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Diomaye – Sonko : le pouvoir à double foyer (Par Sidy Diop – Journaliste)

Diomaye - Sonko
Lors de l’installation de la structure des cadres de la coalition « Diomaye Président », Abdourahmane Diouf a prononcé des propos révélateurs sur l’avenir politique. Il a déclaré : « Si vous possédez le savoir, vous êtes les bienvenus. Soyez prêts à représenter la coalition dans les médias, sans vous laisser intimider par les insultes. » Auparavant, Mimi Touré, lors de l’Assemblée générale de la même coalition, avait exhorté les membres à l’implanter dans tout le Sénégal. L’ambition de la coalition est évidente pour ceux qui savent lire entre les lignes.
À l’évidence, le tandem formé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’échappe pas à cette loi presque mécanique qui veut qu’il arrive un moment, dans la vie des pouvoirs naissants, où la promesse cesse d’être un chant pour devenir une épreuve. L’unité proclamée a vécu. Elle laisse place à une dualité désormais visible, presque assumée, où les rôles se redéfinissent et les ambitions s’affirment.
Diomaye n’est plus Sonko. Sonko n’est plus Diomaye. C’est une réalité. La formule, hier mobilisatrice, sonne aujourd’hui comme un souvenir déjà lointain. L’exercice du pouvoir a cette vertu cruelle de révéler les tempéraments. Il polit les prudences chez les uns, aiguise les volontés chez les autres. Le président installe une posture d’arbitre, soucieux d’apaisement et de réconciliation. Le Premier ministre, lui, cultive une ligne de rectification, fidèle à l’esprit combatif qui l’a porté jusqu’aux portes de l’État.
Ce glissement n’est pas anodin. Il traduit deux lectures d’un même mandat. Deux foyers pour un même pouvoir.
Pour Diomaye, il s’agit de rassembler un pays éprouvé, de refermer les blessures et de stabiliser les institutions.
Pour Sonko, le temps est à la transformation, presque à la rupture méthodique avec les héritages jugés défaillants. Entre ces deux horizons, la distance s’est creusée, discrètement d’abord, puis de manière de plus en plus perceptible.
Déjà, les regards se tournent vers 2029. Sans l’avouer, chacun s’y projette. Le président travaille à se constituer une assise politique propre, au-delà de la matrice initiale. Le Premier ministre consolide ses fidélités, veille sur son socle militant, entretient la flamme d’un projet qu’il entend préserver de toute dilution. À mesure que l’échéance approche, les lignes se durcissent, les fidélités se testent, les discours se différencient.
Ainsi naît une étrange configuration. Deux légitimités cohabitent au sommet de l’État, sans que leur articulation soit clairement définie. L’une tire sa force de l’onction populaire et de la fonction présidentielle. L’autre s’enracine dans une histoire militante et une capacité de mobilisation intacte. Entre les deux, le pays observe, parfois inquiet, souvent perplexe.
Car le risque est là. À force de ménager l’équilibre, le pouvoir peut basculer dans l’indécision. À force de différer les clarifications, il peut nourrir la confusion. Or, une nation ne se gouverne pas dans le clair-obscur. Elle attend des choix lisibles, des orientations assumées, une parole qui tranche.
L’élan populaire de mars 2024 portait une exigence simple. Que la politique redevienne un instrument de transformation concrète. Que les promesses ne s’évaporent pas dans les subtilités tactiques. Que l’État parle d’une seule voix lorsqu’il s’agit de répondre aux urgences économiques et sociales. Cette exigence demeure. Elle s’impatiente même.
Dans les faits, pourtant, le tempo hésite. Les réformes s’annoncent mais peinent à s’incarner. Les partenaires internationaux observent avec prudence. Les acteurs économiques attendent des signaux clairs. Pendant ce temps, les discours se répondent sans toujours se rejoindre, comme deux partitions jouées dans des tonalités différentes.
Il ne s’agit pas de dramatiser à l’excès. Toute coalition porte en elle des tensions. Toute alternance ouvre un temps d’ajustement. Mais il est des moments où l’ambiguïté cesse d’être une stratégie pour devenir un handicap. Le pouvoir sénégalais semble approcher de ce seuil.
La véritable question n’est donc plus celle de l’existence des divergences. Elles sont manifestes. Elle tient dans la capacité à les organiser, à les rendre compatibles avec l’intérêt général. Gouverner, c’est choisir. Et choisir, c’est parfois accepter de clarifier ce que l’on préférait laisser dans l’ombre.
Le Sénégal a souvent démontré une maturité politique remarquable. Il lui reste à espérer que ses dirigeants sauront, à leur tour, faire preuve de cette lucidité qui transforme les rivalités en compétition démocratique plutôt qu’en paralysie silencieuse. Car le temps, en politique, n’est jamais neutre. Lorsqu’il n’est pas maîtrisé, il finit toujours par trancher lui-même.
Si. Di.
Par Sidy Diop – Journaliste