PDS : Quand Wade fils veut, tout le monde perd !

Dans son ascension vertigineuse pour le contrôle du Parti Démocratique Sénégalais (Pds), Karim Wade aura été directement ou indirectement à l’origine de plusieurs défections de cadres du Pds. Tandis qu’il progressait au sein des instances, le parti fondé en 1974 par son père Abdoulaye Wade, s’est successivement séparé de plusieurs de ces militants historiques. Retour sur des évictions et des défections.

KARIM WADE LIBRE DE SES MOUVEMENTSKarim Wade est un banquier qui officiait à Londres, lorsqu’en 2000, alors âgé de 32 ans, il est nommé par son père alors Président de la république, conseiller spécial. Le jeune homme rentre au Sénégal pour servir dans le gouvernement. Jusque-là méconnu du grand public, il se fait tout de suite connaître, notamment dans le cercle des dirigeants. Il file petit à petit des connaissances et forme des alliances discrètes, avec certains cadres du PDS. Il ne fait cependant pas l’unanimité. En effet, des militants de première heure ne sont guère d’accord avec la démarche adoptée, par ce «jeune homme», qui, à leurs yeux ne capitalise aucune crédibilité, du point de vue politique. Une bataille interne est dès lors engagée. Karim s’entoure de ses fidèles et lance en 2006 un mouvement dénommé «Génération du concret». Il se voit dans la foulée confier par son père la gestion de l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique (Anoci) qui prépare le sommet de Dakar, en mars 2008.

En lice pour la mairie de Dakar, Karim Wade est battu en mars 2009. En mai 2009, il hérite de quatre portefeuilles ministériels. Le 21 mars 2015, Karim Wade est désigné candidat du PDS à l’élection présidentielle. Deux jours plus tard, il est condamné à 6 ans de prison ferme pour enrichissement illicite assortie d’une amende de 138 milliards de FCFA. Le 24 juin 2016, Karim Wade est libéré de prison et s’exile au Qatar. Le Conseil Constitutionnel invalide sa candidature à la présidence de la République en janvier 2019. Entre 2000 et 2019 le fils devenu «grand» aura dans sa montée causé des dommages collatéraux.

21 avril 2004 : Idrissa Seck : « Wade ne travaillait que pour une seule personne : son fils »

Idrissa Seck

Nommé Premier ministre du Sénégal en 2002, Idrissa Seck quitte le PDS le 21 avril 2004 pour fonder sa propre sa formation politique (Rewmi). Il a été auparavant emprisonné dans une affaire de détournement présumé de deniers publics. Il bénéficiera finalement d’un non-lieu. En 2007, Idrissa Seck se positionne deuxième, à l’élection présidentielle, avec 14,93 % des suffrages exprimés. Idrissa Seck sera à tour de rôle exclu du parti (2005), retour (2009) puis une nouvelle exclusion (2011). «Wade ne travaillait que pour une seule personne : son fils. Quand j’ai quitté la Primature, le 22 avril 2004, il m’a écrit une lettre dithyrambique, la plus belle lettre que je n’aie jamais reçue. Les mois passent, je reste numéro deux du parti. En décembre 2004, nous avons toujours de bonnes relations. Et en juin 2005, le complot démarre pour m’écarter et installer le fils biologique…», disait-il dans une interview accordée à Jeune Afrique, le 10 janvier 2012.

9 novembre 2008 : Macky Sall sort et forme l’Alliance pour la République (Apr)

Macky Sall sort et forme l'Alliance pour la République

Alors président de l’Assemblée nationale l’actuel chef de l’Etat Macky Sall avait convoqué le ministre Karim Wade, devant les parlementaires afin qu’il s’explique sur sa gestion des fonds de l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique (Anoci). Le fils du Président était alors acculé par l’opposition et des membres de la société civile qui le soupçonnaient de malversations. De cette convocation, une loi sera votée pour limiter le mandat du président de l’Assemblée nationale qui passe de 5 ans à un an renouvelable. Macky Sall se sentant visé démissionne du PDS et de tous ses postes électifs obtenus sous la bannière du parti libéral. Il créé sa propre formation politique l’Alliance pour la république (Apr) et part à la conquête du suffrage des Sénégalais. Il est élu président de la République en 2012.

…27 mars 2011 : Aminata Tall accompagne Macky

Aminata Tall quitte le PDS en 2011 et rejoint Macky Sall. Après un an de compagnonnage son candidat est élu président de la République. Mme Tall fait partie des premiers anciens cadres du PDS à avoir rejoint Macky Sall.

Ensuite, en 2012 Pape Diop, ancien maire de Dakar (2002-2009) et Président du Sénat sous Abdoulaye Wade quitte le PDS et crée sa propre formation (Bokk Gis Gis). Wade venait alors de perdre le pouvoir. Abdoulaye Baldé quittera également le PDS la même année. Il met aussitôt sur pied un parti(Union des centristes du Sénégal). Toutefois, les deux se sont gardés de se prononcer sur les véritables raisons de leur départ.

Souleymane Ndene Ndiaye refuse d’avaliser la candidature de Karim Wade

Souleymane Ndéné NDiaye30 mars 2015 : Souleymane Ndene Ndiaye, dernier Premier ministre d’Abdoulaye Wade annonce son départ du PDS. En cause de cette rupture M. Ndiaye marquera son désaccord suite à l’investiture de Karim Wade comme candidat du parti à la prochaine présidentielle qui était initialement prévue en 2017.

Modou Diagne Fada : «J’ai choisi Wade comme leader mais ce n’est pas lui qui va me choisir mon leader»

Modou Diagne Fada Campagne Electorale

16 octobre 2015 Modou Diagne Fada annonce son départ du parti où il a effectué tout son parcours politique depuis sa plus tendre jeunesse. Il a été auparavant exclu de son poste de président du groupe parlementaire des libéraux. Il fait également partie des rares responsables qui ont marqué et signifié leur désaccord, dès l’annonce de l’investiture de Karim Wade, comme candidat du PDS, à la présidentielle. « Je ne participerai pas à un suicide collectif » disait Modou Diagne Fada, en 2015 dans une interview parue dans le journal Libération. «J’aime bien Wade de même que son fils.

J’ai choisi Wade comme leader mais ce n’est pas lui qui va me choisir mon leader. Wade a accompli sa mission pour le parti, pour le pays et pour l’Afrique. Il est temps qu’il se repose», ajoutait-il.

Madické Niang : L’option B, critiquée

Madické Niang

En 2019, déclare sa candidature à la magistrature suprême. Cette option s’inscrit en contre-courant des recommandations du PDS  et va sceller une rupture. Dans sa démarche l’ancien ministre sous Wade va amener avec lui quelques autres libéraux qui étaient pour une option de plan B, dès lors que la candidature de Karim Wade était irrecevable.

Le 9 août 2019 Amadou Sall, Oumar Sarr et Babacar Gaye se démarquent

Amadou Sall, Oumar Sarr et Babacar Gaye sont simultanément écartés des principaux postes du Parti. Ensemble, ils créent le courant Suqali Sopi (Revivifier le Soppi). Ils vont plus tard sceller un départ définitif du PDS. Un parti avec lequel ils ont cheminé depuis sa création en 1974. «Tout en revendiquant leur héritage du libéralisme social, tel que pensé par Abdoulaye Wade (…) Les membres et sympathisants de l’Alliance Suqali Soppi ont décidé de partir de leur expérience pour créer un nouveau parti réellement démocratique», peut-on lire dans un communiqué daté le 9 juillet 2020.


 

  •   Le Soleil – Quotidien national 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.