La peur et le virus de l’indiscipline… Par Samba Oumar Fall

- Publicité -

Le Sénégalais est bon. Il est généreux. Il a le sens de l’hospitalité ; sa « téranga » légendaire a fait le tour de la planète… Mais quand il s’agit de discipline, il est très loin derrière. Il ne boxe pas dans la même catégorie que le Chinois, le Japonais… Normal, on a chopé le virus de l’indiscipline, devenue par la force des choses une tare bien sénégalaise. Impossible de trouver l’antidote.
Nombreux sont ceux qui pensent que face à cette indiscipline tenace, un régime dictatorial aurait fait l’affaire. Eh bien, le coronavirus a démontré que ce n’était point nécessaire pour le moment.
La peur d’attraper cette pneumonie virale et d’en mourir (parce qu’on en meurt) a presque fait le travail. Depuis que cette pandémie très démocratique (il a tué riches, pauvres, chômeurs, fonctionnaires, hommes, femmes
..) qui a décimé la Chine, les États-Unis, l’Espagne, l’Italie, la France, l’Iran s’est infiltrée dans notre cher pays ; nous qui pensions être immunisés de droit et de fait contre tout, avons quelque peu changé de comportements ; même si certains font encore de la résistance.
Quand on a compris que le coronavirus n’avait ni parents ni amis et a confiné près d’un milliard de personnes chez elles, paralysant une grande partie de la planète, on a fini par se rendre compte que la situation était grave, que l’indiscipline nous menait tout droit à notre perte. La peur réduit l’espace de pensée, dit-on. On a alors commencé à adopter les gestes d’hygiène que l’on a toujours négligés, à veiller à la scrupuleuse application des consignes de prévention préconisés. La crainte d’être contaminé a généré des comportements individualistes et notre corps, comme par enchantement, est devenu très choyé.
Avec ce fichu virus, le voile de l’angoisse a enveloppé notre pays et transformé Dakar en une ville fantôme. On ne voit même plus les moutons et chats trainer.
Fini le “je m’en fichisme” érigé en règle. Dans les quartiers, on note d’impressionnantes files d’attente très « disciplinées » devant les boulangeries ; même si la règle de distanciation d’un mètre n’est pas souvent respectée, l’entrée se faisant au compte-gouttes. Le même phénomène se répète devant les supermarchés et banques. Le transport en commun continue de fonctionner, les transporteurs s’adaptant aux limitations imposées depuis plusieurs jours déjà afin d’éviter toute concentration. Il n’y a plus de rassemblement, on parle rarement et les policiers verbalisent moins.
Alors que le nombre de cas positifs augmente de façon exponentielle, le Sénégal a jugé bon de s’aligner sur les mesures drastiques prises par beaucoup de pays en déclarant l’état d’urgence pour contrer le Covid-19 et en instaurant le couvre-feu. Aux grands maux, les grands moyens ! Il est désormais interdit de sortir de chez soi de 20 heures à 6 heures du matin, sauf les personnes spécifiquement autorisées par l’arrêté. Sans doute un moyen pour le gouvernement de préparer les esprits à un confinement (d’aucuns ont écarté la perspective d’un confinement généralisé pour raison de pauvreté).
Avec ces nouvelles mesures, le mot d’ordre est clair. Tout le monde doit rester chez lui. Malheureusement, ces mesures n’ont pas été assez dissuasives. Comme il fallait s’y attendre, certaines têtes brûlées qui n’ont certainement jamais vécu pareille situation, ont bravé l’interdit. C’est le contraire qui aurait étonné !
Au regard de la situation actuelle, ne devrait-on pas s’inspirer de l’exemple des Chinois ou Italiens qui ont montré une discipline remarquable dans l’application des dispositions de leurs gouvernements qui leur ont imposé le confinement?
Dans cette lutte contre la propagation du Covid-19, la discipline pourrait être la voie du salut. Et la pandémie a montré qu’on est capable de s’auto-discipliner quand on le veut. Il est donc de notre intérêt de faire preuve de conscience, d’intelligence et de subtilité pour échapper à cet ennemi dangereux et invisible qui nous guette à chaque coin de rue pour nous terrasser, nous envoyer six pieds sous terre. Ne lui donnons donc pas cette opportunité.

 

 

 

  ◊   Par Samba Oumar Fall

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.