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Perte de terres et sans emploi : Les habitants de Diass crachent sur l’Aibd

Le nouvel aéroport international Blaise Diagne (Aibd) ne fait pas que des heureux. Inauguré le 7 décembre dernier,ce nouveau ‘’bijou’’ est loin de faire l’unanimité, surtout dans la localité où il est implanté. Les problèmes sont nombreux et variés.

Si le nouvel aéroport Blaise Diagne a pris son envol (avec toutes les difficultés connues), ce n’est pas le cas pour les habitants de Diass. Certains, qui en espéraient beaucoup plus, ont aujourd’hui le sentiment que l’Aibd a détruit leur vie.

La promesse d’une vie meilleure qui leur avait été faite s’est traduite en cauchemar. Les populations continuent toujours de pratiquer les mêmes activités qu’auparavant. Pire encore, elles subissent de plein fouet les conséquences de l’érection du nouveau ‘’bijou’’ dans leur village.

De l’expropriation de leurs terres au chômage, en passant par les problèmes d’insalubrité, la liste est longue. On dit souvent qu’une chose prometteuse doit annoncer la couleur avant son arrivée, mais les habitants du village de Diass semblent avoir l’impression du contraire. Comme à l’accoutumée, le marché du village est très tôt pris d’assaut par les femmes.

Elles viennent s’approvisionner en légumes et autres condiments pour la cuisson. Des étals de fruits et légumes longent la route très fréquentée. Les vendeuses ne négligent aucun véhicule. Du bus au camion, en passant par les taxis, elles arpentent la latérite à chaque fois qu’une voiture s’immobilise, dans l’espoir de vendre leurs sachets de clémentines, de citrons et leurs bouteilles d’eau. ‘’Rien n’a changé ici. Les jeunes et les femmes s’adonnent toujours aux mêmes activités.

L’Aibd n’a rien apporté à notre quotidien’’, se désole Coumba Ndiaye, en pleine conversation avec sa copine vendeuse d’eau. Cette quadragénaire ne voit aucun aspect positif dans cette nouvelle infrastructure qui a pourtant coûté plus de 400 milliards de francs Cfa et qui fait partie des projets phares du régime actuel. Le recrutement des jeunes dans le nouvel aéroport reste sa principale doléance.

Toutefois, même si la dame ne manque pas de tirer sur les autorités sénégalaises, elle n’en oublie pas leurs parents. Pour elle, ‘’les principaux responsables sont les parents qui n’ont pas permis à leurs enfants de rester à l‘école et d’obtenir les diplômes nécessaires’’. La jeune dame n’est pas surprise que la population locale soit ignorée, d’autant plus qu’‘’il n’y a même pas un cadre à Diass’’. Son amie, préférant ne pas décliner son identité, lui emboîte le pas et déclare n’avoir noté ‘’aucune avancée dans son village’’, surtout dans son domaine de prédilection, le commerce. ‘’Les voitures de transport en commun préfèrent passer par l’autoroute. Ce qui a négativement impacté notre commerce’’, se plaint-elle.

En fait, avant la construction de l’Aibd et de l’autoroute, les véhicules n’avaient qu’une seule voie, celle qui passe par Diass. De ce fait, le commerce était très lucratif. Aujourd’hui, la possibilité de déviation offerte aux automobilistes via l’autoroute fait que les marchandes ne voient plus leurs clients. Ce qui a rogné leurs chiffres d’affaires.

Le foncier, le principal problème

Pour construire l’Aibd, il a fallu déguerpir des villageois de leurs lieux d’habitation. Ces derniers, qui cultivaient la terre, ont perdu leurs exploitations. Réduits en chômeurs, dépourvus de leur seule source de revenus, ils ne trouvent aucun autre moyen de gagner leur vie.

Comme d’habitude, ces ‘’vieux’’ se réunissent désormais tous les jours au ‘’grand place’’ pour discuter. Devant l’ancienne maison du citoyen de l’ex-communauté rurale de Diass, érigée en commune depuis l‘avènement de l’acte 3 de la décentralisation, il y a du monde.

Les jeunes, au lieu d’aller à l’école ou chercher du travail, rivalisent avec les plus âgés au kiosque de Pmu. Ils scrutent attentivement les listes du Parifoot, misent sur leurs équipes favorites et espèrent se faire un peu d’argent. A côté, Daouda Diouf et ses camarades sont assis face à la route.

Cigarette à la main, le regard désemparé, Daouda, à l’image de tout un village, a vu tous ses espoirs s’envoler d’un seul coup, avec le nouvel aéroport. L’amertume est aujourd’hui la chose la mieux partagée. ‘’Nous n’avons plus rien à faire. L’Etat nous a pris toutes nos terres qu’on cultivait pour construire son aéroport et maintenant nous avons tout perdu’’, s’insurge-t-il.

Il fustige les agissements des autorités qui, à son avis, leur ont donné des miettes, pour prendre ce sur quoi reposait leur survie. ‘’Pour quelqu’un qui ne compte que sur ses champs pour vivre et nourrir sa famille, une modique somme de 300 mille francs ne peut rien’’.

Ruissellement des eaux usées

Outre les champs des villageois, ce nouvel aéroport a créé un autre problème. Certains habitants ont vu leurs terres bradées. Assis sous un arbre avec ses copains, Idrissa Diouf estime que l’origine du problème n’est pas Macky Sall, mais plutôt ‘’les vautours qui tournent autour de lui’’.

Ce professeur d’arabe n’y va pas du dos de la cuillère. ‘’Les alliés du président de la République se sont accaparés toutes les terres de Diass, du fait de leur mise en valeur par l’Aibd’’. Impuissant face à une telle situation, il pointe un doigt accusateur sur l’édile de la localité. ‘’Notre maire, Alioune Samba Ciss, qui est pourtant de la mouvance présidentielle (Afp), n’ose même pas piper mot pour défendre nos intérêts, par peur de représailles’’. Avec tout le préjudice causé, le jeune homme se radicalise et tire sur tout le régime. ‘’Ce serait même mieux de ne pas avoir cet aéroport ici’’, a-t-il lancé.

Des propos qui traduisent à suffisance son chagrin. L’insalubrité aussi frappe les Diassois. Il y a, dans le village, un canal à ciel ouvert, par où transite toutes les eaux provenant de l’aéroport. En principe, cela ne devrait poser aucun problème. Mais, étant donné qu’il est bouché, les eaux se déversent dans les rues et ruissellent jusqu’aux habitations, selon toujours Daouda Diouf.

Ainsi, le constat est unanime, ou presque. Les habitants de Diass ne se retrouvent pas dans l’Aibd, car cette infrastructure, qui fait la fierté du régime, n’a apporté aucun changement dans leur quotidien. Pour autant, l’espoir est toujours de mise chez certains, pour qui cette situation s’explique par la nouveauté de l’aéroport. D’où cette phrase qui traduit l’éternel optimisme/fatalisme sénégalais : ‘’Yalla bakhna’’ (Dieu est grand).

EnQuete

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