La désignation du Secrétaire général des Nations Unies demeure avant tout un arbitrage de haute sécurité internationale régi par l’efficacité opérationnelle et le consensus des grandes puissances.
La prééminence du profil individuel sur les blocs régionaux
L’histoire récente démontre que le soutien d’un bloc régional est juste un atout politique mais nullement une condition sine qua non.
Le précédent Kofi Annan (1996) : Bien que l’Afrique ait initialement porté la candidature de Boutros-Ghali en 1996, c’est l’émergence d’une alternative crédible, soutenue stratégiquement par le P5, qui a prévalu. Cela prouve qu’une personnalité d’envergure peut s’imposer au-delà des investitures officielles.
Le choix d’António Guterres en 2016 : Malgré une forte pression en faveur d’une rotation vers l’Europe de l’Est ou d’une candidature féminine, les membres permanents ont privilégié la stature d’un ancien Chef de Gouvernement capable d’incarner un leadership supérieur dans un contexte de crises polycentriques.
Les critères d’arbitrage du Conseil de Sécurité
Pour les membres permanents (P5), la gestion d’un monde multipolaire et la nécessité de réformer l’institution exigent un profil d’exception.
Face aux diplomates de carrière, un ancien Chef d’État dispose d’une autorité naturelle et d’une expérience directe de la haute décision.
Dans cette perspective, les contestations politiques sont reléguées au rang de « contingences intérieures », n’affectant pas la perception qu’ont les puissances mondiales de la capacité d’un candidat à diriger l’Organisation.
Le cadre juridique
L’analyse juridique confirme la concentration du pouvoir de nomination. L’Article 97 stipule que le Secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur seule recommandation du Conseil de sécurité.
L’endossement par une organisation régionale (comme l’Union Africaine) constitue un « bonus » politique appréciable mais ne revêt aucun caractère contraignant.
En conclusion, si les membres permanents du Conseil de sécurité s’accordent sur une figure telle que S.E. M. le Président Macky Sall, l’absence de soutien formel de l’UA ou les réserves de l’État du Sénégal ne sauraient constituer un obstacle juridique à sa nomination.
La légitimité internationale, dans ce processus, découle de la capacité à stabiliser le système multilatéral post-1945 plutôt que des seuls équilibres partisans locaux.
Samba Alassane THIAM
Ancien Ministre-Conseiller






















