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Infiltrations, interférences et difficiles cohabitations : Quand les mendiants sont obligés de se différencier

Jadis pratiquée par de jeunes apprenants du Qur’an, la mendicité s’est vite propagée à d’autres couches de notre société. Nécessiteux, marabouts, journalistes…, les mendiants sont infiltrés et menacés par des inconnus bénéficiant d’un « vide juridique ».La menace sociale est réelle mais nos lois se font encore petites pour faire de grandes avancées socioculturelles.M L BA

« Moi, j’apprends, moi j’apprends. Je te jure que j’apprends ». Cette phrase a été prononcée par un enfant apprenant du Qur’an, communément appelé « talibé », qui tendait la main, à des passagers d’un bus TATA, à un arrêt de bus. Ils étaient un petit groupe, à tendre la main, aux adultes, pour rassembler de quoi amener au maitre Coranique qui les  apprend sa lecture.

Cette phrase a attiré notre attention. De par sa précisionet par son l’insistance. Pourquoi ce jeune de moins de sept ans, a-t-il senti la nécessité de préciser que « lui, apprend » ? A quoi fait-il allusion ? La symbolique est double. D’abord, il est conscient qu’il ne devait pas mendier pour apprendre, pire, puisqu’on lui en oblige, il a une raison. Lui, est au moins, un apprenant.

Une petite précision avant de poursuivre la réflexion. L’apprentissage de la religion ne rime pas forcément avec la mendicité. C’est une tradition culturelle transposée à la religion. C’était pour mieux « éduquer », par la fusion l’ego en l’humain qui peut accepter les autres mais surtout installer l’interdépendance interhumaine qui nous rappelle que le monde est riche et sûr par son hétérogénéité.

Cet enfant est devenu, malgré son très jeune âge, adulte sans le vouloir, dans une société qui se transforme rapidement, parfois sans canalisations socioculturelle. Cet enfant m’a directement interpellé, sans m’apostropher. Il me lance que la menace contre la source de sa paix est réelle et que le moment de la précision est venue et qu’il faut parler, librement, pour sa survie.

Cet enfant a constaté, il est témoin comme vous et moi, qu’une floraison d’autres enfants a envahi les rues de notre pays, tend la main, sans « raison valable » pour ce jeune Talibé, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas dans les dispositions sociales de mendier. Et pourtant ils reçoivent des dons, de la charité et autres offrandes des adultes qui cherchent protection ou promotion par ce geste.

Puisque les donneurs ne font pas dans la différence et lui sait que tous les petits mendiants ne doivent pas recevoir ce qui revient de « droit culturel » aux Talibés, sa précision est de taille et interpellatrice, à tout le monde. Que des enfants sont utilisés par des adultes sans raison aucune. Que des enfants servent d’appâts aux donneurs pour des adultes.

Il suffit de circuler dans les rues de Dakar, notamment aux abords de l’Université Cheikh Anta Diop, que je fréquente le plus souvent ; pour s’en rendre compte. Dès la descente du véhicule ou après quelques pas, on est accueilli par un enfant, très sympathique, qui nous tient par la main, pose sa petite tête sur notre bras et demande, tendrement, de la charité.

Pendant ce temps, sous un arbre ou adossé à un mur, le parent ou les parents, pardon, disons plutôt les adultes, sont assis et savourent l’ombre et la fraicheur, les yeux rivés sur les passants, altérant sourire et visage fermé, selon les réactions (dons ou indifférences) des passants interpellés par les enfants, sous le chaud soleil. Ils sont là toute la journée, les enfants sous la chaleur.

Chez les mendiants adultes, le constat est le même. Aux feux de circulation, aux arrêts bus, en centre-ville ou dans les quartiers résidentiels, les adultes sont aussi là, visibles, la main tendue en attente d’une charité. Si auparavant c’était des sénégalais qui étaient indexés, aujourd’hui, ils sont aussi rejoints par d’autres mendiants, venus de la sous-région. Les concurrencer ? Allez savoir.

Chez les Marabouts, c’est pire. De toute la planète, le sénégalais est l’un des peuples les plus friands de mysticisme. Une aubaine pour les vrais marabouts, pour les charlatans et pour les voyous aussi. Là aussi, malgré les performances réalisées par des « hommes et femmes de Dieu sénégalais », ils sont assaillis par d’autres venus de la sous-région pour des services mystiques.

Le bobo, c’est que ces gens, les non-sénégalais, soignent tout. Contre tout mal, ils ont un remède. Tout, sans exception. La propagande médiatique aidant, ils sont sollicités et enrichis par nos femmes, nos hommes, nos lutteurs, nos politiques, nos…, bref, tous ceux qui veulent quelque chose qu’ils ne peuvent s’offrir sans débourser de l’argent.

Conséquences : certains marabouts sénégalais se sont adaptés. Depuis quelques années, eux aussi, se sont mis à jour. Ils soignent aussi. Même l’incurable. Ils provoquent les chances, réduisent ou anéantissent les risques comme un antivirus à jour dans un PC… Les pharmacies tradi-prati-mystiques font floraison dans le pays, avec la bénédiction de l’Etat.

Revenons maintenant chez nous, les Médias. Nous déplorons tous l’infiltration dans notre corporationde gens venus d’on ne sait où, avec quel background, avec quelle motivation, dans quel but, dans le métier. La pilule est d’autant plus difficile à avaler que bon nombre d’eux sont des chasseurs de per diem, étiquette généralisée par les organisateurs de cérémonies, à tous les journalistes.

Ce petit garçon a indirectement saisi les parlementaires qui, depuis des années, refuse de voter le nouveau projet de Code de la Presse Sénégalaise pour identifier les journalistes et encadrer la pratique dans le pays. L’assemblée nationale met ainsi mal à l’aise tout le monde. Institutions ou entreprise publiques/privées, citoyens, associations…sont foudroyés de peur devant la masse de « journalistes » à injecter de per diem pour avoir la paix.

Mamadou Lamine BA

Journaliste / Blogueur

ballamine@gmail.com

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