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DE LA THEORIE A LA REALITE DU POUVOIR : Des débuts périlleux

DE LA THEORIE A LA REALITE DU POUVOIR Par Oumar Kamara

Difficile est l’exercice du pouvoir ! Après plus d’une année de gestion, le tandem Diomaye-Sonko est toujours dans la recherche du fil conducteur qui doit conduire vers l’émergence et sortir les populations des difficultés qui les assaillent. Malgré leur volonté, ce régime a du mal à trouver la solution.

L’exercice du pouvoir n’est pas une mince affaire, les problèmes se persécutent les uns des autres. La rupture annoncée n’est pas encore observée, elle est à l’état balbutiant, le système reste le même, presque les mêmes procédés de gouvernance semblent encore utilisés, la vie reste chère malgré les promesses. Entre la théorie et la pratique, le fossé est grand, les populations attendent des solutions durables et non théoriques.

Il faut que ce régime change d’approche, la politique, ce n’est pas l’art d’arriver à ses fins, mais d’aider la société à vivre mieux, travailler à mener une diplomatie des intérêts. Il faut se départir de la doxa idéologique ou de l’esprit partisan, il s’agit de s’ouvrir et tendre la main à tous les cadres de quelque bord qu’ils puissent être pour solliciter leur expertise, c’est un choix qui peut être indécis dans un système dyarchique fort incliné.

Des désagréments hérités

Le régime précédent a fait un endettement massif qui a financé des infrastructures qui, quoique utiles, n’ont pas contribué à une croissance durable. L’économie aujourd’hui est mal en point, elle a perdu son aplomb. Les secteurs vitaux de l’économie battent de l’aile, les populations commencent à entrevoir la réalité des faits, le projet tant chanté se cherche encore. La dette du pays a atteint 119% du PIB faisant du Sénégal le pays le plus endetté en Afrique avec de sombres perspectives. Il faut rééquilibrer très vite la marge de manœuvre budgétaire pour faciliter le financement des programmes de développement et trouver des ressources pérennes et durables.

Plus de tolérance, d’apaisement et d’ouverture

On ne peut pas mettre une personne en prison sans raison, c’est certainement l’un des facteurs d’érosion de la popularité de tous les régimes précédents. Cela aussi mine outre mesure les avancées démocratiques et économique du pays. La plupart des crises politiques au Sénégal résultait des dossiers politico-judiciaires, il ne faudrait pas qu’on refasse les mêmes erreurs du passé. Les hommes politiques dans leur majorité ont cette manière provocatrice de communiquer, ils utilisent pratiquement « un vocabulaire impertinent et léger » qui heurte souvent certaines sensibilités. Il faut plus de tolérance à un certain niveau de responsabilité dans un pays où parler soulage. La politique, c’est l’art de gérer la contradiction et l’art de convaincre, on peut défendre ses positions sans verser dans les injures ou la véhémence. Chacun est libre d’exprimer son opinion sur la vie politique dans le respect des lois et règlements en vigueur.

Des pistes de solutions

Le discours politique n’a rien réglé, l’urgence est donc au réalisme car il ne sert à rien d’avoir des ambitions démesurées si on n’a pas les moyens de les réaliser. C’est une obligation morale d’engager tout sénégalais au service de la nation afin de lui permettre de mettre en valeur ses compétences. Dire la vérité au peuple, un pays ne se (re) construit pas en un ou deux mandats. Il faut comprendre que le développement ne se fait pas en un seul instant, c’est un processus diachronique, une dynamique qu’il faut consensuellement ajuster aux contingences. Avoir un projet est facile mais il y a tout une stratégie technique qu’il faut creuser, apprendre, connaitre pour faire une gouvernance de qualité. Il faut un grand courage pour appliquer les réformes car au début elles sont souvent rejetées mais à l’épreuve du temps elles finissent toujours par triompher des campagnes de diabolisation et de la méchanceté. Evitons les discours aériens ou de vendre du vent car le peuple a assez d’émulation et de lumières pour apprécier toutes les actions du gouvernement.

La stature d’homme d’Etat, c’est une fonction qui demande de la retenue, de l’humilité, beaucoup de renseignements et la capacité à faire face à la pression avant de s’exprimer. L’impasse actuelle pourrait être transformée en opportunité si véritablement chacun s’y met avec engagement.

Qu’Allah veille sur le Sénégal !


Par Oumar Kamara,

Professeur d’Histoire-Géographie,

aux CP. Limamoulaye