L’accès à l’eau potable l’hygiène et l’assainissement : un défi majeur face au changement climatique dans le sahel

L’eau est source de vie, de développement, d’économie et d’éducation, mais malheureusement sa bonne gestion reste encore un défi majeur en Afrique de l’Ouest. Une bonne gouvernance et une meilleure distribution du liquide précieux surtout face au changement climatique, constituent un enjeu stratégique pour amorcer les projets de développement durable dans nos pays. Aujourd’hui encore, en Afrique de l’Ouest, l’eau est très souvent source de pauvreté, de maladies et de mort ; ce malgré que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement soit reconnu comme un droit de l’Homme par l’ONU depuis 2010. Selon les experts, en Afrique subsaharienne, le nombre de personnes utilisant de l’eau probablement contaminée a augmenté de 45 % entre 2000 et 2017. Une situation qui exige une réaction rapide, efficace et efficiente. Pour ce faire, un début de réponse à cette problématique semble se dégager, lors de l’atelier organisé par Africa 21 pour son Réseau des journalistes africains spécialisés sur le développement durable et le changement climatique entre le 15 au 19 août dernier à Dakar.

Selon le Rapport « Progrès en Matière d’eau de boisson, d’assainissement et d’hygiène en Afrique pour la Période 2000-2020 cinq ans après l’adoption des ODD », 411 millions de personnes n’avaient toujours pas accès aux services de bases d’eau de boisson en 2020. Les défis du changement climatique sont multiples en Afrique et plus précisément dans le sahel, mais le plus difficile est celle de la gestion de l’eau, en vue d’assurer un accès facile et équitable de cette ressource vitale. Car sans elle, il n’y a pas de vie, ni de projet encore moins de développement. Donc, pour protéger, planifier, développer, distribuer et gérer l’utilisation optimale des ressources en eau et des milieux aquatiques, des points de vue qualitatif et quantitatif, il faut en assurer une bonne gestion. Rappelons d’une part qu’une eau est dite potable, lorsqu’on peut la boire ou utiliser à des fins domestiques et industrielles sans risque pour la santé. Elle peut être distribuée sous forme d’eau en bouteille, d’eau courante ou encore dans des citernes pour un usage industriel. Et d’autre part que, l’accès à l’eau potable est un indicateur représentant la part de la population disposant d’un accès raisonnable à une quantité adéquate d’eau potable. Cette eau ne doit contenir en quantités nuisibles ni substances chimiques, ni germes nocifs pour la santé. Elle doit être dépourvue de signe de pollution et présenter des caractères organoleptiques qui la rendent acceptable. Selon l’OMS, la quantité adéquate d’eau potable représente au minimum 20 litres d’eau par habitant et par jour tandis qu’on entend généralement par « accès raisonnable » une eau potable disponible à moins de quinze minutes de marche. L’hygiène et ‘assainissement font référence aux conditions de santé publique liées à l’eau potable et au traitement des eaux usées.

Le Sahel manque d’eau potable

Du nord du Sénégal à la Mauritanie passant par le Mali jusqu’au Niger, les populations de plusieurs zones rurales n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Dans la région de Kayes au Mali, les habitants de certaines localités parcourent toujours plusieurs kilomètres pour avoir accès une source pour les besoins quotidiens, mais très souvent ces eaux ne sont pas propres à la consommation. Avec la situation sécuritaire au nord et au centre du Mali ainsi qu’au Burkina Faso l’accès à l’eau devient de plus difficiles voire impossible. Les personnes déplacées n’ont toujours pas de solution adéquate tandis que plusieurs autres installations ont été endommagées dans une bonne partie dans ces zones en proie aux conflits. Au Niger, la situation est plus compliquée avec l’insécurité grandissante. En effet, le pays est pris en tenaille entre les attaques du groupe djihadiste Boko Haram et celles des nébuleuses sahéliennes affiliées à Al-Qaïda et à l’organisation Etat Islamique. Une situation qui a provoqué une vague de migration environnementale à travers la zone sahélienne. En effet, selon l’Organisation Internationale de la Migration – OIM, les migrants environnementaux sont des personnes ou des groupes de personnes qui, pour des raisons impérieuses de changements soudains ou progressifs de l’environnement qui affectent négativement leur vie ou leurs conditions de vie, sont obligés de quitter leur domicile habituel, ou choisissent de le faire, de manière temporaire ou permanente, et qui se déplacent soit à l’intérieur de leur pays, soit à l’étranger. Il faut comprendre ici que l’aspect sécuritaire est venue ajouter une tension supplémentaire à une situation déjà perturbée. Ce qui a provoqué des centaines de milliers de déplacés à travers le sahel. L’OIM conseille d’ailleurs dans ce contexte, l’utilisation du terme migrant climatique et non réfugié climatique qui n’existe pas dans le droit international.

Le droit à l’eau

Partant d’une définition substantielle, le droit à l’eau se définie comme étant le droit « à un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun ». Ce droit fondamental est reconnu par l’ONU depuis 2010 et constitue d’ailleurs le point 6 des Objectifs de Développement Durable (ODD). Mais aujourd’hui encore, près de 850 millions de personnes à travers le monde n’ont pas accès à l’eau potable. Et, selon le Rapport « Progrès en Matière d’eau de boisson, d’assainissement et d’hygiène en Afrique pour la Période 2000-2020 cinq ans après l’adoption des ODD », seul 3 des 46 pays en Afrique avec une couverture inférieure à 99%, sont actuellement sur la bonne voie pour atteindre une couverture universelle pour un service au moins de base d’eau de boisson d’ici 2030 ; et 3 personnes sur 5 manquaient des services d’alimentation en eau de boisson gérés en toute sécurité en 2020. A cet effet, pour assurer le respect de ce droit, les États doivent s’abstenir d’entraver directement ou indirectement l’exercice du droit à l’eau. Pour protéger les populations, les États doivent empêcher des tiers d’entraver l’exercice du droit à l’eau pou. Et enfin, Ils doivent (les États) doivent prendre des mesures législatives, administratives, budgétaires et autres pour assurer la pleine réalisation du droit à l’eau. Ainsi, selon l’hydrologue, le Dr Boubacar Barry « nous devons être dans un cycle qui se soutien car le cycle de l’eau ne change pas et la nature a besoin d’autant d’eau que nous, nous en avons besoin pour vivre ». Par ailleurs, nous avons également besoin de beaucoup plus d’eau pour la production alimentaire que pour les usages domestiques. Il en faut approximativement 70% de la ressource en eau à travers le monde et 86% en Afrique. Une meilleure gestion de ces ressources assurera certaine l’autosuffisance alimentaire et nutritionnelle dans nos pays.

Le blue deal, la solution idéale

Issue des résultats du 9e forum mondial de l’eau qui s’est tenu à Dakar du 21 au 26 mars dernier, le blue deal est un concept qui tourne autour de 5 axes majeurs. Il consiste à Garantir le droit à l’eau et à l’assainissement pour tous, à garantir la sécurité de la ressource et la résilience, assurer les financements adéquats, assurer une gouvernance inclusive de l’eau et renforcer la coopération en Favorisant l’application du droit international Humanitaire, en particulier les protocoles additionnels aux Conventions de Genève de 1949, qui prévoit la protection des systèmes d’adduction d’eau et d’assainissement qui sont vitaux en temps de conflits. Dans son plan d’exécution, le blue deal regroupera les ministres, les parlementaires, les élus locaux et les organisations de bassins pour élaborer sa nouvelle méthode de gouvernance et de gestion de l’eau en Afrique et ailleurs dans le monde. Le blue deal comporte également un volet jeunesse notamment la mise en place d’un Blue Youth Fund pour assurer les activités de terrain. Aujourd’hui, face au changement, à la pénurie d’eau et à la croissance démographique, chaque pays, surtout en Afrique, doit s’approprier le blue deal pour une gestion adéquate et équitable de l’eau pour assurer le développement de nos pays. Parmi les perspectives du Blue Deal, il y a le programme de mobilisation de 30 milliards par an, jusqu’en 2030 en vue d’atteindre le point 6 des objectifs de développement durable qui consiste à garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau. L’autre perspective du Blue Deal consistera à placer cet agenda au plus haut niveau de prise de décision à tous les niveaux et dans tous nos pays.

 

Face à ce défi mondial qu’est le changement climatique, aux aléas naturelles ainsi qu’à la croissance démographique et à l’augmentation des besoins en eau dans nos pays « ne devons-nous pas repenser la sécurité de l’eau, dans une optique d’économie circulaire fournissant ainsi des services de manière plus durable, inclusive, efficace et résiliente ? »

Tiemoko B Bouare

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