Une ville moderne a des exigences, la propreté et l’entretien du cadre de vie doivent être un combat de tous les instants. L’état du Sénégal par le biais du ministère de l’intérieur a entamé de manière autoritaire depuis quelque temps des opérations de déguerpissement et désencombrements.

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Est-ce une réelle volonté politique ou bien une manière de marquer son territoire ? Quoi qu’il en soit, cet effort est salutaire et doit être aussi accompagné par une bonne communication car dans ce pays le narratif politique de part et d’autre pollue le débat.
Un chantier difficile
Les déguerpissements sont toujours difficiles car certains y voient une manière d’éloigner les indigents, les pauvres et les indésirables. On a connu par le passé des initiatives allant dans le sens d’assainir et de rétablir l’ordre de la part de l’autorité municipale mais celles-ci ont connu un échec.
De l’indépendance à nos jours, l’autorité publique n’a pas pleinement tenu en compte la croissance démographique, l’essor rapide de l’urbanisation et l’exode rural lié aux années de sécheresse… malheureusement l’absence d’une politique foncière et d’aménagement réelle a conduit à cette occupation anarchique des lieux et des espaces publics et de tout ce désordre constaté dans la ville laissant la latitude aux populations de tracer indifféremment leur habitation et de bricoler des bidonvilles. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la montée et l’affirmation de dynamiques et de configurations économiques appelé économie informelle entretenue par les couches sociales vivant dans la précarité.
Une ville confrontée à l’encombrement
A Dakar, par la force des logiques de survie, on a assisté à la dégradation de certaines infrastructures qui ont été profondément amochées par cette occupation sauvage, les rues et les trottoirs sont occupés par les populations à faible revenu, des mendiants venus dans la sous-région, de nationalités diverses qui y mènent des activités qui se font dans le merdier le plus total sans le respect des mesures d’hygiène et de propreté (commerce de tout genre, garages auto ou moto, des épaves, ateliers et boutiques… dans un tapage indescriptible). Une situation préjudiciable au bon entretien du cadre de vie, l’encombrement étouffe notre espace vital et notre bien-être social.
La promiscuité dans laquelle vit les occupants dans les artères publiques ravive les disputes aux causes parfois banales. Le secteur informel est responsable de la plus grande charge d’ordures accumulés dans la ville, les gargotes et autres guinguettes s’entassent à chaque coin de rue, ces locaux de collation n’officient pas les conditions de la propreté et de l’hygiène, les espaces sont salis de manière désinvolte parfois avec une insolence inexplicable. Il n’y a presque plus de chaussées dans la ville, les cantines, les enclos et autres étals précaires occupent l’espace réservé aux piétons : cela est à l’origine des multiples bouchons et d’accidents.
Le développement ne peut être durable tant que les exigences écologiques et les mesures environnementales ne soient pas respectées. Une société se juge depuis toujours à travers la cohérence de son cadre de vie. Les zones trop encombrées deviennent généralement criminogènes avec des cas fréquents de vol, de trafic de drogue, de violence et d’agressions.
Des solutions pour éradiquer le phénomène
La capitale sénégalaise doit retrouver son lustre d’antan, son paysage propre et colorié, ses boulevards déguerpis et éclairés, ses chaussées désobstruées et aménagées afin d’attirer les investisseurs et les touristes.
La solution face à cette anarchie ne relève pas du miracle, il suffit tout simplement d’initier et de pérenniser des habitudes positives durables et créer une place pour chaque chose et de mettre chaque chose à sa place.
Autrement dit, un espace moins encombré favorise plus de liberté, de familiarité, moins de pression, de stress et d’anxiété. L’existence d’un bon cadre de vie réduit les accidents et participe à l’émergence.
Les lois sur le respect de la propreté et de l’hygiène doivent être appliquées dans toute leur rigueur sans concession aucune. Il faut aller plus loin en interdisant la cohabitation de marchés avec nos établissements scolaires, cela perturbe la quiétude des élèves. Le périmètre de toutes les écoles doit être décampé pour sécuriser les enfants.
Également réguler les horaires de cérémonies dans l’espace public parfois certains chants religieux frisent un décor carnavalesque pouvant aller à des heures tardives perturbant le sommeil. La divagation des animaux est source d’encombrement et peut être un danger dans l’espace, elle doit être combattue principalement par chaque mairie.
L’impossible reste possible ailleurs, pendant que sur notre pays on reste fataliste. Le désordre qui sévit dans nos villes n’est pas un fatum. C’est un état qui peut être surmonté si tout le monde s’y met. La ville de Kigali au Rwanda reste un exemple de ville qui force le respect et inspire la modernité. Il n’y a pas d’homme providence encore moins de main magique pour parvenir aux objectifs. Il n’y a que la sueur et des réformes courageuses pour parvenir à un but.
L’autorité publique doit développer une approche holistique pour un accompagnement car tout déguerpissement n’est pas sans conséquence, perte de logement, de l’emploi voire à la désocialisation et à la dégradation sociale. Ces déguerpis doivent être suivis et des initiatives de développement à leur encontre doivent être développées pour éviter qu’ils tombent dans des situations de mal vivre et de désespoir.
C’est la raison pour laquelle, il faut tendre la main à tous les cadres pour solliciter leur expertise, chacun dans son domaine car la gestion du cadre de vie est vaste, elle implique et intègre plusieurs compétences. Qu’Allah veille sur le Sénégal !
Oumar Kamara, Professeur d’Histoire-Géographie, aux CP. Limamoulaye





















