Adieu le franc Cfa…

- Publicité -

Après des années de pression, d’hésitation, de polémique, l’UEMOA et la France ont acté la mort du franc CFA, dont le maintien, 59 ans après les indépendances était considéré comme le symbole d’une colonisation économique. Cette réforme, qui propulsera des Etats de l’Afrique de l’Ouest dans l’ECO, nouvelle monnaie de la CEDEAO, n’enthousiasme pas certains intellectuels du continent. 

C’est la fin d’une ère controversée. Le CFA, qui constitue le cordon ombilical entre la France et ses anciennes colonies, va mourir de sa belle mort l’année prochaine en disparaissant de l’Afrique de l’Ouest et sera supplémenté par une nouvelle monnaie « ECO » dont le nom fait référence à l’économie. Enfin… 59 ans après les indépendances, Cette partie du continent noir va enfin obtenir son indépendance financière, du moins sur le contrôle de ses devises qui étaient gardées loin de ses murs à des milliers de kilomètres de l’Afrique. C’est Radio France Internationale (Rfi), qui donne la nouvelle. Le franc CFA va disparaître de l’Afrique de l’Ouest. Le Président Ouattara l’a annoncé ce vendredi 21 décembre : «En accord avec les autres chefs d’État de l’UEMOA, nous avons décidé de faire une réforme du franc CFA.» Les huit pays, qui utilisent cette monnaie, vont adopter une nouvelle devise qui sera baptisée l’ECO. Cet ECO à huit pays deviendra donc le noyau dur de la future devise de la CEDEAO plus probablement la Guinée, le Ghana en attendant le Nigeria, qui est la locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, les réserves de change ne seront plus centralisées par la France et l’obligation de verser 50 % des réserves sur le fameux compte d’opération du Trésor français disparaît. Selon nos confrères de Rfi, c’était une revendication forte d’une partie de l’opinion publique ouest-africaine. «Paris voulait désamorcer cette critique», comme l’explique un diplomate. De plus, la France se retire des instances de gestion du CFA. Jusqu’à présent, Paris avait un représentant à la BCEAO (Banque centrale des états d’Afrique de l’Ouest), un autre à la commission bancaire et un dernier au Conseil de politique monétaire.

Le Tweet polémique de Bruno Le Maire

En effet, après l’annonce d’Alassane Ouattara, le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, a expliqué qu’il a signé l’accord mettant fin au Franc Cfa. « A la suite de la décision d’Emmanuel Macron et du Président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, j’ai signé aujourd’hui (samedi) l’accord mettant fin au Franc CFA en Afrique de l’Ouest. C’est un pas historique qui ouvre une nouvelle ère dans les relations entre la France et le continent africain », a-t-il indiqué sur sa page Twitter. 

Mais, on peut s’interroger sur la profondeur de cette réforme. Car, l’ECO sera arrimé à l’Euro et aura une parité fixe avec la monnaie européenne. Comme le CFA. C’est pour cela que l’économiste Ndongo Samba Sylla, estime que le CFA n’est pas mort. « Non, le franc CFA n’est pas mort. Macron et Ouattara se sont seulement débarrassés de ses atours les plus polémiques. Le cœur du système est bel et bien en place », a posté Ndongo Samba Sylla. Pour l’économiste, « accord de coopération monétaire avec la France comme ‘garant’, parité fixe avec l’euro,  politique de répression monétaire, maintien d’une zone franc, composée de pays qui commercent peu entre eux et qui logiquement ne devraient pas partager une même monnaie ». De l’avis de Ndongo Samba Sylla, cet accord entre les deux dirigeants signe la mort de l’intégration monétaire de la CEDEAO. « Avec leurs réformes, Macron et Ouattara ont signé l’acte de décès du projet d’intégration monétaire entre les 15 pays de la CEDEAO », dit-il.  D’autre part, l’économiste financier, Mame Mor Fall pense que l’entrée de la nouvelle monnaie ECO ne traduit pas la fin de la dépendance vis-à-vis de la France.  « Le franc CFA, même officiellement abandonné, continue officieusement avec l’ECO, l’arrimage à l’euro restant toujours en vigueur ». Pour M. Fall, « ce qui manque en Afrique, ce n’est pas une monnaie unique qui permettra à ses gouvernants d’avoir une main totale, totalement libre sur ses réserves de change et sur sa politique monétaire, mais plutôt des gouvernements intègres, sérieux et travailleurs et des institutions monétaires adoptant une gestion saine de la monnaie, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui en Afrique de l’Ouest ».

Est-ce que les Etats africains et la France ont-ils cédé à la pression des activistes africains, qui n’ont jamais caché leur révulsion à cette monnaie « colonialiste »? Ou s’agit-il d’une réformette pour calmer la colère de la rue africaine vis-à-vis de la France et qui agace Emmanuel Macron ? 

 

Djiby DEM –  www.laviesenegalaise.com

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.