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Arfang Bassire SONKO, le bâtisseur des temps modernes : Note de lecture de Dr Massamba GUEYE

Arfang Bassire SONKO, le bâtisseur des temps modernes, Note de lecture de Dr Massamba GUEYE
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« Écrire sur la mémoire, c’est témoigner du passé, comprendre le présent, fixer un cap au futur et créer un lien entre les générations, car «le monde est vieux, mais l’avenir sort du passé», selon le sage Djibril Tamsir NIANE. Les personnages de notre passé, qu’ils soient lointains ou récents, méritent tous d’être visibles, quelles que soient leurs actions. Il ne s’agit pas de juger, mais de laisser des traces et des repères qui affirment les identités plurielles de nos peuples modernes et nous évitent de répéter les erreurs du passé. Malgré les deux guerres mondiales, ne vivons-nous pas aujourd’hui l’intensité des bombardements entre la Russie et l’Ukraine ? Est-ce parce que l’humanité n’apprend rien vraiment de l’histoire ou est-ce parce que celle-ci est si biaisée ?

C’est pour trouver les bonnes réponses à ces questions qu’en tant que chercheur spécialiste de l’oralité et fondateur de la Maison de l’oralité et du patrimoine KËR LEYTI, j’ai toujours consacré mes recherches et publications à la question du témoignage et des mémoires. Il est essentiel de cerner notre héritage mémoriel collectif et d’irriguer notre conscience de la merveilleuse (…) des personnes de référence. Les monographies et hagiographies servent cet objectif.

Dans son livre « Arfang Bassire SONKO, le bâtisseur des temps modernes », Ibrahima Ben Alfousseynou SONKO, monographe, est confronté à deux difficultés. La première est d’écrire en tant que petit-fils un ouvrage dont le sujet, Arfang Bassire SONKO (v 1860- 1955), est son aïeul, qui plus est un personnage controversé de par ses activités et responsabilités publiques en tant que Chef du Canton Djigoute-Nord en Casamance. La seconde est d’écrire en tant que scientifique, ce qui exige de prendre une distance objective par rapport à son sujet.

Il s’agit d’un schéma qui donne de la crédibilité à l’héritier et qui peut en ôter à l’auteur écrivant sur un héros qui le touche directement. Le risque est donc grand de tomber dans la logorrhée ou le déni. Savoir nuancer, dire ce qui a été dit, retracer ce que les documents ont certifié et faire appel à des témoignages et des historiens émérites me semble être la démarche nécessaire pour trouver un équilibre. C’est celle-ci que l’auteur de «Arfang Bassire SONKO, le bâtisseur des temps modernes», Ibrahima Ben A. SONKO, a adopté tout au long des 288 pages de son ouvrage.

L’éthos de ce livre est, selon l’auteur, de corriger une faille volontaire ou non dans l’écriture de l’histoire moderne du Sénégal, car ce personnage a joué un rôle important, en tant que chef de village puis du Canton de Djigoute-Nord sous l’administration coloniale, dans la création d’infrastructures, d’une économie structurée, de vergers familiaux, d’écoles, mais aussi dans la mobilisation des énergies pour le décloisonnement de la Casamance. L’auteur a voulu donner la place qu’elle mérite à une personnalité qui appartient depuis longtemps, plutôt en bien qu’en mal, au récit populaire collectif.

La valeur pédagogique de l’ouvrage se trouve surtout dans la volonté de l’auteur de proposer à la jeunesse un personnage auquel elle peut se référer pour construire la force d’une démarche authentiquement africaine, mais surtout pour imbiber son état d’esprit d’une fierté non déplacée. Rien que pour cela, il est évident que ce livre méritait d’être écrit.

Sur le plan formel, les différents chapitres qui s’enchaînent fournissent la matière aux deux grandes parties (Titres I et II), tout en laissant entrevoir la démarche technique d’un ingénieur qui écrit. L’auteur n’est certes pas un spécialiste de l’oralité, mais réussit une organisation équilibrée de son ouvrage. Le livre est construit en deux blocs cohérents découpés chacun en plusieurs chapitres. Ben organise sa pensée, sa réflexion et ses sources de sorte à pouvoir aller d’une description du personnage et de son passé à celui de ses héritiers. Ces derniers, triés sur le volet sont le patriarche Alfousseynou SONKO alias «Sonko domaine», le brillant et regretté magistrat Mouhamed SONKO du Conseil constitutionnel ou le non moins célèbre actuel Président de l’Assemblée nationale, Ousmane SONKO, du parti PASTEF ou Adama SONKO l’architecte des «cités Biagui» tout comme la fille du héros Saoudatou SONKO néé deux ans avant la mort de ce dernier en 1953.

Les différents témoignages et références historiques de chercheurs reconnus, qui fortifient l’argumentaire de l’auteur prouvent la grande place qu’occupe Arfang Bassire SONKO dans la mémoire collective populaire en Casamance. Ce livre permet d’en vulgariser l’œuvre et de le présenter comme un digne fils de tout le peuple sénégalais.

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«Arfang Bassire SONKO, le bâtisseur des temps modernes» d’Ibrahima Ben Alfousseynou SONKO, paru aux Éditions ABS en 2025, valait la peine donc d’être écrit parce qu’il nous permet de mieux connaître la Casamance, son découpage culturel et historique, les mouvements socio-politiques mais aussi géopolitiques par liens entre la Guinée Bissau et le Sénégal. Les références à l’ancien empire du Gabou et au grand Mandé, mais aussi les liens entre la Casamance et les pays frontaliers, dans ses parties Sud et Est sont des sources précieuses pour qui veut comprendre la naissance et les mutations subies par le MFDC. «L’ignorance est mère des préjugés », écrivait déjà Cheik Aliou NDAO.

En faisant la diachronie de l’histoire politique, sociale et économique du Sénégal dans son livre, l’auteur plonge le lecteur dans la construction du récit des hauts faits d’un personnage dont il ne présente pas que les faces positives, mais il montre comment, la mobilisation des énergies humaines, parfois de façon autoritaire, selon certains, a été mal jugée. L’auteur décrit surtout comment dans certains villages, le souvenir de ce personnage est mauvais. En témoigne la réception dont sa fille Saoudatou SONKO a été l’objet de rejet à MLOMP lorsque la population découvrit qu’elle était une fille d’Arfang Bassire SONKO. Elle a su tenir ferme malgré tout et rester en mission avec son époux !

Les analyses de Ben sur la situation économique et géopolitique du Sénégal moderne, les messages vers les nouveaux leaders constituent un socle fort. La critique parfois acerbe de la gestion passée du pays trahit l’engagement politique de l’auteur qui, en tant que citoyen libre, donne sa vision sur le présent et l’avenir du Sénégal voire du monde !

En somme, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre qui constitue un document utile que je recommande à tous les jeunes de toutes les communautés du monde. Il faut que nous écrivions sur les personnages africains, sinon demain nous n’aurons de récits que ceux des autres sur notre passé. Nous le devons aux générations futures à qui revient le choix de dire, après chaque lecture, son avis sur les récits. A mon humble avis, chaque intellectuel africain doit essayer de faire ce qu’il a à faire dans la construction de la cohésion nationale pour l’unité africaine.

Ce livre est d’une valeur documentaire certaine ; à partir de lui des thèses et des mémoires pourraient naître. Il s’agit donc d’un livre dont l’auteur a tenté d’être objectif, mais il est très difficile de se détacher de son propre ancêtre lorsqu’on écrit sur lui. Ben a pourtant réussi à ne pas sombrer sous l’emprise de l’émotion. »

Dr Massamba GUEYE LBA Critique littéraire

Fondateur de KËR LEYTI, la Maison de L’Oralité et du Patrimoine

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