Qui pour arrêter Israël ? Par Ibrahima SENE PIT/SENEGAL

En ce début du Ramadan, je souhaite à la Umah islamique un jeune dans la santé, la paix et le partage, tout en ayant une pensée pieuse et de solidarité avec le peuple martyr de Palestine auquel je dédie ce texte ci dessous que je vous donne en partage.

Quelques considérations sur les développements récents de l’actualité politique internationale: Qui pour arrêter Israël ?

Les développements récents de l’actualité peuvent se mesurer à l’aune de l’évolution des rapports entre les USA et l’Union Européenne, et de la politique US envers l’Iran et envers la Corée du Nord. 
Ces développements inaugurent une étape nouvelle des contradictions inter impérialistes, et entre l’Impérialisme et les peuples, attestant de l’approfondissement et de l’aggravation de la crise du système capitaliste financiarisé, digitalisé et mondialisé.

En effet, au paravent, la politique des Etats Unis envers ces états reposait depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, sur trois piliers :
-1) la phobie légendaire envers l’Union Soviétique, aujourd’hui la Russie, que l’Union Européenne cultive, en considérant celle-ci comme une menace pour sa sécurité.
-2) le complexe de culpabilité des Autorités Françaises et Allemandes pour le rôle joué par ces deux Etats dans le massacre de Juifs, avec l’Holocauste notamment, qui les a transformés en soutiens traditionnels de la politique des USA envers Israël.
– 3) la perspective grandissante de voir l’Iran et la Corée du Nord se doter d’une arme nucléaire pour leur autodéfense, face aux menées impérialistes au Moyen Orient et dans la Péninsule Coréenne.

Cette phobie envers la Russie et ce complexe de culpabilité envers les juifs, ont contribué à l’alignent inconditionnel des grandes puissances européennes, notamment de la France, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne, sur la politique des USA envers la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, sous prétexte de défense de la Sécurité de l’Union Européenne, d’Israël, et de la Péninsule de Corée (Japon et Corée du SUD).

Mais l’avènement du Président Trump a inauguré une nouvelle ère d’unilatéralisme et de protectionnisme, avec une nouvelle politique envers Israël et la Péninsule de Corée, qui sont les catalyseurs de la nouvelle étape de la crise du système capitaliste financiarisé, digitalisé et mondialisé.

C’est ainsi que les relations entre l’Union Européenne et les USA ce sont brusquement fragilisées par ! 
– le soutien public et manifeste du Brexit par Trump pour faire imploser l’Union Européenne;

– le retrait unilatéral des USA de l’Accord de Paris de la COP 21 pour défendre les intérêts des Multinationales américaines du Charbon, du Pétrole et du Gaz;

– les mesures protectionnistes et de dumping fiscal des USA, à travers l’instauration unilatérale de taxes sur l’acier et l’Aluminium, et la baisse de l’Impôt sur les Sociétés de 35% à 20% pour favoriser le retour des capitaux américains ;

– le retrait unilatéral des USA de l’Accord sur le Nucléaire Iranien, pour soutenir son rejet par Israël et par l’Arabie Saoudite, qui considèrent l’Iran comme une menace pour leur sécurité ;

– la violation des résolutions de l’ONU sur le Statut de Jérusalem, en y installant son Ambassade, pour marquer le soutien US du refus d’Israël de ce Statut.
Face à cette nouvelle situation, l’Union Européenne joue sa survie en tant qu’Institution juridique d’intégration économique et politique des Etats membres, fortement ébranlée par le Brexit, la montée en puissance des mouvements souverainistes partout en Europe sur la base de rapprochements et de coalitions entre Partis de Droite et d’Extrême Droite, et l’avènement de nouveaux dirigeants souverainistes en Italie à la tête du pays.
Face à cette offensive de Droite et d’Extrême Droite, le Président Français, Macron, oppose une plus grande bureaucratisation de l’Union Européenne, dont la nécessité n’a pas encore suscité l »adhésion de l’Allemagne, tandis que la Gauche Européenne propose sa démocratisation pour en faire une véritable « Union des peuples », et pas seulement une « Union des Etats ».
Cependant, c’est à partir de la question palestinienne, qu’il est plus aisée de comprendre les tenants et aboutissants de ces développements récents, et des nouveaux défis auxquels le monde est confronté.
En effet, c’est le sort de la Zone C de la Cisjordanie qui est au centre de la question palestinienne.
La Zone C représente plus de 60 % des territoires palestiniens. Elle est entièrement sous contrôle administratif et militaire israélien. C’est le résultat des Accords d’Oslo signés en 1993 qui devaient aboutir, après 5 ans, à la création d’un État Palestinien souverain vivant en paix au côté d’Israël.
Vingt-cinq ans plus tard, rien n’a bougé.
L’Autorité palestinienne est inopérante en Zone C. Les habitants locaux se voient systématiquement refuser tout permis de construire. Le peu de nouvelles constructions de téméraires palestiniens sont généralement détruites ou confisquées par l’armée israélienne. C’est également dans ces zones que les colons israéliens s’installent, compliquant à souhait, la création d’un futur État Palestinien, devenue de plus en plus hypothétique.
Les habitants de la Zone C sont ainsi pris en étau entre une Autorité palestinienne impuissante, et un État Israélien qui leur est hostile.
La colonisation des terres palestiniennes se poursuit en Zone C, malgré les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité qui l’interdisent formellement.
De même, l’état dans lesquelles sont maintenues les populations de la Zone C, posent même la question de la viabilité d’un futur État palestinien. 
En outre, chaque année, il y a de violents affrontements entre Palestiniens et Soldats d’Israël, avec plusieurs morts du côté Palestinien, pour exiger la restitution de cette Zone C à l’Autorité de la Palestine et le retour des expulsés.
C’est dans cette situation que, cette semaine, les Israéliens ont décidé de célébrer les 70 ans de la création de leur État, qui est aussi un évènement que les Palestiniens désignent sous le nom de « Nakba », ou « catastrophe », qui est synonyme d’expulsion pour des centaines de milliers d’entre eux.
C’est à l’occasion de cette célébration, que les USA ont décidé d’installer leur Ambassade à Jérusalem pour soutenir la décision unilatérale d’Israël d’en faire sa Capitale, en violation flagrante des Résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qui ont reconnu Jérusalem Est comme la Capitale du futur Etat palestinien.
Cette installation a provoqué de violents affrontements entre Palestiniens et Soldats d’Israël, qui ont entraîné la mort de 60 Palestiniens, dont huit mineurs, tués par des tirs israéliens, et 2 400 autres ont été blessés ! 
Ce faisant, les Etats Unis ont mis l’Arabie Saoudite, les Pays de la Ligue Arabe, ceux de l’Organisation de la Conférence Islamique, et l’Union Européenne, devant un défi international nouveau : celui de s’aligner comme d’habitude sur les positions américaines, ou s’opposer à elles.
Ainsi, l’unilatéralisme des autorités étasuniennes, leur protectionnisme et dumping fiscal, et leur politique de soutient d’Israël, pour en faire leur fer de lance dans leur politique d’endiguement de la Russie et de l’Iran au Moyen Orient, constituent :
– pour l’Union Européenne actuelle, une véritable menace de transformation en « Union d’Etats Souverains d’Europe », contre la « Bureaucratie de Bruxelles » ; transformation à laquelle travaillent aussi, les rapprochements et autres coalitions entre la Droite et de l’Extrême Droite dans ces pays. Ces rapprochements des Partis de Droite et d’Extrême Droite en Europe, ne se nourrissent plus d’antisémitisme comme au paravent, mais bien de xénophobie et de racisme contre les Noirs et les Arabes qui migrent massivement vers l’Europe, chassés de leurs terres par les guerres que mènent la France, l’Angleterre et les USA, au Moyen Orient et en Afrique Sahélienne.

– pour l’Arabie Saoudite et les pays membres de la Ligue arabe, un risque grave de déstabilisation que va entrainer l’enterrement, par ce transfert de l’Ambassade US, de toutes perspectives de paix sur la base de deux Etats et de Jérusalem Est comme Capitale du prochain Etat indépendant palestinien.
Ainsi, plus aujourd’hui que jamais depuis la deuxième guerre mondiale, l’hégémonisme US se nourrit d’un profond sentiment d’invulnérabilité économique et sécuritaire, que l’Accord sur le nucléaire Nord-Coréen va renforcer.
En effet, en signant l’Accord sur le nucléaire Nord- Coréen, les nouvelles autorités étasuniennes estiment être à l’abri définitivement, étant entendu qu’une attaque nucléaire de la part de la Russie ou de la Chine, est impensable.
Ce sentiment d’invulnérabilité économique des USA est alimenté par l’incapacité, jusqu’ici, de l’Union Européenne à prendre des sanctions économiques efficaces contre les USA, et les attitudes de la Russie et de la Chine, qui se contentent de prendre de mesures de rétorsions diplomatiques ou commerciales, proportionnelles aux préjudices que leur causent les politiques unilatérales de Trump. 
Mais, il n’y a jamais eu de politiques économiques offensives contre l’Economie US.
Pourtant, c’est précisément au plan économique que les Etats Unis sont les plus vulnérables de toutes les grandes puissances monde.
L’on ne mesure pas assez, que ce qui fait leur puissance économique dans un système capitaliste financiarisé, digitalisé et mondialisé, c’est ce qui constitue, en même temps, leur tendon d’Achille ! 
En effet, leur puissance économique repose sur l’exportation massive des Capitaux, notamment de pétrodollars Saoudiens et des autres Etats du Golfe, vers leur sol, et l’utilisation de leur monnaie, le Dollar, comme moyen universel de change dans le commerce international des Biens et Services. 
Les Etats Unis se trompent donc lourdement en pensant pouvoir continuer à imposer unilatéralement leur stratégie géopolitique, en se croyant être hors de portée de toute contre- offensive économique.
Dans ce contexte nouveau, pour défendre, à la fois, leur souveraineté et les résolutions onusiennes en faveur « de deux Etats, Israélien et Palestinien avec Jérusalem Est, comme Capitale du futur Etat Palestinien », l’Arabie Saoudite et les autres Etats du Golfe peuvent rapatrier massivement leurs capitaux et cesser d’utiliser le dollar comme monnaie dans leurs transactions internationales, comme le font déjà la Chine, l’Inde et la Russie dans les transactions entre elles.
La mobilisation de leurs peuples, soutenue par les autres peuples du monde autour d’une pareille rétorsion à la politique US envers la Palestine et les Résolutions de l’ONU, peut contraindre ces Etats à affronter les Etats Unis sur ce terrain.
Ce sont seuls, ces deux leviers, qui peuvent faire plier les Etats Unis, et les rendre plus respectueux de la souveraineté de leurs partenaires économiques et commerciaux, et des Résolutions du Conseil de Sécurité.
Avec ces deux leviers, ce serait aussi la fin de leurs décisions unilatérales pour jouer aux gendarmes du monde, que la France et de la Grande Bretagne ont toujours soutenues.
Ainsi, le retrait de l’Accord nucléaire Iranien, et l’ouverture de l’Ambassade des Etats Unis à Jérusalem, constituent la « ligne rouge » que les US n’auraient jamais dû franchir, et qui constituent, aujourd’hui, un tournant historique pour le monde,
– soit vers une plus grande vassalisation vis-à-vis des Etats Unis, et plus de guerres, notamment au Moyen Orient ;
– soit vers une plus grande souveraineté des Etats vis-à-vis des Etats Unis, et plus de paix et de stabilité.
Ainsi, le sort de la souveraineté des peuples et l’avenir pacifique du monde reposent, aujourd’hui, sur les épaules de l’Arabie Saoudite et des autres Etats du Golfe, notamment dans leurs attitudes vis-à-vis de ce nouveau tournant géopolitique des USA.
Ce rôle historique que la crise du système de domination impérialiste vient de leur confier, leur donne une opportunité de rentrer dans l’Histoire par la grande porte, au moment où l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique Latine, ont perdu l’initiative des luttes de libération des peuples au niveau mondial, et de rempart de la paix et de la sécurité des peuples. 
C’est à eux qu’est échue la lourde tâche de stopper Israël en faisant face aux Etats Unis, pour l’avènement de « deux Etats » Israélien et Palestinien, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem Est, la Capitale du nouvel Etat de Palestine, conformément aux Résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Ibrahima SENE PIT/SENEGAL
Dakar le 18 Mai 2018

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