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LEGISLATIVES 2022 – Ce sera une grosse bagarre !

La pré-campagne des Législatives du 31 juillet prochain est hautement inflammable. Benno bokk yaakaar (pouvoir) et Yewwi askan wi (opposition) affirment avoir décelé des motifs d’invalidation de la liste de son adversaire. Face à des bases fanatisées, Yaw trouve inéluctable la cohabitation à l’issue du scrutin, alors que Bby est suspectée de faire du soir du 31 juillet le socle légitime d’un troisième mandat.     

Les devins si prompts à s’épancher sur la toile à l’occasion de grands derbys qui tiennent en souffle le pays n’ont encore rien dit sur les prochaines Législatives. Aucun maître de l’art divinatoire n’a, pour l’instant, renseigné sur la météo des Législatives.

Seule certitude : le marquage à la culotte entre Benno bokk yaakaar (pouvoir) et Yewwi askan wi (opposition), les plus deux plus grosses coalitions en lice, augure de chaudes empoignades durant la campagne électorale et le 31 juillet, jour du scrutin. Aucun des deux protagonistes ne veut céder la moindre parcelle de terrain à l’adversaire. Tout a commencé le mercredi 11 mai dernier. Tout nouveau maire de Dakar, Barthélémy Dias s’est rendu au siège de la Direction générale des élections (Dge) pour procéder aux changements mettant à l’abri la liste départementale de Yewwi de rejet pour non-respect de la parité. Là, il se heurte au cordon de la police. Une grosse bagarre s’en suit sans que l’opposition ait gain de cause. La Dge campe sur sa position et argue être à la phase de vérification des parrainages et non des listes. N’empêche, les deux camps s’affrontent par conférences de presse interposées.

Sans la liste départementale de Yaw à Dakar, il n’y aura pas d’élections, menace Barthélémy Dias. Farba Ngom, cacique de l’Alliance pour la République s’indigne de la descente musclée de Dias à la Dge qu’il trouve choquante d’un maire de la capitale.

Aminata Touré, tête de liste de Bby martèle qu’une liste non conforme à la parité est irrecevable. Passée cette polémique, une autre survient. Elle frappe au cœur de la liste de Bby exposée à l’invalidation pour avoir dépassé d’un parrain le nombre requis selon la loi. L’oppose s’arcboute à la jurisprudence Malick Gackou. « Double jurisprudence Malick Gackou », alerte le juriste proche de l’opposition, Seybani Sougou. A la Présidentielle de 2019, la candidature de Malick Gackou avait été invalidée par le Conseil constitutionnel. Sougou se fonde sur la Décision n° 2019-E du 20 janvier 2019. « Considérant qu’il y a lieu de rappeler que le sieur Malick Gackou pour l’élection présidentielle a présenté une liste de 67842 parrains au moment de la déclaration de candidature, et a dépassé le nombre de parrainages autorisés par la loi lors du dépôt, soit 62820 électeurs ; que ce dépassement suffit à rendre sa candidature irrecevable », rappelle Seybani Sougou. Entretemps, le président de Pastef, Ousmane Sonko, chef de l’opposition s’adresse aux médias et appelle les troupes à se mobiliser contre la validation de la liste de Bby. Là, la coalition présidentielle, assommée, fait le mort et parle d’erreurs matérielles.

Le vendredi 20 mai, alors que tous les regards étaient braqués vers le Conseil constitutionnel saisi par la l’opposition sur le rejet de sa liste départementale à Dakar, Déthié Fall, son mandataire, lâche une autre bombe. Il ameute la presse et annonce, encadré par certains leaders de Yaw, avoir découvert que Bby n’a pas respecté la parité sur sa liste nationale. Un péché frappé d’irrecevabilité comme le martelait Aminata Touré. Ça jubile dans l’opposition. Mais la joie sera de courte durée. Car, le lendemain, Ousmane Sonko lui-même reconnaît que les « compteurs sont remis à zéro ». La liste nationale de Yaw, annonce-t-il, la mort dans l’âme, sans doute, est entachée de doublon. Le soir même, Bby convoque la presse, fait le récit de leur précieuse découverte en ajoutant que Yaw est frappée d’invalidation dans quinze départements pour avoir enfreint la loi sur la parité.

L’imbroglio sort la société civile notamment Afrikajom Center de son mutisme.  Alioune Tine, fondateur de think-tank alerte, dans un communiqué, sur « l’aggravation du contentieux préélectoral (…) qui risque de devenir une menace pour la survie de l’État de droit au Sénégal ». Tine appelle à « sortir de la logique d’autodestruction du système politique et démocratique sénégalais » et recommande au Conseil constitutionnel, organe de régulation du contentieux électoral, « d’agir de manière à apaiser les tensions politiques grandissantes et les risques de violences politiques », de « renforcer le système démocratique, la paix et la sécurité », de « contribuer à l’avènement d’une institution parlementaire plurielle et inclusive ». L’appel d’Alioune Tine choque Aar, la coalition dirigée par l’ancien ministre passé dans l’opposition, Thierno Alassane Sall.

Dans un communiqué, cette coalition flairant, sans doute, la bonne affaire dans l’invalidation des listes des deux mastodontes, appelle au strict respect de la loi. Au communiqué de la coalition Aar, Pastef répond par un dernier communiqué publié dans la nuit du dimanche 22 mai. Dans cette annonce, les camarades d’Ousmane Sonko semblent dire que les compteurs sont loin d’être à zéro comme indiqué par leur président. « La coalition Yewwi Askan Wi informe ses militants et sympathisants ainsi que l’opinion nationale et internationale que sa liste proportionnelle est conforme aux dispositions du Code électoral et sa recevabilité ne souffre d’aucune irrégularité. Conformément aux dispositions de l’article L.179 du Code électoral, l’anomalie décelée sur cette liste nationale sera régularisée », lit-on dans ce communiqué de la soirée. Le même texte poursuit : « Par contre, la liste nationale de la coalition Benno Book Yaakaar est irrecevable pour non-respect de la parité ainsi que l’ensemble de son dossier de déclaration de candidatures pour dépassement du nombre de parrains requis au moment du dépôt de La déclaration de candidatures ».

En tout cas, cette bataille sans merci entre les deux colosses de la scène politique est, sans conteste, annonciatrice de Législatives hautement inflammables. L’opposition tient à inaugurer la cohabitation à l’issue du scrutin, alors que des démembrements de la mouvance présidentielle veulent en faire le bien-fondé d’un éventuel troisième mandat.

 

Félix DIAGNE  – laviesenegalaise.com

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