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Souvenirs – 17 décembre 1962 – 17 décembre 2024: Mamadou Dia, un personnage emblématique de l’histoire du Sénégal

Mamadou Dia, un personnage emblématique de l'histoire du Sénégal

Souvenirs – 17 décembre 1962 – 17 décembre 2024, déjà 62 ans jour pour jour que le président Senghor arrêtait Mamadou Dia, un personnage emblématique de l’histoire du Sénégal.Souvenirs - Mamadou Dia, un personnage emblématique de l'histoire du Sénégal - 17 décembre 1962 - 17 décembre 2024Figure emblématique de la vie politique sénégalaise, compagnon puis rival de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia fut le Président du Conseil de (1959 à 1962), correspondant au poste actuel du Premier ministre du Sénégal.

Né le 18 juillet 1910 dans une famille musulmane de Khombole, dans le Sénégal oriental, Mamadou Moustapha Dia étudie à l’école William-Ponty, puis travaille comme instituteur et journaliste avant de se lancer en politique au début des années 1940. Secrétaire du Bloc démocratique sénégalais qu’il a fondé avec Senghor en 1948, il est élu sénateur français (1948-1956) puis député, et représente son pays dans le groupe des indépendants d’outre-mer, de 1956 à 1958.

Désigné vice-président du Conseil de gouvernement du Sénégal en 1957, il en assume la présidence entre 1958 et 1959, avant d’être nommé à la tête du Conseil des ministres en avril 1959. Mamadou Dia conserve cette fonction lorsque le Sénégal accède à l’indépendance en juin 1960.

Il forme alors avec Senghor un duo complémentaire dans la gestion du pays : au président les affaires internationales et à lui le développement économique. Mais sa volonté de substituer une agriculture vivrière à l’économie arachidière développée par les Français avec l’appui des marabouts (…) froisse de nombreux intérêts.

Cela motive Senghor à demander à ses amis députés de déposer une motion de censure contre le gouvernement. Jugeant celle-ci irrecevable, Mamadou Dia tente d’empêcher son examen par l’Assemblée nationale au profit du Conseil national du parti, en faisant évacuer la chambre le 17 décembre et empêcher son accès par la gendarmerie. Malgré ce qui est qualifié de « tentative de coup d’État » et l’arrestation de quatre députés, la motion est votée dans l’après-midi au domicile du président de l’Assemblée nationale, Lamine Guèye.

Mamadou Dia est arrêté le lendemain par un détachement de paras-commandos, avec quatre autres ministres, Valdiodio N’diaye, Ibrahima Sar, Joseph Mbaye et Alioune Tall. Ils sont traduits devant la Haute Cour de justice du 9 au 13 mai 1963 ; alors que le procureur général ne requiert aucune peine, Dia est condamné à la prison à perpétuité tandis que ses quatre compagnons sont condamnés à 20 ans d’emprisonnement ; ils seront détenus au centre spécial de détention de Kédougou (Sénégal oriental).

Il est évincé en décembre 1962 par le président Senghor au cours d’une lutte de pouvoir que ce dernier dénonce comme une tentative de coup d’État constitutionnel. Condamné à une peine de « déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée » à l’issue d’un procès où il fut défendu par Robert Badinter et Abdoulaye Wade, Dia est libéré en 1974 et amnistié en 1976. Cette année-là, il obtient un poste à la Banque mondiale (Dia avait obtenu une maîtrise de gestion en 1969). Auteur de plusieurs ouvrages, il signe notamment Réflexions sur l’économie de l’Afrique noire (1954) et Nations africaines et solidarité mondiale (1960). Mamadou Dia est mort le 25 janvier 2009 à Dakar.

De l’aveu de Roland Colin, jadis son directeur de cabinet, « Mamadou Dia préférait être libre en prison que prisonnier dehors ».

A sa libération 12 ans plus tard, Mamadou Dia n’a rien perdu de ses vertus sauf, peut-être, l’importance politique qu’il avait avant d’être incarcéré.

Que reste-t-il de l’héritage de Mamadou Dia, cette figure emblématique de l’indépendance du Sénégal ? En 2019, le building administratif de Dakar est renommé en son nom par le président Macky Sall, tandis que des initiatives telles que la Fondation Mamadou Dia pour l’économie humaine, dirigée par Moustapha Niasse, tentent de préserver son héritage intellectuel. Toutefois, pour de nombreux observateurs, ces gestes symboliques ne sont pas à la hauteur de son rôle dans la construction de l’État sénégalais moderne.

C’est pourquoi, en décembre 2022, une plaque commémorative a été posée sur la place qui porte son nom dans la ville de Thiès. Un hommage post mortem initié par le maire de la commune, Babacar Diop, élu en janvier de la même année sous les couleurs de la coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi, destiné à raviver la mémoire oubliée de l’ancien compagnon de route de Léopold Sédar Senghor, devenu son rival. « J’ai toujours été impressionné par Mamadou Dia, son destin inachevé et son parcours tragique », confiait le philosophe, au journal Le Monde.


Ce qui confirme qu’aujourd’hui, l’histoire de « Mawdo » transcende les clivages politiques. De nouveaux partis comme Pastef-Les Patriotes d’Ousmane Sonko se réclament de son héritage, adoptant son discours sur la souveraineté économique et la nécessité de réformer les structures héritées de la colonisation. « Dès 1957, il dénonçait le franc CFA et militait pour une indépendance monétaire », soulignait avec fierté l’opposant d’alors Moustapha Sarré, devenu ministre, porte-parole du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. Il voit en lui un précurseur des combats contemporains pour une souveraineté africaine.

Le Pastef a baptisé son siège « Keur Mawdo » en hommage à celui qui est aujourd’hui considéré comme un modèle d’intégrité et de rigueur dans la gestion des affaires publiques. Son engagement pour un patriotisme économique, sa volonté de bâtir un État souverain et indépendant des influences étrangères, ainsi que son refus des compromissions, en font une figure incontournable pour les jeunes générations africaines.