Dès le 4 mars 2026, le site laviesenegalaise.com annonçait que la compagnie américaine Kosmos Energy envisageait de se retirer du gisement gazier sénégalais Yakaar-Teranga. Une décision désormais actée et officialisée au plus haut niveau de l’État.
Lire l’article : Kosmos Energy a décidé de quitter le gisement Yakaar-Teranga
Dans son rapport annuel 2025, la société texane expliquait déjà les raisons de ce désengagement :
« Concernant Yakaar-Teranga, nous collaborons avec Petrosen pour nous retirer du bloc, n’ayant pas réussi à trouver un partenaire adéquat ni à convenir d’un concept de développement commercialement attractif avec le gouvernement sénégalais. »
Une position qui traduisait à la fois des difficultés de structuration du projet et des divergences sur son modèle économique.
Une annonce politique forte
Le jeudi 23 avril 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a officiellement annoncé l’accord de retrait conjoint entre Kosmos Energy et PETROSEN concernant la licence du bloc gazier de Cayar, dit Yakaar-Teranga.
Dans une déclaration publiée sur Facebook, il a qualifié cette signature (le 22 avril 2026), de « date historique » et de « victoire majeure », précisant que l’opération s’est faite « sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal ».
Selon lui, ce retrait sera entériné par arrêté ministériel, avant l’attribution d’une nouvelle licence exclusivement à PETROSEN, qui deviendrait ainsi l’unique opérateur du bloc.
Le chef du gouvernement inscrit cette décision dans une dynamique politique plus large de renégociation des ressources naturelles, évoquant notamment les conditions d’attribution jugées « opaques » sous le régime de Macky Sall.
Retour sur les origines du dossier
Pour bien comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 2023. À cette époque, en raison de divergences stratégiques, BP (British Petroleum), qui détenait 60 % du projet, s’était retirée totalement du bloc.
La répartition du capital était alors la suivante :
- BP : 60 %
- Kosmos Energy : 30 %
- PETROSEN : 10 %
Après le départ de BP, une reconfiguration du partenariat avait été envisagée. Elle prévoyait l’entrée d’un nouvel acteur, à travers une cession croisée de participations :
- 32 % cédés par Kosmos
- 1 % cédé par PETROSEN
L’objectif était d’aboutir à une nouvelle structure équilibrée :
- PETROSEN : 34 %
- Kosmos : 33 %
- Nouveau partenaire : 33 %
Ce schéma devait permettre à la société nationale sénégalaise de jouer un rôle majoritaire et stratégique dans le développement du projet.
Un modèle économique difficile à stabiliser
Dans le cadre des politiques publiques « gas-to-power » et « gas-to-industry » portées par l’État du Sénégal, PETROSEN et Kosmos Energy travaillaient sur un modèle combinant :
- l’approvisionnement prioritaire du marché domestique en gaz naturel,
- et la production de gaz naturel liquéfié (GNL) destiné à l’exportation.
Cependant, ce concept n’a pas convaincu Kosmos Energy sur le plan de la rentabilité. À cela s’est ajoutée l’incapacité de trouver un partenaire solide pour reprendre une part significative du projet (33 %), ce qui a davantage fragilisé sa viabilité.
Un gisement stratégique
Les découvertes de Yakaar (2015) et Teranga (2016) représentent pourtant un potentiel considérable, avec des ressources récupérables estimées à plus de 20 TCF (environ 560 milliards de mètres cubes de gaz).
Ce bloc est considéré comme l’un des plus prometteurs du bassin sédimentaire sénégalais, aux côtés du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), également opéré par Kosmos en partenariat avec BP et la Mauritanie.
Une nouvelle phase pour le Sénégal
Avec le retrait de Kosmos Energy, le Sénégal s’engage dans une nouvelle phase de gestion de ses ressources gazières, marquée par une volonté accrue de souveraineté énergétique.
La reprise du bloc Yakaar-Teranga par PETROSEN ouvre la voie à une redéfinition du modèle de développement, avec en toile de fond un enjeu majeur : concilier valorisation économique, accès à l’énergie pour les populations et attractivité pour les investisseurs.
Djiby DEM – Journaliste






















