La première édition du Salon International des Médias d’Afrique (SIMA) s’est ouverte le lundi 27 octobre 2025 à Dakar, au Sénégal, autour du thème : « L’Afrique face aux nouveaux enjeux des médias ».
Organisé par la Maison de la Presse Babacar Touré du Sénégal sous l’égide du ministère sénégalais de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, l’événement a réuni de hautes autorités et plusieurs délégations étrangères.
Une co-organisation symbolique entre le Sénégal et le Mali
Bien que le salon soit organisé par le Sénégal, le Directeur de la Maison de la Presse du Sénégal, Sambou Biagui, a souligné la forte participation du Mali, qu’il considère comme un partenaire essentiel de cette première édition.
Selon lui, cette présence traduit « l’intérêt et l’engagement du Mali pour le rayonnement de la presse africaine ».
Une position partagée par Bandiougou Dante, président de la Maison de la Presse du Mali, pour qui cette rencontre est « d’une importance capitale pour la presse africaine ». Il précise que la délégation malienne, composée d’acteurs de la presse publique, privée et d’organisations professionnelles, porte « le message de reconnaissance et de gratitude des autorités maliennes envers le Sénégal ».
Et d’ajouter : « Cette rencontre est une occasion d’apprendre, d’échanger et de partager des expériences dans un contexte où le métier de journaliste suscite de nombreuses polémiques. Participer à ce salon nous permet de nous améliorer pour mieux exercer notre mission. »
« Le SIMA nous permet de réfléchir sur notre métier »
Dans le même esprit, Issa Kaba Sidibé, directeur de Renouveau TV et président du Salon des Médias du Mali, a salué une initiative qui « permet aux médias africains de s’unir et de réfléchir collectivement à leur avenir ».
Pour lui, il est urgent de réinvestir les nouveaux espaces médiatiques dominés aujourd’hui par des acteurs non formés au journalisme :
« Les nouveaux médias — Facebook, YouTube, TikTok, WhatsApp — ont été laissés à d’autres, souvent sans connaissance du métier. Les médias classiques ont pris du retard, et la nature ayant horreur du vide, ces plateformes sont devenues des espaces d’expression incontrôlée. Le SIMA nous offre l’occasion de repenser notre place dans cet univers numérique. »
Issa Kaba Sidibé estime qu’une réappropriation des nouveaux médias par les professionnels est essentielle pour restaurer la crédibilité de la presse et garantir une information de qualité.
La Déclaration de Dakar : un outil de travail pour les médias africains
L’un des temps forts du salon fut la présentation de la Déclaration de Dakar sur le droit à l’information au Sahel, un document de dix engagements majeurs destinés à améliorer les conditions d’exercice du journalisme et à faciliter l’accès à l’information sur le continent.
Selon Sadibou Marong, directeur du bureau régional Afrique de l’Ouest de Reporters Sans Frontières (RSF) et membre du comité scientifique du SIMA, cette déclaration prévoit notamment que les États se mobilisent dès qu’un journaliste est enlevé, afin de garantir sa sécurité et de rassurer ses confrères.
Déjà, la Mauritanie, le Libéria et la Gambie ont officiellement soutenu cette initiative, saluée par RSF.
« Nous sommes heureux d’avoir obtenu ces trois signatures, mais nous irons jusqu’à l’Union africaine pour qu’elle adopte à son tour une déclaration continentale sur l’accès à l’information au Sahel », a affirmé M. Marong.
Pour sa part, Djibril Sacko, président de l’Association Salon des Médias du Mali, estime que cette déclaration « peut profondément transformer le paysage médiatique du Sahel », à condition que tous les pays y adhèrent.
« Si l’ensemble des États s’engagent à la mettre en œuvre, elle deviendra un formidable outil de développement et de travail pour les médias de la région », a-t-il déclaré.
Les dix principes de la Déclaration de Dakar
La Déclaration de Dakar sur le droit à l’information au Sahel repose sur dix engagements essentiels que les pays signataires s’engagent à respecter :
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Reconnaître et garantir le droit à l’information, tel que défini par la Déclaration internationale sur l’information et la démocratie.
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Autoriser l’accès des journalistes aux zones à risque, notamment en période de conflit, tout en assurant leur sécurité.
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Garantir la diffusion continue d’informations d’intérêt public, y compris sur les opérations militaires et sécuritaires.
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Mettre fin à l’impunité des attaques contre les journalistes et poursuivre leurs auteurs.
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Garantir un accès ininterrompu à Internet, en particulier durant les élections ou les manifestations.
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Aligner les lois nationales sur les normes internationales les plus protectrices de la liberté d’informer.
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Adopter des lois sur l’accès à l’information publique conformes aux standards internationaux.
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Promouvoir la qualité de l’information en reconnaissant la Journalism Trust Initiative (JTI) comme norme de référence.
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Soutenir la création d’une agence régionale de soutien aux médias, chargée de défendre la liberté de la presse et la viabilité des médias locaux.
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Collaborer de bonne foi avec les organismes internationaux indépendants, notamment le rapporteur spécial pour la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique.
Le SIMA s’impose ainsi comme un espace panafricain de réflexion, d’échange et d’action en faveur d’une presse libre, responsable et résolument tournée vers l’avenir numérique du continent.
Étaient présents : le ministre gambien de l’Information, Dr Ismaila Ceesay ; le ministre mauritanien de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, El Houssein Ould Medou ; le vice-ministre libérien de la Communication, Daniel O. Sando ; le secrétaire général du ministère tchadien de la Communication, Mahamath Nour ; le secrétaire général de Reporters sans Frontières, Thibaut Bruttin, ainsi que le président de la Maison de la Presse du Mali, Bandiougou Dante, à la tête d’une délégation de près de quarante journalistes et acteurs médiatiques.
T. Boubacar – laviesenegalaise.com




















