Les populations de Sédhiou ont vécu une situation inédite. Des étals recouverts de toiles, des rideaux de fer tirés et un marché central, d’ordinaire bouillonnant, désormais plongé dans un calme plat. De Goudomp à Bounkiling, le mot d’ordre de grève lancé par le trio Unacois (Union nationale des associations de commerçants, opérateurs et investisseurs du Sénégal), Ubs (Union nationale des boutiquiers du Sénégal) et Abs (Associations des boutiquiers du Sénégal) a été massivement suivi.
Une colère cristallisée autour du «poinçonnage» et du foncier
Au cœur du conflit, les commerçants dénoncent ce qu’ils appellent une «arnaque administrative» liée au contrôle des instruments de mesure.
Moussa Dramé, dit «Ballaké», président régional de l’Unacois, ne décolère pas : «Les balances dont la vérification était facturée à 3000 F Cfa sont passées subitement à 5000 F Cfa. Celles de 5000 grimpent à 10 000 F Cfa. Tout cela pour une simple mise à jour de lettre de l’année. Nous doutons de la fiabilité des documents délivrés lors de ces transactions pécuniaires.»
Autre point de friction majeur : l’exigence d’une immatriculation locale. Selon les grévistes, le Service régional du commerce refuserait désormais le droit d’exercer aux commerçants dont le registre de commerce n’a pas été établi spécifiquement à Sédhiou, une mesure jugée discriminatoire et sans fondement légal par les acteurs de la base.
Le dossier «Softcare» : des saisies jugées illégales
L’affaire des couches et serviettes hygiéniques de marque «Softcare» a également mis le feu aux poudres. Les commerçants se disent victimes de perquisitions sans cadre juridique clair. «Ils prennent nos produits sans donner de papier attestant de la quantité saisie (10, 20 ou 50 unités). Aucun procès-verbal de saisie n’est remis», déplore Moussa Dramé. Les boutiquiers rappellent qu’ils ne sont ni les fabricants ni les douaniers. Ils estiment que le contrôle de conformité doit se faire à l’usine ou aux frontières, et non dans les échoppes de quartier, une fois que le produit circule librement sur le territoire.
Les consommateurs, victimes collatérales
L’effet de surprise a été total pour les ménages. Dans les rues de Sédhiou, le désarroi se lit sur les visages. Une mère de famille, rencontrée aux abords du marché désert, confie son inquiétude : «Je n’étais pas au courant. Comment vais-je nourrir mes enfants aujourd’hui si même les petites boutiques de quartier sont fermées ?» Si quelques rares commerçants de la communauté mauritanienne et des vendeuses de poisson maliennes ont assuré un service minimum, l’économie régionale a tourné au ralenti.
Un dialogue de sourds ?
Pour l’heure, le Service régional du commerce de Sédhiou n’a pas souhaité répondre officiellement à ces accusations, malgré nos sollicitations. Les commerçants, de leur côté, préviennent : cette journée sans commerce n’est qu’un avertissement. Ils réclament une régulation plus transparente et l’arrêt immédiat des «transactions douteuses» sur les balanciers.
Voici la Réaction du chef de service régional du commerce intérieur de Sédhiou sur la grève des commerçants de la région de Sédhiou
Avec Le Quotidien























