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« Ils descendent la vallée pour mourir »: Un Roman de M. Abou Ly qui relate le mal de l’immigration

Résumé

Trois hommes – un inspecteur de police, un étudiant étranger et un scientifique – qui ne se connaissent pas se rencontrent sur une plage, chacun avec leurs objectifs respectifs. Cette plage est le lieu où arrivent des immigrés par pirogue, lorsque celle-ci n’est pas interceptée par la police des frontières ou fracturée par la mer. Des discussions sans détour animent ces personnages autour de l’immigration. L’un deux, un jeune scientifique à la recherche d’algues, se retrouve soudain au milieu de cadavres. Un des corps contient une lettre, qu’il récupérera rapidement. Cette lettre, écrite par une femme à son mari parti en zone européenne depuis huit ans, exprime le manque de l’être aimé, les questionnements sur le sens de partir loin par besoins économiques.

Biographie de Abou Ly

Abou Ly est né le 18 décembre 1971 à Doumga Ouro Alpha (Sénégal) et vit à Lyon comme étudiant étranger depuis 2000. Il est diplômé en ingénierie de développement local au Centre international d’études pour le développement local (université catholique de Lyon), en économie -politique à l’IEP (sciences-po de Lyon) en tourisme à Lyon 2 (université Lumière), en économie des transports et tourisme à l’IET de Lyon. Il est aussi compositeur, poète et comédien. Le monde enchanté de l’exode rural et de l’immigration n’est pas celui pourtant de Ly Abou. Grandi dans l’ombre de son enfance orpheline, souffrant du complexe d’étudiant étranger, de l’immigré et du travailleur pauvre, il a plusieurs fois essayé de nous faire revivre le mal de l’immigration par des pièces de théâtre.
Préface
Ni passe-temps récréatif ni exercice formel, le roman parce qu’il a vocation d’attraper la vraie vie, est d’abord école de vie. Par le détour de la fiction, elle élargit notre expérience en nous mettant en contact direct avec la complexité de nos propres vies et celles des autres. C’est à travers les entrelacs de la fiction que se mire et apparait, en toutes lettres, la vérité d’une époque.
L’immigration, matrice de notre ère, est la matière première de ce roman, et le fil invisible qui relie les personnages en les rendant exactement contemporains les uns aux autres, et en faisant partager le même univers ébranlé qui rencontre en mémoire leur expérience des abysses. Abou LY qui ne rédige pas un fascicule sur l’immigration, charge son texte de sa propre chair et de son propre souffle, pour empoigner à bras le corps cette incandescente question. Celle-ci ne peut se réduire à des statistiques, à des dates, à des quotas, mais est avant tout faite de destins individuels. Le lecteur est plongé dans la réalité migratoire, moteur d’une intrigue que le roman, s’efforce d’éclairer du dehors, comme pour la radiographier sous toutes ses faces.
 De l’appel du large et du voyage au projet de retour, en passant par les rituels d’humiliation, le roman explore tous les aspects des expériences migratoires, leur caractère polycentrique, réticulaire, et multi situé. Le roman, toujours à distance de l’indignation inutile ou de l’apitoiement facile, se tient au plus près de chacun des protagonistes pour montrer la condition humaine maltraitée par l’histoire et le destin ; l’écriture suit la trajectoire existentielle des personnages, pour relater les expériences d’humains comme happés par un engrenage tragique, sujets à la précarité, livrés à la logique du pire, et dont le destin s’échappe, en lignes de fuite sur un horizon imprévisible, mouvant et oblique. Un cauchemar qui déferle en fondu enchaîné, et qui se disperse en singularités multiples, dans des destins, des voix, des vies qui renvoient chacune à une tragédie solitaire. Personnages privés de tout, de papiers, de domicile fixe, d’identité, des « sans » dont la vie est condensée par la préposition « sans » à appréhender dans un sens absolu, intransitif. Un mot pivot à travers quoi se dit non pas une privation particulière, mais l’absolu même de la privation : des possibilités de vies mutilées, comprimées, écrasées.
La fiction est plongée dans ces traversées sans viatique d’êtres humains embarqués dans une incoercible dérive. Insiste tout en arrière du texte mais l’affectant en son entier quelque chose de l’ordre de l’hallucination et qui donne au texte sa coloration cauchemardesque : une pirogue échouée avec ses cadavres, une lettre retrouvée… Une écriture entre dit et non dit, une bascule entre réel et hallucination, tant il est vrai que l’hallucination, Benjamin l’a montré, n’est pas retrait du réel, mais sensation d’un excès de réel, l’expression 2 5 de la perception d’un moi assiégé par un trop plein de réel. Le vertige guide l’écriture de LY en lui faisant éviter le mélodrame complaisant, sentimental et narcissique pour l’amener à édifier un roman polyphonique, éclaté et kaléidoscopique, un récit complexe et fragmenté, une organisation complexe, fascinante d’un puzzle par une mosaïque d’anecdotes, de faits, de souvenirs qui orientent et désorientent le lecteur. Un roman aussi inclassable que réussi, dont la force consiste avant tout à s’essayer dans cette expérimentation narrative, par la combinaison de divers registres d’écriture (un récit traditionnel-de multiples séquences dialoguées – « une si longue lettre ») qui, par un va et vient incessant dans l’espace et dans le temps, construisent pour y précipiter le lecteur, une réalité labyrinthique où la stupeur ne se prolonge qu’en se refermant jalousement sur elle-même.
C’est à travers ces effets de sidération réitérés que le roman donne corps à ces expériences limites, états de détresse où se consument corps et âmes, là où chavire non pas une pirogue, mais la raison et où le savoir s’achève. Un voyage au bout du cauchemar au fil d’une fiction qui procède par ellipses et suspens, où la tension monte et s’épaissit jusqu’à devenir un thriller sidérant.
Un roman du tête-à-tête, littéralement et dans tous les sens. Et d’abord ce tête-à-tête premier, obsédant et entêtant avec le tragique. Mais aussi ces interminables entretiens en tête-à-tête de ces êtres que tout semble opposer et qui juxtaposent leurs monologues sur une rive désolée ou dans ce qu’on imagine être un camp de rétention. Les effets de perspective se multiplient dans la 6 2 composition de ce roman dont la puissance et la singularité résident principalement dans l’omniprésence des dialogues où résonnent, étonnent et détonnent des mots au tranchant de couteau, faisant de l’oralité la source vive du romanesque lui-même. Roman qui met en garde dire et contredire, sans aucune velléité de trancher, mais selon une volonté constante d’éclaircissement et d’ouverture. Non pas transmission d’un savoir, mais mise en perspective de tous les savoirs, car le roman, Barthes l’avait noté, ne livre jamais un savoir mais fait tourner tous les savoirs.
Et ce roman éclectique, qui en sait quelque chose de toutes les disciplines de l’esprit sans pour autant jamais se tenir sur les échasses de l’expertise, ce roman qui en sait autant de l’art que de la littérature, autant de l’anthropologie que de l’économie, ne s’approprie ces savoirs que pour les mettre hors de leurs gonds. Les dialogues font varier les perspectives, déplacent les angles de vision, transforment les différents enjeux. Cette confrontation continue de références, ce vis-à-vis incessant de problématiques hétérogènes transforme le récit en un hymne au dialogue, qui cherche dans chaque interlocuteur la part de son singulier lui permettant de projeter devant soi et à l’entour de soi sa propre lumière ; le récit qui ne donne pas de leçons mais se constitue en exemple de recherche de vérité, met en acte une éthique du dialogue, du don et de la transmission, qui vise à aviver le débat, à se mettre en quête de la vérité, et non de la trouver. A travers éclats de pensée et ruptures, illuminations opaques et obscurités radieuses, le roman de Abou Ly transmet une appréhension éthique de la vie, le sens du dialogue et de l’altérité comme puissant antidote à l’exaltation violente du même.
S’y répète, formellement, un 2 7 s’entretenir infini contre toutes les mécompréhensions. Au moment où le Front national est en passe de devenir le premier parti de France en canalisant haines et frustrations contre les bouc-émissaires étrangers, s’y redit donc que la fraternité c’est d’abord, comme le dit Régis Debray, faire famille avec ceux qui ne sont pas de la famille. Roman du tête-à-tête qui ne cesse d’explorer cette tension jamais résolue entre mots, choses et êtres et qui suit les flux affectifs en convoquant tous les sens (ouïe-regardtoucher) pour obliger le lecteur à ce geste de déprise à l’égard des certitudes pour mieux accueillir d’autres pensées, d’autres logiques, d’autres conceptions. Ecrit dans la révérence de Cheikh Hamidou KANE, Mariama BA, Amadou Hampathé BA, Albert CAMUS, entre autres écrivains, ce roman renvoie sans cesse à des textes consacrés. Un mot, un morceau de phrase, un souvenir, une suggestion, (citer selon Bourdieu, c’est ressusciter) viennent relancer la méditation et réorienter le dialogue, attestant à travers ce jeu de renvois que la durée de lecture se renouvelle aussi de cette façon, et que le récit a aussi mission de donner durée à un échange.
« Le linge sale se lave entre générations » (Abou LY). Un apprentissage de la nuance, une aptitude à saisir instantanément la valeur et la portée du détail, de l’informel, du geste de l’écoute et du regard… C’est dans ce jeu de renvois que le romancier poursuit le travail sur les mots. Et c’est dans ce pétrissement de mots (mots qui cognent, mots qui frappent, mais aussi mots au tranchant de couteau), à coups de fulgurations et d’intuitions que la vie, la souffrance et la mort sont assumées par une langue coupante et révoltée qui sait forger ces alliages extrêmes que produisent les fournaises de l’esprit. 8 2 Et l’écriture ne cesse de se charger et de se recharger de sa propre énergie pour entretenir le dialogue.
Ce roman riche d’inventions, de créations et d’illusions, dont l’écriture est adossée au néant, faux miroir à ce que nous devenons. L’immigration apparait comme la problématique nodale à l’épicentre de notre actualité. Les équipées périlleuses de ces damnés de la mer ne sortiront plus jamais de la mémoire d’un lecteur, requis et réquisitionné par la puissance de cette fiction dont il ne sortira pas indemne.
Le pari tient par l’écriture singulière de Abou LY qui plonge en quelques mots dans ces histoires, nous attache à ces personnages décédés chez qui la souffrance d’exister épouse la douleur d’aimer et nous immerge dans ce cauchemar éveillé « un génocide sous les eaux de l’Atlantique » (Abou LY).
Le titre du roman claque comme une expérience du gouffre qui oblige le lecteur à se tenir sur le qui-vive pour avoir la chance de saisir des moments d’intensité, de s’approprier ce désir de connaitre et de comprendre, et d’éprouver des moments de lucidité perçante, tarière. S’affirme aussi, un creux, le refus d’abdiquer, la certitude que le roman est exercice de discernement en relation directe avec ce qui donne du prix à la vie, un lieu où respire l’entêtement à espérer malgré toutes les faillites de l’espérance. Comme tel, il est le dernier refuge où guetter le futur en ces temps d’inappétence intellectuelle. Mamadou BA Professeur de littérature africaine à L’Université Cheikh Anta Diop Département Lettres Moderne de la F.S.H.L
 Dédicace
A Seydou Abdoule LY, Mbourel Diarra SAKHO, et Kadidia Farmata KANE, grâce à eux, je peux dédier ce livre à Oumou, Sada, Racine, Madana, Maky, Ousmane, Halimata, Diakaria et Binetou Alassane LY, leurs enfants, leurs futurs enfants, et petits enfants, qui, le lisant, découvriront que leur ancêtre plus ou moins loin, était comme ces étudiants étrangers, travailleurs pauvres, et serviables qu’on croisent très souvent sur les routes de l’immigration. A vous, Abdoul Souadou LY et Mamoudou Tapsirou SAKHO, deux émérites savants à jamais disparus ! Votre petit fils dédie son écrit et sollicite encore, encore, et pour toujours, votre protection. A vous aussi, Racine Abdoul LY, Samba Abdoulaye NIANG, Ministre Kalidou DIALLO, Michel GALLET et Josée ROMARIE GALLET sans l’aide de qui, ce livre n’aurait jamais vu le jour.
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 ILS ONT VAINCU LA MER POUR GAGNER LEUR VIE.
MAINTENANT POUR OBTENIR LEUR LIBERTE, ILS DOIVENT SE BATTRE ET CONVAINCRE L’ADMINISTRATION

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