Un peu moins de deux ans après la victoire historique du camp souverainiste à la présidentielle de mars 2024, les signes d’un possible réajustement politique apparaissent au sommet de l’État. Le slogan de campagne « Diomaye moy Sonko » — littéralement Diomaye, c’est Sonko — qui symbolisait l’unité stratégique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble aujourd’hui perdre de sa force dans le débat politique sénégalais.
Un tandem politique qui montre des signes de fragilité
Depuis l’accession au pouvoir de la coalition qui a porté l’actuel chef de l’État à la magistrature suprême, le tandem formé par le président et son Premier ministre constituait l’un des piliers du nouveau pouvoir. La dynamique reposait alors sur une répartition implicite des rôles : à Diomaye Faye, la fonction présidentielle et l’incarnation institutionnelle de l’État ; à Ousmane Sonko, figure charismatique et leader historique du Pastef-Les Patriotes, l’animation politique et la mobilisation militante.
Mais ces dernières semaines, plusieurs signaux laissent entrevoir des divergences ou, à tout le moins, un repositionnement stratégique au sommet de l’exécutif.
L’assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », un signal politique
Le samedi 7 mars, en présidant l’assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », celle-là même qui l’a porté au pouvoir, le chef de l’État a posé un acte à forte portée politique.
À travers cette initiative, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir consolider un appareil politique propre, distinct des formations partisanes traditionnelles, y compris du Pastef dont il est pourtant issu.
Pour plusieurs observateurs, cette stratégie pourrait traduire une volonté d’élargir sa base politique au-delà du parti de son Premier ministre. En structurant et en activant la coalition qui porte son nom, le président chercherait à disposer d’un instrument politique autonome capable de relayer son action gouvernementale et de préparer les prochaines échéances électorales.
En ligne de mire : les batailles électorales futures
La mise en mouvement de la coalition « Diomaye Président » pourrait également répondre à une logique de projection politique. Dans un contexte où les élections locales et législatives constituent des étapes majeures dans la consolidation du pouvoir, le chef de l’État semble vouloir investir le terrain électoral en mobilisant ses propres réseaux.
Cette structuration pourrait, à terme, permettre à la coalition présidentielle de se positionner dans les différentes circonscriptions du pays et de peser dans les scrutins à venir, avec en perspective l’élection présidentielle prévue en 2029.
Divergences ou simple recomposition du pouvoir ?
Il demeure toutefois difficile d’identifier avec précision les raisons profondes de ce possible éloignement politique entre les deux figures du pouvoir. Les divergences pourraient relever de stratégies différentes quant à la gestion du pouvoir, à la structuration du camp présidentiel ou à la préparation de l’avenir politique.
Une chose est néanmoins certaine : dans l’architecture institutionnelle sénégalaise, le président de la République dispose de leviers décisifs, notamment à travers la signature des décrets qui structurent l’appareil d’État et déterminent les nominations aux postes clés.
Un équilibre politique encore en construction
La relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko demeure donc un élément central de la stabilité politique du Sénégal.
Si certains signes laissent entrevoir un possible rééquilibrage des forces au sein du pouvoir, il reste à savoir s’il s’agit d’une véritable rupture ou simplement d’une phase de recomposition politique dans un système encore en construction après l’alternance de 2024.
Dans tous les cas, l’évolution de ce tandem au sommet de l’État continuera d’alimenter les débats politiques dans les mois à venir.
Affaire à suivre.
Par Djiby DEM – Journaliste





















