Police, Gendarmerie, l’Armée et les populations aux frontières: Une collaboration porteuse d’espoir à Kédougou

À travers une approche multiacteurs, la Police, la Gendarmerie, l’Armée et les populations de la région de Kédougou sont parvenues à renforcer la surveillance aux frontières avec la Guinée et le Mali. Une tournée initiée à Fongolimbi, zone frontalière à la Guinée, a permis de constater, de visu, l’impact des efforts conjoints des forces de défense et de sécurité ainsi que des populations.


Reportage de Amadou DIOP


Au poste frontalier avancé de Fongolimbi, le dispositif de lavage des mains est un passage obligé. Nul ne passe par ici sans s’y soumettre. L’emplacement est stratégique surtout pour les véhicules en partance ou en provenance de Kédougou. Les agents de la police des frontières veillent au grain. Le nez et la bouche couverts dans un masque, les mains gantées, ils pointent le thermo-flash sur les fronts des passagers. Non loin de là, la brigade territoriale de Fongolimbi attend d’être inaugurée tout prochainement. En amont du poste frontalier, plus au sud, les sentiers tortueux sont devenus, en cette période de fermeture des frontières, les axes privilégiés des passants pour rallier le Sénégal ou la Guinée voisine.

D’autant plus que la région de Kédougou a une large frontière avec le Mali et avec la République de Guinée. Mais, c’est sans compter avec la détermination des forces de défense et de sécurité qui, grâce à une implication des populations vivant le long de la frontière, arrivent à déjouer les tentatives des passagers qui essaient, à bien des occasions, de se faufiler, surtout nuitamment, pour passer entre les mailles des filets. En empruntant l’axe Niagalan-Kounsi, situé à la lisière de la frontière sénégalo-guinéenne, le constat permet de découvrir les difficiles conditions de travail des forces de défense et de sécurité mais surtout des possibilités qui s’offrent aux passants, contournant les points frontaliers normalisés. C’est pourquoi, le gouverneur est d’avis qu’il faut une union pour renforcer le contrôle. «Et dans la lutte contre le covid-19, il nous fallait rassurer d’abord les agents à qui il faudrait rendre hommage. Quand vous franchissez ces zones difficiles d’accès, quand vous voyez les conditions dans lesquelles ils sont, nous ne pouvons que leur dire bravo! Ils abattent un travail considérable. Il était normal que nous, en tant qu’autorités administratives, gouverneur de la région, avec le préfet et le sous-préfet, venions voir ce qui se passe. Voir avec eux, comment améliorer le dispositif», a ainsi confié le gouverneur de la région, Saer Ndao. Il reconnaît que le dispositif avec zéro risque n’existe pas. Mais l’objectif, c’est de le minimiser. La sécurisation sanitaire de la région en vaut la chandelle.

Patrouilles

Si toutes les entités de la région sont aujourd’hui mobilisées autour du gouverneur pour voir comment prendre en charge cette préoccupation frontalière, il reste certain que la partition des populations des zones frontalières est d’un grand apport. «Les limites frontalières n’existent que sur le papier. Sur le terrain, il y a une interpénétration des populations qui partagent des coutumes et des vécus. Et dans ce sens, nous devons être très subtiles dans la manière d’appréhender la chose, c’est-à-dire, impliquer les populations et faire de sorte que, par une discussion et une approche participative, qu’elles sentent concernées», a justifié le gouverneur.

Dans cette zone, les forces et de défense et de sécurité mènent, de manière régulière, des patrouilles pour veiller au respect des mesures mais aussi pour sécuriser davantage les frontières. «Nous faisons des patrouilles et l’Armée nous appuie dans ce sens, ainsi que la Gendarmerie, la Douane, les agents des Eaux et Forêts. Le sous-préfet vient aussi souvent avec nous sur le terrain et ça rassure davantage les populations», a informé le chef du secteur frontalier de Kédougou, l’adjudant Dame Ndiaye.

Cette visite servira à améliorer le dispositif mis en place le long des frontières avec les deux pays voisins. «Nous allons voir quelles sont les stratégies à améliorer parce que déjà le dispositif est performant. On a visité un point où l’on a rassemblé toutes les forces de défense et de sécurité.

À terme, quand tout sera fini, on aura la Gendarmerie là-bas; en face de la Gendarmerie, la Police de l’air et des frontières, à côté, il y a la Brigade des stupéfiants et la Douane», a annoncé aussi le gouverneur Saer Ndao.

Points non normalisés, nouvelles zones de prédilection

L’épineuse équation reste la surveillance des zones-tampon non normalisées qui sont devenues des voies de transit. C’est l’exemple de l’axe Niagalan- Kounsi. À notre arrivée à Kounsi, nous avons trouvé sur place un groupe d’individus qui ont été appréhendés. «Nous sommes en nomadisation dans le secteur. J’ai donné instruction aux éléments de se redéployer à Fongolimbi après. Ils ont arrêté, grâce à un contact de Kounsi, cinq individus dont une femme et son enfant, il y a deux jours. Ils voulaient se rendre en Guinée d’après eux.

Ces personnes seront remises aux éléments de la Police de l’air et des frontières pour les besoins de l’enquête», a indiqué le commandant du 34ème bataillon de Kédougou, Babacar Ndiaye. Ils tentaient tous de rallier la Guinée à motos, en empruntant cet axe rocailleux et accidenté qui mène aussi tout droit à la Guinée.

L’un d’eux, un homme, la cinquante, explique son choix de retourner en Guinée du fait de la fermeture effective du site d’orpaillage de Khossanto où il faisait la forge. «Quand on ferme les frontières, les positions normalisées ne sont plus utilisées. Il faut, par une stratégie de redéploiement, qu’on essaie de voir les zones, les portes d’entrée non normalisées, qu’on essaie, par une stratégie avancée, ou une autre stratégie, de rattraper ces gens qui passent de jour comme de nuit. Ça va être une tâche difficile, c’est pourquoi cela nécessite quand même un renforcement de moyens», a dit le gouverneur de la région.

Soutien de la population

Si la hiérarchie a renforcé en effectif la Police des frontières, l’administration territoriale locale, a entrepris, de son côté, l’initiative de réquisitionner les motos pour mieux répondre à la lancinante question de mobilité des forces de défense et de sécurité aux axes sinueux. «Dès qu’on nous a signalé le problème, nous avons essayé de réquisitionner l’ensemble des mots qui existaient dans la région pour les mettre à la disposition de la Gendarmerie et de la Police des frontières.

Parce que c’est une mobilité qu’il faut pour régler ce problème. Celle-ci nécessite qu’on réadapte nos moyens de locomotion. Ce ne sont pas des véhicules roulants, 4×4 fussent-ils, qui vont sillonner entre les arbres, parce que vous avez vu que ce sont des passages serrés. Il nous faut des motos adaptées», a indiqué Saer Ndao. À Kounsi, les populations collaborent étroitement avec les forces de défense et de sécurité. «Les gens passent ici vers trois heures ou quatre heures. Ils tentent de se faufiler par ici qui est aussi un point de passage. J’ai même été témoin des tentatives de corruption des passants à l’endroit des forces de sécurité qui sont restées vraiment intransigeantes. Elles ne laissent passer personne. Elles font un excellent travail et nous les accompagnons dans les mesures prises et refusant d’héberger personne», a témoigné le chef de village de Kounsi, Saliou Danfakha.

Une mesure saluée par le gouverneur de la région pour qui cela va dans le sens «de protéger nos populations en cette période particulière. Il faudra continuer à appuyer les forces de défense et de sécurité matin et soir et n’héberger personne. Il faut aviser les autorités sanitaires et administratives chaque que de besoin», a-t-il-lancé. Ce n’est pas une mince affaire de protéger une zone qui s’étend sur 100 km, sans compter le relief accidenté. L’adjudant Dame Ndiaye, chef du secteur frontalier, a reconnu qu’il est impossible de mettre un élément sur chaque mètre carré. «Avec cette synergie des forces de défense et de sécurité, on parvient quand même à faire un maillage, avec aussi la complicité des populations qui nous viennent en appoint et qui nous aident dans le travail que nous faisons actuellement. Cette visite du gouverneur nous réconforte dans notre mission», a complété l’adjudant Dame Ndiaye.

Source Auteur : Amadou DIOP - Le Soleil

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