Macky propose, Dakar Dem Dikk valide, les étudiants rejettent

Ç’aurait été un voyage par voie maritime, on aurait aisément employé l’expression « contre vents et marées » pour signifier que les étudiants de l’Ucad sont décidés à rallier les autres régions du pays pour y fêter la Tabaski. Peu importe le moyen d’ailleurs: ils le font, malgré la demande de Macky Sall de rester dans la capitale sénégalaise, malgré la décision de Dakar Dem Dikk d’immobiliser ses bus. Aboiera qui voudra, la caravane passera…

Minuit et demie! Il y a de cela plus d’une heure qu’un communiqué circule dans les réseaux sociaux, faisant état de la décision de Dakar Dem Dikk d’annuler ses voyages de Dakar vers les autres régions. Avant ce communiqué, c’était au tour d’un extrait d’une intervention télévisuelle du président Macky Sall de défiler sur les différents supports numériques. Tout le monde l’a vu. Dakar Dem Dikk s’est bien inscrit dans son esprit, en annulant les trajets (et en s’excusant d’ailleurs auprès des clients qui avaient fait des réservations). Mais, il n’en est rien à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar: le déplacement se fera et c’était chose prévisible.

Devant les pavillons, des groupes se sont formés. Des groupes d’individus qui ont visiblement oublié la présence de l’ennemi invisible. Le masque est le cadet des soucis de ces étudiants trop préoccupés à investir les bus pour aller passer la fête de la Tabaski chez eux. Les valises sont placées tout en haut des véhicules, tandis que les voyageurs font la queue. Bacary Diarra est de ceux-là qui espèrent bientôt regagner les leurs afin de célébrer l’Aid en communion. Valise à la main, sac au dos, il attend le départ du bus vers son Tambacounda natal. « Que veulent-ils? Qu’on passe la fête à l’Université? », s’interroge le jeune homme. Tout est très clair dans son esprit : la demande du président de la République ne saurait être satisfaite.

Il partira, de même que tout ce beau monde regoupé devant la direction du Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (Coud). Un assez beau monde, de sorte qu’on peut se demander s’il y aura assez de places dans les bus. Un beau monde qui, comme le groupe de moindre envergure trouvé devant le pavillon Q, n’a que faire des mesures barrières. On se regroupe, on surveille ses bagages (valises, moutons, sacs d’oignons, de pomme de terre…) discutant avec les prochains compagnons de route. Abdoulaye Mballo est devant un long bus de couleur rouge. Sa main gauche est occupée à garder précieusement une pile de feuille blanches, tandis que la droite s’applique à décrocher de temps en temps le téléphone qui sonne. C’est un des responsables chargés de l’organisation du bus en partance pour Vélingara. Pour lui, c’est avant tout une une question de logique : on ne peut pas avoir effectué une tournée économique à l’intérieur du pays pour demander par la suite aux gens de ne quitter l’université pour retrouver leurs parents. Le moteur des bus vrombit, Abdoulaye et ses amis se déplacent.

Avant de partir, il précise : « on n’y va que pour les besoins de la fête ». Ils sont nombreux dans son cas, ceux-là qui sont restés des mois sans voir les parents. En ce sens, la Tabaski est une occasion qu’ils ne sont pas prêts de rater. Pour rien au monde…

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