours de notre éphémère séjour sur terre, nous convoitons des choses, sans savoir si nous serons là pour les savourer. Nous menons une course effrénée vers les richesses, les belles femmes, les promotions, alors que nous ne sommes même pas certains d’être là pour en goûter les fruits. Nous nous donnons rendez-vous à demain, nourrissons des desseins, sains ou malsains, faisons moult promesses, oubliant parfois même que le temps ne nous appartient pas. Chaque jour, nous pensons, planifions et faisons des choix que nous croyons les meilleurs, et à l’arrivée les choses ne se passent jamais comme nous le voudrions. C’est parce que nous sommes de pauvres mortels incapables de savoir de quoi demain sera fait. Et comme il est mentionné dans la sourate Luqman, au verset 34, « La connaissance de l’Heure est auprès d’Allah; et c’est Lui qui fait tomber la pluie salvatrice; et Il sait ce qu’il y a dans les matrices. Et personne ne sait ce qu’il acquerra demain, et personne ne sait dans quelle terre il mourra. Certes, Allah est Omniscient et Parfaitement Connaisseur ».
Comme le dit si bien un proverbe malgache : « Le passé appartient aux ancêtres, l’avenir appartient à Dieu, seul le présent t’appartient ». A défaut de pouvoir savoir ce que demain nous réserve, la patience et l’endurance doivent être notre bouclier. On nous enseigne d’ailleurs qu’elles font partie des vertus qui constituent la parure du bon croyant. Mais sous nos cieux, il est tellement difficile de s’armer de patience dans les moments difficiles et de faire preuve de reconnaissance dans les moments de joie.



Samba Oumar Fall – Journaliste

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