A la veille d’une mission cruciale du Fmi à partir du 15 juin, Dakar solde par avance plus de 58 milliards F Cfa. Une stratégie de normalisation financière face au «mur de la dette» qui attend le pays entre 2026 et 2028, rapporte le Quotidien.
Le Sénégal joue la carte de la transparence et de la rigueur maximale. Selon des sources proches du dossier citées par l’agence Bloomberg, le gouvernement sénégalais a procédé, vendredi, au règlement anticipé de deux coupons sur ses obligations en devises étrangères.
Dans le détail, Dakar a versé 53, 75 millions d’euros (35, 25 milliards F Cfa) sur ses titres libellés en euros (échéance 2037) et 38,8 millions de dollars (23, 6 milliards F Cfa) sur ses obligations en dollars. Rien n’obligeait l’Etat à payer si tôt. Alors, pourquoi une telle hâte ? Un signal fort avant l’examen de passage du Fmi ? Ce geste fort n’intervient pas dans un vide temporel. Il coïncide avec l’arrivée imminente, avant la fin du mois de juin, d’une mission du Fonds monétaire international (Fmi).
Pour le Sénégal, l’enjeu est vital : il s’agit de réactiver un programme d’aide suspendu depuis 2024. Pour rappel, la confiance avait été rompue après la découverte d’environ 4250 milliards F Cfa par l’administration précédente dont près de 5 milliards de prêts extérieurs. En payant avant l’échéance, les autorités actuelles envoient un message clair à l’institution de Washington : le Sénégal est un élève de bonne foi, discipliné et solvable. Ce n’est pas un coup d’essai pour Dakar, qui applique cette stratégie de «signalement» aux marchés depuis plusieurs mois : en mars dernier, le gouvernement avait déjà anticipé le règlement des coupons et du principal de ses obligations étrangères arrivant à échéance, évitant un incident de paiement sur un montant colossal de 286, 5 milliards F Cfa.
La Banque centrale avait alors transféré 249, 2 milliards F Cfa (380 millions d’euros) aux détenteurs d’euro-obligations à échéance 2028, en plus de 20 milliards F Cfa (33 millions de dollars) versés aux porteurs d’obligations en dollars à échéance 2048.
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Cette discipline de fer est aujourd’hui le principal bouclier du gouvernement pour rassurer les investisseurs étrangers, particulièrement frileux ces derniers mois, comme en témoigne l’écartement sensible des spreads (primes de risque) sur les titres souverains sénégalais. Si le gouvernement réussit son opération de communication financière, les analystes, eux, gardent la tête froide. L’effet d’annonce ne règle pas l’équation budgétaire à moyen terme.
Selon le cabinet de recherche Oxford Economics, la capacité du Sénégal à honorer ses engagements futurs repose sur un trépied fragile : les recettes pétrolières et gazières (portées par les mégaprojets Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim), l’optimisation des ressources fiscales internes et les appuis financiers multilatéraux. L’analyse est sans appel : ces flux ne suffiront pas, à eux seuls, à absorber le «mur de la dette» qui se dresse sur la période 2026-2028.
L’obtention d’un accord avec le Fmi reste le verrou central pour éviter l’asphyxie. Or, la feuille de route du Fonds est connue d’avance et s’annonce politiquement explosive : réduction drastique du déficit, rationalisation (voire suppression) des subventions et élargissement de l’assiette fiscale. C’est ici que se situe le véritable défi du Pouvoir exécutif.
Comment imposer une telle cure d’austérité technique demandée par les bailleurs de fonds internationaux alors que la pression sociale et les attentes de la population sénégalaise restent au plus haut ? Le gouvernement a prouvé qu’il savait rassurer les marchés ; il lui reste maintenant à prouver qu’il peut réformer sans rompre le pacte social.






















