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SENEGAL – Femmes et assainissement au Sénégal : valoriser les sous-produits de l’assainissement pour un impact durable

À quelques kilomètres de la ville sainte de Tivaouane, dans la région de Thiès, se trouve le village de Yadine, une localité où vivent quelques centaines d’habitants. Ici, l’agriculture reste l’activité principale. Les femmes jouent un rôle central, à la fois dans les travaux champêtres et dans l’exploitation des périmètres maraîchers.

Dans ce village, la gestion des boues de vidange,  appelée aussi gestion des boues fécales (déchets contenus dans les fosses septiques et des latrines) reste un défi pour ces communautés. L’accès limité aux systèmes de traitement et le manque de connaissances techniques rendent difficile la transformation de ces déchets en ressources pour l’agriculture. Consciente de cette problématique, l’Université Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire avec l’appui financier de la Fondation Gates, a lancé en 2020 le programme Inclusive Sanitation Capacity Hub (ISC-Hub).

Au Sénégal, ISC-Hub est mis en œuvre par l’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Ce programme vise à renforcer les capacités des acteurs locaux notamment les femmes dans la gestion des boues de vidange et à promouvoir la valorisation des sous-produits de l’assainissement.

Un contenu de formation approprié …

Le programme a mis l’accent sur la valorisation des boues de vidange dans le compostage et l’entrepreneuriat social, tout en prenant en compte la faible représentativité des femmes dans ce secteur. Selon Oumou Niang, économiste environnementaliste et point focal du programme ISC-Hub au Sénégal : « Au Sénégal, notre zone d’étude est Mbour, à 70 km de Dakar, sur la Petite Côte. Là-bas, il n’y avait pas d’associations couvrant ce domaine. Nous avons trouvé des dames braves qui s’activent beaucoup dans leurs activités et nous ne faisons que les accompagner. La formation a duré cinq mois, avec des modules sur le compostage, la commercialisation, la fabrication de serviettes hygiéniques et les bonnes pratiques, ainsi que le coaching. ». Ce suivi prolongé a renforcé la confiance des femmes dans leur capacité à appliquer ces techniques et à générer des revenus durables.

et une approche pédagogique adaptée…

 Dr Maimouna Lo, experte consultante chargée de la formation et de l’accompagnement, précise : « Parmi les dix bénéficiaires, deux ou trois ont un niveau d’étude acceptable, d’autres ne savent même pas écrire correctement, et certaines ne sont pas scolarisées. C’est pour cela qu’avant la formation, nous avons adapté les méthodes, en privilégiant images, vidéos et études de cas pour une meilleure compréhension. À l’issue de la formation, nous avons constaté qu’elles ont beaucoup de connaissances sur les questions d’assainissement. Aujourd’hui, elles ont besoin d’outils d’accompagnement. ». Cette approche pédagogique a permis à toutes les participantes, quel que soit leur niveau, de comprendre et d’appliquer les pratiques de compostage et d’hygiène. De plus, du matériel de travail leur a été offert pour faciliter la mise en application des techniques apprises. Ces outils ont contribué à directement améliorer leur productivité et leur capacité à gérer le maraîchage de manière autonome.

 

… des auditrices ravies

Penda Sow, bénéficiaire, témoigne : « Je remercie les formatrices et le programme ISC-Hub. Nous avons appris beaucoup de choses, et le matériel fourni, comme les arrosoirs et fourches, facilite notre travail. ».

Maguette Wade, également bénéficiaire, ajoute : « Le programme a permis de construire des bassins pour nos plantations, ce qui nous évite de nous déplacer loin. Cela nous rend plus autonomes et améliore notre production maraîchère. ». Ces infrastructures ont renforcé l’efficacité de leurs activités et favorisé l’adoption de pratiques durables sur le long terme.

Le Professeur Elhadji Mamadou Sonko, Directeur de l’ISE et coordinateur du programme ISC-Hub au Sénégal, souligne : « Dans beaucoup de communautés, ce sont les femmes qui sont au cœur du maraîchage. Nous avons profité de cet aspect pour les former au compostage, leur montrer comment utiliser le compost sur le terrain et valoriser les sous-produits de l’assainissement. L’acceptabilité et l’engagement des participantes sont déjà visibles, et nous réfléchissons à des mécanismes pour assurer un suivi après la fin du programme afin que ces pratiques se poursuivent et se reproduisent dans d’autres villages. ». L’impact du programme dépasse ainsi le simple apprentissage technique, en favorisant un changement de mentalité et une autonomie durable.

Au Professeur Kouassi Dongo, Directeur exécutif du programme ISC-Hub, d’ajouter : « L’autonomisation des femmes, le coaching et la formation technique sont des leviers puissants pour transformer durablement le secteur de l’assainissement et améliorer la qualité de vie des populations.  Ces actions renforcent la capacité des communautés à tirer parti des sous-produits de l’assainissement et à reproduire ces pratiques dans d’autres villages. ».

Le programme ISC-Hub est mis en œuvre au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Cameroun.