Juteux business avec le Covid-19, Mansour Faye, beau-frère du Président, « un cas suspect »

Macky Sall n’écarte pas le confinement généralLa distribution du riz au Sénégal, dans le cadre de l’aide apportée aux ménages vulnérables pour faire face aux aléas causés par le Covid 19, est en train de virer au scandale. Et au cœur de cette polémique : le ministre du Développement communautaire et de l’Equité sociale, Mansour Faye. Critiqué à tort ou à raison, le beau-frère du chef de l’Etat a un défi de taille à relever dans la gestion de cette crise de la pandémie pour ne pas entacher le travail abattu par le gouvernement.
La distribution des vivres, dans le cadre de l’aide apportée aux ménages vulnérables, fait grand bruit et suscite une grosse controverse. Compte tenu des nombreuses polémiques et des soupçons de micmacs qui entourent cette opération humanitaire, les Sénégalais sont suspicieux des autorités chargées de convoyer ces vivres et au premier rang desquelles le ministre du Développement communautaire et de l’Equité sociale, Mansour Faye. Ce dernier est devenu la cible privilégiée du citoyen lambda, des acteurs de la société civile et des hommes politiques. 

Pour le coordonnateur du Forum civil Birahime Seck, le marché du riz attribué à Rayan Hachem est nébuleux et cela ne l’étonne pas. «Les règles ont été faussées depuis le départ en ce qui concerne l’achat du riz», clame monsieur Seck qui rappelle avoir tiré la sonnette d’alarme dès le début. «Lorsque le ministre du Développement communautaire, à travers le Commissariat à la Sécurité alimentaire, avait lancé un avis de commande d’urgence pour l’achat des vivres et le transport de ces vivres, nous avions alerté et attiré l’attention du ministère sur le fait que les critères de sélection des transporteurs étaient discriminatoires.» A l’en croire, les critères de sélection sont basés sur le favoritisme.

Une position partagée par le Secrétaire général du syndicat des transporteurs, Gora Khouma, qui ne décolère pas contre le ministre Mansour Faye. Et de révéler : «Ils ont attribué à Diop Sy le marché de tout le transport des vivres destinés aux familles en situation de précarité. Ils disent que c’est lui qui a rempli les conditions de cet appel d’offres, mais en réalité, nous savons que Diop Sy n’est qu’un figurant, voire un prête-nom.» Si l’on en croit Gora Khouma, des hommes politiques sont derrière Diop Sy dont les véhicules n’acheminent d’ailleurs pas les denrées. «Diop Sy n’est pas dans le transport.

Donc comment se fait-il qu’il gagne un marché pareil?

Des dignitaires du régime veulent accaparer l’argent débloqué dans le cadre du Fonds Covid-19. Aujourd’hui, les autorités étatiques sont dans le tâtonnement parce que le processus a été biaisé. Nous qui sommes acteurs du secteur des transports routiers, nous avons été écartés. Beaucoup de mes camarades camionneurs sont sur le terrain, mais ils jouent les seconds rôles au profit des hommes poli- tiques qui n’ont jamais fait partie de la plate-forme des transporteurs», fulmine Gora Khouma qui demande à l’Etat d’annuler les appels d’offre.

Le président de l’Association des importateurs du Sénégal, Moustapha Tall, a quant à lui soutenu qu’il n’était même pas au courant d’un appel d’offres pour le marché du riz. «Nous avions eu écho d’une annonce du Commissariat à la Sécurité Alimentaire selon laquelle l’Etat va acheter du riz et tous ceux sont intéressés peuvent écrire une lettre sans condition pour soumissionner», renseigne l’importateur qui ne manque pas de dénoncer cette procédure. D’autant que, souligne-t-il, les importateurs risquent de soumissionner avec des personnes qui ne sont pas habilitées à faire ce marché. Et de révéler que le seul groupe connu dans le milieu d’importation de riz et qui a été attributaire de 30 000 tonnes est CCMM. «Mais toutes les 70 000 tonnes restantes ont été attribuées à des personnes méconnues du milieu. Et c’est vraiment dommage parce que cela installe le doute», s’émeut Moustapha Tall qui, dans la même veine, juge scandaleuse l’attribution du marché aux sociétés Avanti Suarl et Afri and Co de Rayan Hachem.

Le président de Africa Jom Center, Alioune Tine, est dans tous ses états. Il en veut terriblement au ministre Mansour Faye d’avoir totalement biaisé la procédure. «Au départ, on avait proposé un Comité national chargé de la gestion de tout ce qui concerne les denrées alimentaires et l’aide qu’on doit donner aux gens victimes de la pandémie du coronavirus. On avait l’impression qu’on avait été compris, surtout après le discours du président de la République du 3 avril. Mais ce qu’on est en train de vivre actuellement constitue la première brèche dans ce qu’on peut appeler la politique d’union nationale derrière le président de la République et sa stratégie», relève Alioune Tine. Pour l’ancien Secrétaire général de la Raddho, ceux qui sont en train de travailler sur cette question ont trahi l’esprit de l’union nationale derrière la politique du Président pour combattre le coronavirus. «Ce qui se passe est honteux et pire que le Coronavirus», tranche-t-il avant d’inviter l’Ofnac et le procureur de la République à s’autosaisir en ouvrant une enquête sur les conditions d’attribution à la fois du marché du riz, mais égale- ment du transport.

 


Réaction de  Mansour Faye, Ministre du développement communautaire

Mansour Faye, Maire de Saint LouisDevant le flot d’accusations qui s’abat sur sa personne, Mansour Faye est monté au créneau pour battre en brèche les soupçons de micmacs dont il se serait rendu coupable. Dans un entretien télévisé, le ministre du Développement communautaire a soutenu qu’il n’y a aucune restriction dans l’attribution du marché contrairement aux propos de ses dé- tracteurs. Toutefois, précise-t-il, «avec le Covid -19, l’Etat n’avait pas de temps à perdre et tout devait se faire de manière rapide, en mode fast track. Tous les marchés dans le cadre du Covid 19 sont des commandes directes». Malgré tout, il sou- ligne que son ministère n’a pas fait d’appel d’offres ni de commande directe. «Nous avons passé un avis à candidatures relatif aux vivres», indique Mansour Faye. Quoi qu’il en soit, cette affaire n’a pas encore livré tous ses secrets et met l’Etat et le ministre du Développement communautaire dans une situation particulièrement inconfortable. Comme si cela ne suffisait pas, on note une cacophonie au sein des comités mis en place dans les différentes communes.

Source Auteur : Mamadou Mbacké Ndiaye - L’AS

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.