Trois Procureurs ont fait face à la presse, ce jeudi 17 avril, pour informer l’opinion publique sur les dossiers liés aux Fonds Force Covid-19 et ceux traités, jusque-là, par le Pool judiciaire financier. Le Procureur général près la Cour d’appel de Dakar, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance Hors classe de Dakar et le Procureur de la République financier étaient sur la tribune face à la presse.
Le Procureur général près la Cour d’appel de Dakar, Mbacké Fall, a annoncé que cinq anciens ministres sont désormais dans le viseur de la justice, suite à l’exploitation du rapport de la Cour des comptes sur les exercices 2019 et 2020.
Cinq ministres soupçonnés d’avoir engagé des dépenses non justifiées
« Sur la base des faits relevés par la Cour des comptes, nous avons ouvert des enquêtes approfondies. Les investigations confirment de graves présomptions de détournement et de mauvaise gestion des ressources publiques », a déclaré Mbacké Fall lors de la conférence de presse des Procureurs.
Conformément à la procédure, le procureur a précisé qu’« une résolution de l’Assemblée nationale est requise pour autoriser la comparution des anciens ministres devant la Commission d’instruction ». En effet, seule une commission de résolution de l’Assemblée nationale, via la Haute Cour de justice, peut se saisir de ces cas.
Les cinq ministres, qui occupaient des postes stratégiques durant la crise sanitaire, sont soupçonnés d’avoir engagé des dépenses non justifiées, détourné des fonds destinés à l’achat de matériel médical ou encore surfacturé des équipements. Le procureur général a souligné que les magistrats du parquet financier travaillent « sans relâche » pour faire toute la lumière sur l’utilisation des milliards FCFA du fonds. « Notre engagement est clair : faire respecter la loi et protéger l’argent public, sans distinction de rang ou de fonction », a-t-il martelé.
Des arrestations et des mises en examen pourraient intervenir dès la finalisation des procédures préliminaires. Mbacké Fall a toutefois rappelé que « seule la justice, en toute indépendance, décidera de la suite à donner aux charges relevées ».
Plus de 250 millions FCFA recouvrés et 27 personnes arrêtées en une journée
A la date du mercredi 16 avril au jeudi 17 avril 2025, la Division des investigations criminelles (DIC) a procédé à l’arrestation de 27 personnes dans le cadre de l’enquête sur la gestion des fonds Covid-19. Parallèlement, une somme de 258 448 233 francs CFA a été recouvrée, a annoncé le procureur de la République, Ibrahima Ndoye.
De l’avis du Procureur de la République, « le cautionnement est une garantie qui permet au juge de s’assurer de préserver les intérêts de l’État ». Autant le cautionnement permet d’accorder à la personne la liberté provisoire, autant il permet de sauver les intérêts de l’État.
« L’objectif principal, c’est de faire en sorte que les intérêts de l’État soient préservés, mais pas de mettre les gens en prison », a fait savoir le chef des poursuites.
Plus de 200 personnes arrêtées, 292 dossiers traités, des véhicules, des titres et des titres fonciers saisis par le Pjf
Selon le Procureur du Pool judiciaire financier, El Hadj Alioune Abdoulaye Sylla, depuis leur installation, le 17 septembre 2024, au total, 262 personnes ont été arrêtées dans le cadre de 292 dossiers, des biens saisis. Dans les détails, il s’agit de 92 véhicules de différentes marques, 11 titres fonciers entre Thiès et Mbour, 2 titres fonciers supplémentaires sont inscrits provisoirement au nom de l’État du Sénégal et plusieurs pirogues et moteurs ont également été saisis.
En somme : « il y a trois mois, les sommes saisies ou poursuivies étaient évaluées à 2,5 milliards de francs CFA. Aujourd’hui, nous avons atteint un total de 15 milliards FCFA saisis ou en cours de procédure », a informé le Procureur du Pool judiciaire financier.
Alors que les montants en cause s’élèvent à environ 135 milliards de Francs CFA. Le procureur précise que la lutte contre la délinquance économique et financière exige du temps et de la détermination, car elle implique souvent plusieurs acteurs répartis dans différentes zones géographiques, et faisant parfois appel à des experts dans l’art de dissimuler les avoirs criminels.
Toutefois, assure El Hadj Alioune Abdoulaye Sylla, « en dépit de toutes les difficultés, la lutte pour la sauvegarde des deniers publics sera menée avec rigueur, dans le respect de la présomption d’innocence, des droits de la défense et des prérogatives de chaque acteur judiciaire ».























