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Divorce entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye

Fin de compagnonnage entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko

C’est désormais officiel : Ousmane Sonko n’est plus le Premier ministre de Bassirou Diomaye Faye. Après deux ans de compagnonnage au sommet de l’État, l’alliance qui incarnait le changement vole en éclats, ouvrant une séquence politique inédite et lourde d’interrogations.

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin ce vendredi 22 mai 2026 aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, entraînant dans la foulée la dissolution de l’ensemble du gouvernement. L’annonce, faite à la télévision nationale par le secrétaire général de la Présidence, ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal.

Selon le décret présidentiel, les ministres et secrétaires d’État sortants sont chargés d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale. Cette décision met brutalement un terme à une collaboration institutionnelle entre les deux figures majeures du pouvoir issues du PASTEF.

Pendant plusieurs mois, des signes de tensions entre le chef de l’État et son Premier ministre avaient alimenté les spéculations sur une fracture au sommet de l’exécutif. Des divergences politiques, longtemps contenues dans la discrétion, apparaissaient de plus en plus au grand jour.

Début mai, Bassirou Diomaye Faye avait lui-même reconnu l’existence de désaccords avec Ousmane Sonko, tout en affirmant qu’ils étaient gérés en interne. Le président avait alors rappelé son pouvoir constitutionnel en matière de nomination du Premier ministre.

« S’il ne bénéficie plus de ma confiance, on change de Premier ministre. Si je n’ai plus de satisfaction, je mets le Sénégal en avant et je le change. Le Sénégal vient avant tout », déclarait-il, tout en rejetant l’idée d’une crise institutionnelle.

De son côté, Ousmane Sonko avait récemment multiplié les sorties publiques sur les rapports entre le pouvoir exécutif et le parti majoritaire. Lors de rencontres avec les militants dans le cadre du concept « Face aux militants », le leader du PASTEF avait évoqué la possibilité d’une « cohabitation douce » en cas de divergence politique entre le parti et la Présidence.

« Si le Président n’est pas aligné avec son parti, on peut se retrouver dans une situation de cohabitation douce, raisonnable », affirmait-il, mettant en avant le poids politique du PASTEF au sein de l’Assemblée nationale et de l’exécutif.

Le désormais ex-chef du gouvernement insistait également sur son détachement vis-à-vis des fonctions officielles : « Je n’ai pas de problème de poste ou de titre. Si on nous amène sur certains terrains, PASTEF n’a pas peur de redevenir un parti d’opposition », soutenait-il.

Le limogeage intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Quelques heures avant l’annonce présidentielle, Ousmane Sonko s’était exprimé devant les députés sur plusieurs questions sociétales, dénonçant notamment ce qu’il qualifiait de « tyrannie de l’Occident » cherchant, selon lui, à imposer l’homosexualité au reste du monde, tout en rejetant l’idée d’un moratoire sur la récente législation sénégalaise renforçant les sanctions contre les relations homosexuelles.

Aussi, autre fait marquant. Devant les députés, le Premier ministre Ousmane Sonko a levé le voile sur une divergence avec le président de la République Bassirou Diomaye Faye concernant le contrôle des fonds politiques, une réforme pourtant portée comme étendard par leur camp lors de la campagne présidentielle.

Ousmane Sonko a rappelé que c’est le député Guy Marius Sagna qui avait pris l’initiative parlementaire pour légiférer sur la question. Une démarche que l’ex-chef du gouvernement dit ne pas avoir approuvée dans sa forme, estimant que c’est à l’exécutif, et non à l’Assemblée nationale, de porter un tel projet. Il indique avoir alerté le président de la République en ce sens, plaidant pour que le gouvernement ne reste pas les bras croisés face à cet enjeu.

Mais la réponse du président Diomaye aurait été prudente : le chef de l’État lui aurait demandé de lui laisser le temps d’évaluer la faisabilité de la réforme, sans donner d’échéance précise.

Face à cette temporisation, Ousmane Sonko a clairement prévenu : si le président tarde à trancher, il n’hésitera pas à soumettre lui-même le projet en Conseil des ministres pour adoption. Une sortie qui, au-delà du dossier des fonds politiques, illustre les tensions de gouvernance qui persistent entre les deux têtes de l’exécutif sénégalais.

Après son éviction, le désormais ex-Premier ministre a réagi sur les réseaux sociaux avec un message sobre mais symbolique : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui », a-t-il écrit.

Pour l’heure, aucune explication officielle n’a été donnée sur les motivations précises de cette décision ni sur l’identité du futur Premier ministre appelé à conduire la prochaine équipe gouvernementale. Une page politique se tourne ainsi au Sénégal, laissant planer de nombreuses interrogations sur l’avenir des relations entre la Présidence, le PASTEF et l’ancienne majorité gouvernementale.

Le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko marque la rupture d’un duo politique qui avait porté l’espoir du changement. Après deux ans de gouvernance partagée, le Sénégal entre dans une nouvelle zone de turbulences politiques.