Et si la DGE ignorait la loi

Le camouflet essuyé par la Direction générale des élections incline à douter de cette institution-clé du processus électoral. La Dge connaît-elle la loi ? Le Conseil constitutionnel qui vient de débouter Tanor Thiendella Fall et ses services jette un pavé dans la mare du ministère de l’Intérieur.Tanor Thiendella Fall - Direction générale des élections

La douche froide qui vient de s’abattre sur la Direction générale des élections laisse pantois. Le Conseil constitutionnel a, en effet, débouté cette institution-clé du processus électoral ce matin du mardi 24 mai. Un ajournement d’office si ces techniciens du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique étaient sur les bancs de la faculté de droit. Les sept sages ont donné ainsi raison à Yewwi askan wi porteur d’un recours déposé par son mandataire Dethié Fall. Le document rendu officiel ce matin autorise Yaw à retirer et à substituer d’autres candidats aux deux démissionnaires. Ce point de la loi électorale a failli mettre le feu dans le pays. Les sages ont estimé que « la décision numéro 006062 du 17 mai 2022 du ministère chargé des élections est mal fondée ». Qui eût pensé que la Dge, normalement imbibée du code électoral, ignorait à ce point cette loi ? Sans doute personne. Tant la fougue avec laquelle les hommes de Tanor Thiendella Fall, directeur général de la Dge, se sont opposés à Barthélémy Dias et Déthié Fall (mandataire national de Yaw) venus retirer et remplacer les démissionnaires de la liste départementale de Dakar était inouïe.

En vérité, la décision du Conseil constitutionnel ne dit rien d’autre que le ministère de l’Intérieur ignore la loi électorale. En quoi, ce démembrement décisif du processus électoral expose le pays au pire. Car, la coalition Yewwi sûre de son bon droit avait commencé à chauffer à blanc ses troupes. Faisant face à la presse tard dans la soirée du lundi, les leaders de Yaw avec Khalifa Ababacar Sall en tête ont appelé, sans préciser le jour, à une assemblée générale. D’ailleurs, juste après les leaders de Yaw, Ousmane Sonko a rajouté une couche dans un live sur sa page Facebook. Depuis Ziguinchor, Sonko appelle à un rassemblement de deux cent mille personnes pour, le cas échéant, déloger Macky Sall du palais. Ce climat hautement inflammable déjoué par les sept sages est parti de l’ignorance feinte ou sincère de la Dge. Cet arbitrage heureux du Conseil constitutionnel ne refroidit, sans doute, guère Yaw qui a toujours accusé l’administration de partialité. Ousmane Sonko est allé, hier, jusqu’à citer nommément les trois fonctionnaires de la Dge considérés comme rompus dans l’obstruction de la liste de Yewwi. Un lynchage qui n’augure rien de bon dans cette atmosphère préélectorale tendue. Pourtant, le patron de la Dge est loin d’être en terrain inconnu.

Depuis 2002, Fall est en plein dans les questions électorales. Commissaire divisionnaire de classe exceptionnelle, il a assuré l’intérim du directeur général des élections Cheikh Guèye, passé ministre des Elections, jusqu’à son élection en 2011. Fall avait la main dans le cambouis des élections : présidentielle, législatives et sénatoriales de 2007 et les élections locales de 2009. Il a effectué plusieurs missions internationales relatives aux questions électorales. Titulaire d’une maîtrise en droit, Tanor Thiendiella Fall est, selon Seneweb, également fort d’un diplôme d’études supérieurs spécialisés (DESS, Diplôme inter-universitaire Paris – Nantes), d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en Sciences politiques et d’un diplôme en administration électorale. Il a aussi un certificat en gestion des crises (Louisiane State University) ». Un parcours élogieux qui résiste difficilement à la méfiance de l’opposition et d’une bonne partie de l’opinion.

 

    ♦ Félix DIAGNE – laviesenegalaise.com

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