La Biographie de Cheikh Ahmadou Bamba

mai 29, 2013 No Comments »
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La Biographie de Cheikh Ahmadou Bamba  

Le Cheikh Ahmadou Bamba né en 1270h / 1852 au Baol, province du Sénégal. Son vrai nom est Ahmed ibn Mohamed Ibn Habiboullah Ibn Mahram Ibn Habiboullah Ibn Mohamed El Kebir Ibn Said Ibn Othman (en langue Wolof  Osman). Osman fut le premier de la famille à parler la langue Wolof. Ils sont des Chérifs Idrissides descendants de Seyidina Hasen Ibn Ali ibn Abi talib.

Cheikh Ahmadou Bamba

Leur nom de famille est Al Bekki « le Mecquois ». La langue wolof le prononce M’Backé. Le Cheikh signe ses écrits: «Ahmad El Bekki ».Une branche de la famille est toujours en Mauritanie, ce sont la famille «Modenalla » descendant de Seyidna Idriss le fondateur du Royaume Idrisside au Maroc.Les généalogistes maures sont unanimes sur la descendance chérifienne du Cheikh Ahmadou Bamba.Par sa mère Mériem Bousso, surnommée « Jaratu Allah » « la protégée d’Allah » qui est aussi une descendante du prophète (PSL) par son aïeul Sidi Abdelkader Jilani. La famille Bousso et la famille M’Backé sont des cousins qui vivaient à Tchemsa en Mauritanie avant d’émigrer vers le Sénégal. Ils habitaient le Fouta Toro avant de s’installer au Baol.

Quant le conquérant Maba (Malik Ba) envahit le Cayor et le Baol, il les invita à le suivre au Saloum. Le père du Cheikh Ahmadou Bamba, Mohammad el bekki  surnommée Mame Mor Anta Saly ouvrit une école à Porokhane au Saloum.

Il était l’un des proches conseillers de l’Almamy Maba. L’oncle maternel, Mohamed Bousso était le cadi  et l’autorité spirituelle la plus respectée du pays. C’est avec lui que Cheikh Ahmadou Bamba achèvera ses études coraniques. Il avait plusieurs épouses qui lui ont données des enfants :

 Anta N’diaye lui a donné Cheikh Mokhtar surnommé Borom Gawan .

Fatimata Diop lui a donné Cheikh Ibrahim connu comme Mame Thiérno Ibrahim.Anta Diop lui a donné Cheikh Massamba. Mame Diarra Bousso (Meriem Jariatu Allah) lui a donné Serigne Sam surnommé Mame Mor Diarra. Et Cheikh Ahmad  surnommé Cheikh Ahmadou Bamba. Son surnom lui vient de son homonyme Cheikh Ahmadou Bamba Sall qui était un  waliyou connu dans le Saloum et qui a demandé au père de donner son nom au prochain fils qu’il aura avec Mame Diarra Bousso.

Des savants sénégalais et maures venaient souvent visiter le père qui demander à son fils de prendre des notes dans les débats savants et les causeries qui se déroulaient à l’occasion. Parmi les maures il y ‘avait des savants et même des Awliya qui passent inaperçus à cause de leur humble tenue car les mauritaniens étaient des bédouins du désert.Cheikh Ahmadou Bamba aimait leur compagnie et se chargeait de leurs besoins.

Il a bénéficié par eux de certaines techniques poétiques et certaines précisions doctrinales dans le Tawhid qui lui ont assurés une certaine suprématie en la matière car les mauritaniens sont incontestablement les plus qualifiés des arabes et des non arabes dans les disciplines islamiques surtout dans la période ottomane ou les pays arabes sous domination turque ont connu un déclin littéraire et scientifique indéniable.

                 

Le martyr de l’Almamy Maba       

Après plusieurs conquêtes dans les provinces du Sénégal où il implanta l’islam, malgré la présence des Français qui occupaient les villes côtières St Louis, Dakar, Rufisque et imposaient la colonisation par des traités et des alliances avec les princes, l’épopée de l’Almamy devait tourner en une tragédie.

Lat Dior, prince du cayor a été obligé de fuir devant les manigances des français qui ont poussé son cousin Madior Fall à prendre le pouvoir. Il ira voir Maba pour demander assistance, mais l’Almamy lui posa comme condition d’embrasser l’islam.Lat Dior le fait et se met au service de l’Almamy. Il projette d’envahir le Sine dont le roi des Séreres Coumba Ndoféne Diouf, a opposé une fin de non recevoir à l’appel de l’Almamy, sans pour autant s’opposer aux prédications des musulmans. Il a autorisé la pêche dans son territoire et a donné à ses sujets la liberté de choisir en toute conscience leur religion. Le peuple Sérère est caractérisé par son attachement aux valeurs humaines et n’accepte pas la loi de la force. Lat Dior par sa Fougue et sa témérité entraîne l’Almamy dans la tragique invasion du Sine qui finit par le martyr de Maba et de la majorité de ses guerriers. Lat Dior en retournant au Saloum fut accueilli très froidement par les populations et dut s’organiser pour retourner à sa province le Cayor.

Il établit des compromis avec les français et manœuvre habilement pour reprendre le gouvernement du Cayor.

 

Installation au Cayor

Lat DIOR  qui était très ami avec Mame Mor Anta Saly pensa le faire venir au cayor pour en faire le cadi du royaume et son conseiller personnel pour les affaires islamiques. Il donna sa nièce en mariage à Mame Mor Anta saly et lui donna toute les assurances qui lui permettent d’exercer scrupuleusement  sa fonction. Mame Mor Anta saly exigea d’habiter en dehors du domaine royal et obtint une concession prés de Coki à quelques lieux de la capitale du Damel. Ce sera Patar, la nouvelle ville du savoir. Une nouvelle école vit rapidement le jour, et tous les dignitaires du cayor envoyèrent leurs enfants dans la nouvelle école.

Mame Mor Anta Saly, sollicité par ses fonctions enseignait d’une manière très rapide et n’aimait pas reprendre un sujet traité. Les élèves studieux et se tournaient alors vers le jeune Ahmadou Bamba pour qu’il leur explique et commente les leçons de son père. Très tôt le père découvrit les talents prodigieux de son fils Ahmad  qui apprenait avec  une facilité déconcertante toutes les disciplines religieuses: Tawhid, Fiqh, hadith et commentaire coranique, ainsi que les instruments linguistiques : grammaire, métrique, rhétorique.Les élèves de l’école ont pris l’habitude de réviser les leçons avec le Cheikh Ahmadou Bamba qui leur expliquait avec plus de clarté les cours donnés par le père. Il avait à peine 20 ans, lorsqu’il entreprit de versifier tous les ouvrages de base du Fiqh, du tawhid et du Tasawwuf afin d’en faciliter la mémorisation et de pouvoir les commenter facilement pour ses condisciples.

Ce fut « Mawahib el Qoddous » dans le Tawhid en 650 vers. « Jawhar Nafis » dans le Fiqh en 676 vers. « Mounawwar Essoudor » dans le Tasawwuf en 212 vers. Puis, il synthétisa le Tasawwuf dans un poéme de 699 vers « Tazawwud Echobane »[1] Dans le Tawhid, Cheikh Ahmadou Bamba choisit le traité du Cheikh Abou Abdallah Mohamed Senoussi[2] de Tlemcen qu’il versifia tout en tout en l’enrichissant de nouvelles et de précisions.Pour le Fiqh, il choisit le traité de Sidi Abderrahmane El Akhdari[3] pour également le versifier et l’enrichir de multiples précisions.Dans le Tasawwuf, ce fut l’ouvrage de Ghazali «Bidayat El Hidaya » « le commencement de la guidance ».

   Décès de Mame Mor Anta Sally

 Le père de Cheikh Ahmadou Bamba devait s’éteindre en l’an 1300H, (1882), après une vie pleine et heureuse. Mame Mor Anta sally réussit à consolider l’islam partout où il vécut, par les écoles qu’ils ouvraient et par sa fonction de cadi qui lui valait le respect des populations. Son équité et sa bonté étaient légendaires. Avant de mourir, il se confia à son fils Ahmadou et lui remit les intérêts de la famille en lui demandant de prendre soin de ses frères et de tous les disciples.L’enterrement fut à la portée de l’événement, et les notables du cayor et des royaumes environnants étaient venus rendre un dernier hommage à l’illustre disparu.Après l’enterrement il fut convenu de présenter les condoléances  au damel du cayor Lat-Dior qui venait de perdre, son ami et conseiller qu’il respectait plus que tout autre.

Le groupe de notables demanda au Cheikh Ahmadou Bamba de les accompagner afin qu’ils demandent au roi de lui conférer la mission de son père dont il est le digne héritier.

Le Cheikh leu répondit qu’il avait d’autres préoccupations et qu’il n’espérait obtenir des honneurs que du seigneur suprême. Il le sa remercier pour avoir assister à l’enterrement et pour les condoléances. Devant la stupéfaction des assistants et de la réprobation certains dignitaires, il composa ce poème:

« Ils m’exhortent à me présenter devant les portes des rois

afin d’obtenir les faveurs et les récompenses qui éloignent l’indigence.

Je leur réponds, Dieu me suffit

et je n’espère obtenir que la foi et la connaissance.

Je n’ai d’autre roi que mon seigneur, il pourvoit à mes besoins

et me protége où que je sois.

Comment pourrais-je m’en remettre à ceux qui sont impuissants

devant les tentations de leur âme passionnelle.

Devrais-je les fréquenter, alors que leurs demeures

sont un stade pour les démons.».

« L’attrait des biens de ce monde devra t-il me faire oublier

les principes de la vraie foi.

Si j’ai un besoin quelconque, ou une préoccupation,

je n’ai qu’à m’en remettre au maître du trône Céleste.

Rien, ne lui est impossible

et IL  fait ce qu’il veut par son pouvoir créateur. ».

Les pérégrinations du Cheikh (SiYAHA)

Cheikh Ahmadou Bamba continuait à enseigner dans l’école de son père pendant des mois, avant de se lancer dans une quête initiatique auprès des Cheikh illustres du Sénégal et de la Mauritanie. Il confia la direction de l’école à Cheikh Abderrahmane Lô et repartit pour Saint Louis où il rencontrera le Cheikh Moussa Kamara qui était un saint célèbre pour ses états spirituels. Il reçut de lui la transmission de certains secrets de la Qadiriyya. Ensuite il ira en Mauritanie qui abritait l’élite spirituelle du monde musulman et qui avait le privilège de détenir les secrets des trois Tariqas majeures : la Qadiriyya, la Shadiliyya et la Tijaniyya.

 Les maures étaient exceptionnels dans les sciences exotériques et ésotériques. Chaque tribu pouvait aligner des dizaines de savants et de saints dont les œuvres écrites attestaient la puissance spirituelle. Une grande renaissance spirituelle et intellectuelle s’était opéré depuis le début du 12° siècle de l’hégire, autour de l’œuvre du grand savant des Benni Deyman « Cheikh Mohammed Yadali (mort en 1700) ». Cette œuvre avait synthétisé le savoir islamique en matière d’exégèse coranique, des Hadiths, de la Sira (biographie du prophète P.S.L), du fiqh, de la poésie et tant d’autres disciplines. Il avait légué à la postérité 38 ouvrages exceptionnels. Cheikh Ahmadou Bamba, en arrivant en Mauritanie commença à puiser dans les secrets de la Qadiriyya par l’intermédiaire de Cheikh Sidiya Baba qui était l’héritier du prestigieux Sidiya El Kébir, le disciple fameux de Sidi Mukhtar El Kunti. La chaine spirituelle de la Qadiriyya occidentale est l’un des plus prestigieuxses qui soit puisqu’elle réunit les Qotbs les plus illustres du Tasawwuf : Sidi Abdel kader Jilani, Ibn Arabi El Hatimi, Abu Abdesslem ibn Machich, Abul Hassen Chadili et JalelEddine soyouti, abdel karim maghili jusqu’à Sidi Mukhtar el kunti. Cheikh ahmadou versifia la chaine qadiriyya pendant son séjour. Puis, il visitera les Cheikh de la Chadiliyya auprès de qui il s’initiera au wird et recevra la transmission de certains. Secrets par le célèbre Baba Ibn Hamdi. Ensuite, il ira chez les idwa ali, où il s’initiera au wird Tijane et recevra certains secrets de la tariqa.

A son retour au Sénégal après plus de huit mois passés dans la quête, il aura non seulement réussi à  réunir les ouvrages précieux de Yadali, de Sidi Mukhtar el Kunti, de ibn Mutalli, de Nabighe ghallawi, d’Ibn Boun et d’autres savants, mais aussi à obtenir les secrets des trois tariqas.

C’est alors qu’il entreprit d’écrire un ouvrage sur le tasawwuf qui sera la synthèse de cettediscipline, que certains ulémas exotéristes condamnant sans discernement, ni expertise. Les ouvrages sur le tasawwuf ne manquent pas, des plus volumineux jusqu’aux traités, mais Cheikh Ahmadou choisit l’ouvrage du Cheikh Mohammed yadali « La synthèse du Tasawwuf » qu’il versifia et compléta pour en faire le meilleur écrit jamais produit. Ce sera un poème du mettre Rajaz en 1562 vers, qu’il intitulera « Massalik el Jinan », « les itinéraires du paradis ».

Genèse du Mouridisme

Le vendredi 27 Ramadan 1302 H, (1883), le Cheikh Ahmadou Bamba réunit les enseignants et les élèves de l’école de Patar et leur dit: « Le prophète (P.S.L), m’est apparu pour me signifier que je dois éduquer les âmes par la Himma, volonté spirituelle. L’enseignement didactique doit être un moyen et non une fin en soi et sera désormais allié a l’enseignement initiatique et la réalisation spirituelle.  Le but des disciples qui veulent se détacher à lui, doit être la communion avec Allah. Ils veulent désormais des « mourides Allah »: ceux qui aspirent à Dieu.

Il composa un poème pour la circonstance

Parmi les miracles du fils de Abdallah

sur lui les prières st les salutations d’Allah

Qui a illuminé sa terre par la lumière des saints, jusqu’au jour de la fin

Et les a érigés en gardiens de sa tradition pour la préserver de toute altération

L’annonce de la mission de son serviteur,

 qui devra désormais initier ses disciples

Et tous ceux qui accepteront son enseignement parmi ses contemporains

Pour les purifier de tous les défauts et les engager de la perfection.

Les disciples qui choisiront de rester sont minoritaires et le premier qui tendit ses mains et fit allégeance est Cheikh Adama Gueye suivi de Cheikh Massamba diop ,puis Cheikh Ibra Sarr et Cheikh Abderrahman Lo ensuite les autres.

Ceux qui ne sont intéressés que par l’enseignement didactique iront vers les autres écoles du pays qui dispensent l’enseignement classique.

 

Dar es salam : la maison de la paix

Le Cheikh s’engage avec ses disciples dans la forêt de M’bafar au Baol. Le lieu était sauvage et inhospitalier. Les fauves y chassaient le gibier, et seuls quelques chasseurs téméraires s’y aventuraient.

Cheikh Ahmadou Bamba avait l’habitude de séjourne dans cette forêt pendant des jours. Ces talibés partaient à sa recherche quand ils commençaient à s’inquiéter.

Il leur désigner un endroit qu’il avait l’intention de transformer en un village. Les talibés Se mirent à débroussailler le nouveau territoire.

Plus tard, des cases furent construites et les talibés habitèrent dans l’endroit baptisé DAR ES SALAM. La nouvelle communauté attirait de nouveaux disciples qui étaient en quête d’un guide spirituel qui reflète les qualités prophétiques. Et non d’un enseignant tout court. Le Cheikh Ahmadou Bamba inculpait à ses disciples les principes du savoir, mais surtout éduquait leur âme et les occupait à des taches humbles afin de faire disparaître en eux, toute trace d’orgueil et d’ostentation, les pires défauts qui sont l’obstacle majeur non  seulement pour la réalisation spirituelle, mais aussi pour l’entrée au paradis.

L’épisode du marabout toucouleur Ahmadou Cheikhou Bâ

Venu du Fouta, ce marabout d’obédience Tijani menait des expéditions guerrières dans les royaumes du Sénégal. Il s’était fait une réputation de conquérant musulman, mais certains l’accusaient de d’imposer le Wird Tijani à tous les musulmans qu’il rencontrait. D’autres, l’accusaient de se déclarer prophète. Ses expéditions, devaient l’amener au Cayor, où il se heurta à la souveraineté du Damel Lat-Dior.

Lat-dior, mobilisa son armée et sollicita l’aide des Français contre Ahmadou Cheikhou, qui devenait de plus en plus puissant.

Madiakhaté Kala, le cadi du Cayor, émit une Fatwa qui condamne Ahmadou Cheikhou qui se proclamait prophète et déclara licite le sang du marabout toucouleur, ainsi que ses biens, de même les prisonniers seront réduits à la condition d’esclave d’après les lois de la guerre.

Les armées se rencontrèrent à Samba Sadio où Ahmadou Cheikhou fut tué au combat et ses partisans décimés.

Les survivants furent réduits en esclaves et le butin distribué entre les vainqueurs.

L’un des cousins de Lat-Dior, Matar Diop devait s’attacher au Cheikh Ahmadou Bamba, et devenir son disciple. Mais, le Cheikh lui posa comme condition de libérer les captifs qu’il avait fait à Samba Sadio et de leur retourner les biens acquis dans la bataille.

Lat Dior, en apprenant que son cousin s’était soumis au Cheikh Ahmadou Bamba acquiesça , mais en apprenant l’invalidation de la Fatwa de son Cadi  entra en colère et fit appeler Matar Diop, qui expliqua qu’il  qu’obéit à son guide spirituel, qui connaissait les lois islamiques plus que quiconque.

Le cadi Madiakhaté Kala insista sur le bien-fondé de la fatwa, si bien que Lat – Dior décida de convoquer le Cheikh Ahmadou Bamba.

Les émissaires du Roi firent des allers-retours entre le Cayor et Baol, mais le Cheikh Ahmadou Bamba, déclina la convocation, même si elle prit ultérieurement la forme d’une invitation.

Finalement, il écrit: « De la part de Ahmed El Bekky au Damel Lat-Dior.

Ce qui m’empêche de venir à toi est d’un ordre supérieur. J’ai honte que les anges ne me voient se diriger vers un autre en dehors de mon seigneur. D’ailleurs, un éminent savant musulman Mohamed Ibn Maslama a dit:

« un Savant dans la cour d’un roi est comme une mouche sur des excréments.»

En lisant la lettre en Arabe, le cadi Madiaté Kala, faillit suffoquer.

Lat-Dior lui dit de traduire, le cadi répondit que le Cheikh Ahmadou Bamba le visait personnellement et que le roi n’était pas en cause.

Après avoir traduit la lettre, le cadi vit le roi pensif. Il essaya de le persuader que la lettre visait la fonction de cadi, mais Lat-Dior répondit : s’il t’a traité de mouche, moi il m’a traité de ce que tu as lu.

Il décida d’organiser une expédition punitive contre Cheikh Ahmadou Bamba, mais le cadi l’en dissuada par égard à Mame Mor Anta Sally, et pour éviter de commettre des actes insensés à l’égard d’un homme de Dieu.

Un peu plus tard, Lat-Dior et le Cadi en tournée dans le royaume passèrent prés de M’backé  Baol, où le Cheikh Ahmadou Bamba s’était rendu pour voir la famille.

Parmi, les notables venues lui faire une visite de courtoisie, le roi eut la surprise de voir le Cheikh Ahmadou Bamba. Il fit signe au cadi de ne pas rater l’occasion pour trancher sur l’affaire de Samba Sadio.

Cheikh Ahmadou Bamba, en saluant ses hôtes leur fit savoir de venir les accueillir par égérd à leurs liens avec son père. Le cadi dit: à propos de la fatwa sur Ahmadou Cheikhou n’était-elle pas fondée ? Cet homme s’était proclamé prophète, alors qu’il n’y aura plus de prophète après Mohammed (P.S.L). Tout le monde observa un silence gêné. Finalement Cheikh Ahmadou Bamba demanda au cadi: Peut être tu espères de moi une réponse.

  • § Le cadi: certainement.

  • § Le Cheikh : un cadi  doit  être juste et impartial, n’est ce pas.

  • § Le cadi: certes.

  • § Le Cheikh: qui t’as dit que Ahmadou Cheikhou s’était proclamé prophète.

  • § Le cadi: les habitants du Cayor.

  • § Le Cheikh : Ne sont ils pas ses ennemis, qui lui faisaient la guerre. leur témoignage                   serait-il impartial.

  • § Il y’a aussi les habitants de Samba Sadio.

  • § Le Cheikh : ne sont ils pas étrangers à toute l’affaire, ne se sont-ils pas réveillés, un beau matin pour se trouver entre deux armées belligérantes, ont –ils été consultés ?

  • § Le cadi: perplexe, se gratta la tête et dit : Ahmadou Bamba, jadis tu fus un fils modèle, aujourd’hui tu es un père  exemplaire. Tu fus un élève doué, tu es aujourd’hui un maître confirmé. Si j’ai fait des erreurs dans mes fonctions, je te prie d’intercéder pour moi, aujourd’hui, et demain. Cheikh Ahmadou Bamba salua humblement avant de prendre congé de ses hôtes. Le roi n’arrivait plus à détacher son regard du Cheikh, qui s‘éloigne d’un pas léger.

                        TOUBA

Dans ses retraites spirituelles à l’intérieur de la forêt de Mbafar dans le Baol, le Cheikh Ahmadou Bamba découvrit un endroit particulier distant de quelques kilomètres de Dar Es Salam où il s’était installé.

L’endroit fut baptisé « TOUBA », un nom symbolique que la tradition musulmane accorde à l’arbre du paradis qui représente pour le monde végétal ce que Adam représente pour les humains. On dit que l’arbre Touba déploie ses branches sur tous les paradis et de ses fruits les habitants des paradis font des habits en conformité avec leur statut.

La valeur numérique de Touba en Arabe étant 28 (vingt et huit) au nombre des lettres de l’alphabet  arabe, avec lesquels on écrit toutes les sciences ésotériques et exotériques, Touba sera le lieu de rassemblement de ce qui était dispersé des sciences et connaissances.

Dans un poème intitulé « MATLABOU El FAWZEIN » « Le requête des deux triomphes ici bas et dans l’au delà ».

Le Cheikh Ahmadou Bamba disait:

Fait, Seigneur que ma demeure Touba,

Soit à jamais synonyme de bonheur

Par la grâce du meilleur des adorateurs

Sur lui la prière et le salut, ainsi que sur sa famille et ses amis.

Ô Seigneur, épargnes-moi la méchanceté des humains

Et préserve moi de toute vengeance envers qui que ce soit

Que mes demeures soient des habitations bénites

Où tes dons se déverseront en abondance

Et où ta satisfaction réside éternellement

Fais, Seigneur que mes demeures soient celles du savoir

Et des connaissances dans la tradition du prophète

Par les bonnes actions et la clémence

Et qu’elles soient des lieux de guidance

Qui déroutent les ennemies qui n’ont point de conscience

Ma demeure, protége la des infidèles

Et fais jaillir une eau de source pour mes fidèles

Ô Seigneur augmente les biens de ce pays

Et pourvoie à sa providence

Fais, que des fidèles persévèrent sur les cinq prières quotidiennes

Jusqu’à la fin des temps

Protège nous des catastrophes de cette époque

Et éloigne tous les maux de mon chemin

Aujourd’hui et demain.

Protège nous de la méchanceté des juifs et des chrétiens

Ainsi que des ruses de Satan

Et de ceux qui ne croient pas en toi

Parfois la communauté du meilleur des prophètes

Et sauve les croyants

Accordes tes bénédictions accepte leur pardon

Fais de ma ville  une Terre de  bénédiction.

Et fais moi un adorateur et un homme d’action

Je t’en conjure Seigneur  d’en faire une terre de piété

De connaissance et de spiritualité

D’en faire un tremplin pour l’élévation aux paradis pour les mourides fidèles

Et d’en faire un refuge pour les opprimés qui fuient les ignorants infidèles

Ô seigneur fait de ma ville une demeure de repentir

Et la meilleure terre pour toi

Et pour le prophète notre maître parfait

Ô Allah, ô protecteur,

Ô  maître qui tiens les rêves des créatures dans tes mains

Mon âme, ma foi, puis ma famille et mes enfants

Tout aussi bien que ma ville Touba

Sont un  dépôt que je te confie éternellement

Mon existence, je te la dédie ici bas et dans l’au-delà.

La ville de Touba fut consacrée par le Cheikh Ahmadou Bamba à l’adoration, au savoir et au travail. Il précisa à ses fidèles l’avenir de la ville qui sera bâti dans ce lieu sauvage, en pleine forêt. Le Cheikh détermina l’endroit de la future mosquée qui s’élèvera un jour dans ce lieu choisi.

Puis choisit un endroit précis où il ordonna à l’un des plus fidèles talibés de creuser un puits. Il ordonna à d’autres de débroussailler les lieux aux alentours. Une concession vit le jour entre le puits d’où une eau de source douce et bénéfique avait jailli et la future mosquée.

C’est là que le Cheikh s’installa et où il  écrivit son poème « Matlabou El Fawzaein ».

L’eau du puits qui devait s’appeler « Aïnou Rahmat », « Source de la miséricorde » était bénite et désaltérait les buveurs au point de leur faire oublier la faim.

Il composa des odes magnifiques en l’honneur de la source:

Je t’invoque ô Seigneur par la grâce de l’élu

Pour faire jaillir une eau pure qui guérit

Mon puits du Kawthar ô mon Seigneur majestueux

Fais que ses eaux soient abondantes comme celles du Nil

Et qu’elles soient un remède pour toutes les maladies du cœur et du corps

Par la grâce du prophète élu, de sa famille et des compagnons privilégiés

Par la sacralité de la Kaaba et de Médine ainsi que Jérusalem

Par la Kaaba céleste et par le trône universel et les porteurs angéliques

Et par la tablette immaculée,

Le calme céleste et le lotus de l’infini

Exauce mes prières instantanément

Et réponds à mes aspirations

Accorde ta proximité à tous eux qui travaillent dans ce puits

Et à tous ceux qui pourvoient à leur nourriture où biens

Et à tous ceux qui viendront piser de ce puits béni

Et déverse tes lumières

Et ton agrément sur tous ceux qui se sont rattachés à moi

Ô Seigneur accorde nous ta satisfaction et ton agrément

Et fais que nous soyons véridiques dans nos engagements.

 LAT-DIOR AUX PRISES AVEC LES FRANÇAIS

   Lorsqu’en 1878, les autorités coloniales décident d’utiliser les terres du Cayor pour développer la culture de l’arachide, Lat-Dior fut très méfiant. Mais plus tard, quand il fut question des chemins de fer, il s’y opposa fermement. Les français qui venaient juste de l’aider dans sa guerre avec Ahmadou Cheikhou considèrent son refus comme inadmissible et lui firent la guerre, en 1883.

En 1884 Lat-Dior est contraint de quitter le Cayor pour chercher refuge auprès d’Alboury Ndiaye, roi du Djollof.

Les Français mettent à la tête du Cayor Amari Ngoné Fall, mais la population se soulève contre lui et les français le remplacent aussitôt par Samba Laobé Fall, qui autorise la construction du chemin de fer.

Lat-Dior fut interdit de séjourner au Cayor par les français et dût errer avec ses partisans. Il ira au Saloum, où la population l’accueillit très mal. Saër Maty, le fils de Maba Diakhou le consola et lui conseilla d’aller voir le Cheikh Ahmadou Bamba et de suivre ses conseils.

Lat-Dior ira chez le Cheikh Ahmadou Bamba pour se plaindre de ce qui lui est arrivé. Le Cheikh lui dit que telle était la volonté d’Allah, qui fait triompher sa religion même par le concours des infidèles. Il lui rappela les exactions des Ceddos, les razzias incessantes, l’insécurité, la traite négrière et tous les maux subis par les populations sous le régime des rois.

Il lui expliqua que les guerres ne font que des morts et des malheureux alors que la paix, permet de propager l’islam parmi les populations afin d’accorder leurs âmes avec le seigneur. Il vaut mieux convertir les gens à l’islam que de les pousser à la mort en état de mécréance.

« Quand tout le pays sera musulman, les français ne pourront plus rester et partiront sans façon ».

Il lui suggéra de libérer ses partisans et de faire comme son cousin Matar Diop.

Mais Lat-Dior, s’exauça de ne pas pouvoir faire ce que lui conseillait le Cheikh, bien qu’il fut persuadé que ce serait certainement la meilleure solution. Son orgueil de roi, ne pouvait souffrir les humiliations des français et il voulait en découdre avec eux, quitte à mourir sur le champ de bataille.

Il demanda au Cheikh de prendre soin de son âme et d’intercéder pour lui le jour du jugement et sollicita un habit usagé du Cheikh qu’il gardera sur lui pour sentir son contact même dans la tombe. Le Cheikh satisfait à sa requête et pria pour lui avant de le laisser partir.

En 1886, les français annexent le Cayor, Lat-Dior mobilise ses partisans et entreprend la libération de sa patrie. Il conduit des opérations audacieuses, mais finit par le martyr à Dékhelé, le 25 octobre 1886, avec ses deux fils et 78 (soixante dix et huit) de ses compagnons. Beaucoup de ses partisans survivants iront se réfugier auprès de Cheikh Ahmadou Bamba et deviendront des disciples mourides.

Les autorités coloniales ont commencé à s’intéresser au cas du Cheikh Ahmadou Bamba et de l’affluence des musulmans vers lui depuis 1889, quand le directeur des affaires politiques Tautin signalait la présence du Cheikh dans la forêt de Mbafar.

Il recommanda à l’administrateur du Cayor d’exercer une surveillance constante.

L’administration des colonies Augot écrit, dans un rapport : « je n’ai pu recueillir que d’excellents renseignements sur le compte du marabout, c’est un homme pieux et tranquille ».

Le gouverneur de l’époque Clément Thomas va même tenter une politique de rapprochement avec le Cheikh Ahmadou Bamba et lui offre des livres arabes en signes d’amitié.

ALBOURY NDIAYE ET CHEIKH AHMADOU BAMBA

Le roi du Djoloff avait signé un traité de protectorat avec les français, mais il suscita les doutes des autorités françaises depuis qu’il avait donné l’asile à Lat-Dior.

Après l’annexion du Cayor et la mort de Lat-Dior, les français complotèrent pour chasser Alboury Ndiaye du trône. Trahi par des membres de sa famille et certains de ses lieutenants, Alboury devait livrer une bataille désespérée où s’exiler. Il partit voir le Cheikh Ahmadou Bamba pour requérir ses conseils. Il fut hébergé avec sa suite le temps nécessaire pour prendre sa décision.

Cheikh Ahmadou Bamba, dit à son hôte les mêmes paroles qu’il dit à Lat-Dior. Alboury insista pour que le Cheikh déclare la guerre sainte aux français et s’engagea à le servir à l’image de Seyyidina Ali Ibn Abi Talib avec le prophète (P.S.L). Finalement, Alboury se rangea aux arguments du Cheikh Ahmadou Bamba, mais, choisit l’exil afin de renouveler ses forces en attendant d’en découdre  avec les Français.

Cheikh Ahmadou Bamba lui dit de partir vers le nord pour rejoindre le fils de Cheikh Omar Foutiyou qui continuait le Jihad contre les Français.

Alboury, fit ses adieux au Cheikh et sollicita ses prières, il demanda au Cheikh d’intervenir pour lui le jour de l’intercession et de demander à Dieu de ne pas le laisser tomber captif aux mains des français et de l’honorer par le martyr.

Alboury, devait livrer des batailles glorieuses contre les colons et son courage assura aux troupes musulmans des victoires inattendues, comme à la bataille de Colomina.

Mais, en 1893 les français lancèrent des offensives décisives pour achever la conquête de l’Afrique de l’ouest.

Alboury, devait trouver le martyr prés de Dogou-Doutchi au Niger, après une résistance héroïque.

Ainsi, s’achève la page glorieuse de la résistance ouest- africaine. La France devait d’ores et déjà harmoniser les structures de l’administration coloniale, tout en veillant à étouffer toute velléité de rébellion.

 

LE MOURIDISME SE HEURTE AU COLONIALISME

En 1893, beaucoup de disciples mourides avaient atteint un degré de réalisation spirituelle élevé et furent invité Cheikh avant de se disperser dans le Sénégal pour propager l’islam et éduquer les âmes.

L’aura du Cheikh Ahmadou Bamba rayonnait sur tout le pays, mais il demeurait inaccessible par l’éloignement géographique car Touba était éloigné de tout centre urbain et rural, mais aussi parce que le Cheikh était constamment en activité spirituelle: adorations, méditation, enseignement, rédaction etc…

Ainsi, les Cheikh investis par Serigne Touba n’avait qu’à s’installer quelque part pour que les disciples affluent vers eux pour les prendre comme wasila et se mettent à leur service pour œuvrer dans la voie de Cheikh Ahmadou Bamba.

 Beaucoup de nouveaux disciples n’ont jamais connu le Cheikh et n’ont jamais eu l’honneur de le voir. Certains n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre     les bases élémentaires de la religion et n’ont jamais eu accès à la prestigieuse production littéraire du Cheikh. Mais, ce sont les anciens Ceddos qui s’étaient fait remarquer par leur comportement provocateur qui les opposa aux autorités  traditionnelles rangés sous la bannière coloniale.

Le mouridisme commençait à se propager dans le pays et des adeptes des autres confréries commençaient à rejoindre les rangs de la nouvelle tariqa dont le fondateur était un homme exceptionnel par son savoir comme par sa baraka et il était un noir africain issu de la noblesse du pays.

Des jalousies commencèrent à se manifester de la part de certains leaders religieux qui voyaient leurs disciples affluer vers le mouridisme.

Des alliances entre les chefs traditionnels et certains leaders religieux forgèrent pour envoyer des rapports alarmants aux autorités coloniales.

Les chefs traditionnels se plaignaient de l’insubordination de leurs sujets mourides qui ne reconnaissent que l’autorité de leur cheikh.

Les chefs religieux se plaignaient des mourides qui méprisent les prescriptions de l’islam et sont ignorants des préceptes les plus élémentaires de la religion.

Des rumeurs commençaient à circuler sur les mourides en vue de les discréditer et de les opposer aux autorités.

Le directeur des affaires politiques « Merlin » demanda des rapports détaillés sur le mouridisme et envoya des espions partout pour surveiller de prés les mouvements des mourides. Après avoir étudié les rapports, Merlin constata que les mourides présentent un cas particulier dans le pays et qu’ils sont pratiquement en état d’insubordination car effectivement ils ne reconnaissent que l’autorité de leur Cheikh.

Il Prit la décision de donner l’autorisation aux chefs traditionnels et aux commandants de cercle de persécuter les mourides et de les disperser.

Des émeutes éclatèrent et des familles mourides furent agressées et pilées. Beaucoup durent quitter leurs champs et émigrer vers d’autres cieux plus cléments.

Il y’eut des morts en nombre, et le Cheikh Ahmadou Bamba dut intervenir en envoyant son cousin Cheikh Mbacké Bousso à Saint Louis pour rencontrer Merlin. Et lui demander d’intervenir pour faire cesser ce désastre malheureux qui n’a d’autre source que l’incompréhension et la jalousie.

Le Cheikh expliqua dans une lettre la déontologie mouride et sa conformité absolue à l’islam dans la lettre et l’esprit. Il précisa aussi que les français n’ont pas à s’en prendre aux mourides qui ne leur disputent pas la souveraineté de ce bas- monde mais qui sont préoccupés par leur devoir religieux et qui oeuvrent pour le bien être communautaire.

Merlin fut sensible aux arguments du Cheikh et apprécia la noblesse d’âme du Cheikh Mbacké Bousso qui se chargea de répondre à toutes les interrogations du directeur des affaires politiques, qui finit par donner l’ordre d’arrêter toutes les mesures discriminatoires contre les mourides.

Merlin envoya des livres arabes pour le Cheikh en guise de Hadiya et demanda des excuses au nom de l’administration qui avait été mal informé.

CHEIKH AHMADOU BAMBA S’INSTALLE AU DJOLOFF

En 1894, le Cheikh se déplace de Touba au Baol, vers Mbacké Bari du Dioloff où plusieurs de ses disciples le suivront.

Beaucoup de personnalités du Djoloff, du Cayor et du Ndiambour iront le voir et beaucoup deviendront ses disciples. Sa notoriété grandissait chaque jour. Beaucoup de rumeurs couraient à son sujet.

         Les chefs traditionnels installés par les Français voyaient leur autorité souffrir de plus en plus devant l’inconditionnalité des talibés mourides qui ne reconnaissent que l’autorité de Cheikh Ahmadou Bamba. Certains Cheikh d’autres tarîqas voyaient avec peine et chagrin leurs talibés faire defertion pour rejoindre Cheikh Ahmadou Bamba, qui d’après certains de ces talibés était sorti de Touba pour remplir une mission universelle pour le bonheur des musulmans.

         Certains chefs traditionnels et certains marabouts véreux n’hésitèrent pas à recourir aux calomnies pour dénoncer le Cheikh auprès des autorités coloniales.

La mission dont parlaient les talibés mourides peut-être le Jihad tout simplement d’après la conclusion des dénonciateurs. Le résumé des dénonciations a été reproduit dans un rapport de M. Merlin, le directeur des affaires politiques: « Depuis qu’il est installé à Touba, avec quelques cinq cent talibés, Cheikh Ahmadou Bamba a groupé autour de lui, un grand nombre des anciens guerriers de Lat-Dior et même des propres parents de l’ancien Damel tels que Birahima Codou, Diallo Fall, Ibra Cassé, Mokhtar Mariem Diop, Mamadou Fatim, Gallo Ndiaye, Momar Mame Gueye.

Puis d’anciens compagnons d’Alboury, tels que Alboury Penda, Amadou Khourédia et autres. En un mot, tous gens que nous avons partout rencontrés dans les rangs ennemis au cours de nos luttes dans le Cayor et dans le Djoloff. A Saint Louis, même où son représentant Ibra Fall compte un millier de talibés, le Cheikh Ahmadou Bamba est très influent. Son prestige a encore grandi depuis son arrivée dans le Djoloff. Il n’est pas jusqu’au Bourba qui n’ait cru devoir aller lui faire allégeance au mois de mai dernier. Aussi, les cinq mille talibés qu’il compte dans le N’Diambour, ceux très nombreux qu’il compte dans le Cayor semblent croire que les temps sont proches et leur insolence devient extrême.

Dans le N’Diambour les chefs sont insultés, les villages où l’autorité d’Ahmadou Bamba est reconnue méprisent l’autorité des fonctionnaires et des chefs de canton. Les talibés du Cheikh parcourent activement le pays jusqu’au Saloum et le Rip pour acheter du matériel et recruter des hommes.»

Archives du Sénégal

CONFRONTATION AVEC LES COLONS

 

En 1895, les rapports confidentiels se multipliaient au sujet du Cheikh Ahmadou Bamba. M. Leclerc, administrateur du cercle de Saint Louis, envoyait rapport sur rapport au directeur des affaires politiques M. Merlin, qui les analysaient et les avalisaient avant de les transmettre au gouverneur du Sénégal et ses dépendances M. Mouttet. Dans l’un de ses rapports M. Leclerc écrit  «Le Cheikh Ahmadou Bamba détient des armes et de la poudre qu’il a déjà distribués à ses partisans. Les talibés prêchent la guerre sainte et recrutent des adeptes dans les centres du pays, depuis Nioro jusqu’à Bakel.»

 Et il mentionne aussi  « Que la situation est la explosive car les principaux chefs de famille du cayor, du Baol et du N’Diambour sont devenus ses talibés de Coki de la famille Lô, les Diop, les Fall, les Sarr, les M’Baye, les Dieye et encore d’autres. »

Il précise aussi  « un signal du Cheikh Ahmadou bamba et toute la région qui s’étend entre le Ferlo, le baol, le cayor, le n’diambour et le walo explose. »

Finalement il dit : « les chefs du pays sont très inquiets »

Et il note qu’il se fait l’écho des chefs du cayor et du n’diambour, et du walo.»

Après plusieurs convocations pour se présenter à Saint Louis, une expédition militaire fut organisée contre le Cheikh Ahmadou bamba. Le Cheikh envoya son frère Ibra Faty pour s’enquérir des préoccupations des autorités.

Dans le rapport de l’administrateur M. Leclerc en date du 15 août 1895, les faits ont été consignés ainsi:

« Ibra Faty, le frère du marabout arriva à mon campement vers trois (3) heures de l’après-midi. Je lui renouvelais mes ordres et lui déclarais que si mon frère ne s’était pas rendu le dix (10) au soleil levant, je le prendrais de gré ou de force. Je n’avais à ce moment autour de moi que les gardes et cinq (5) ou six (6) cavaliers qui me servaient d’ouvriers. Aussi peu effrayé, accueillit-il mes menaces avec un demi-sourire. J’espérais profiter de la lune pour me rendre à Touba, nous avons environ quarante (40) kilomètres à faire vers huit (8) heures, j’appelais mes interprètes pour leur donner mes dernières instructions. Ils devaient chacun se mettre à la tête d’un groupe.

A ce moment M’bariame me rejoint avec une soixantaine de cavaliers du walo, et prévenait que Alioun le suivrait avec une autre troupe aussi forte. Peu d’instant après, Songho le lieutenant du bour venait me prévenir que Ibrahima N’Diaye n’attendait que mon retour pour se mettre en marche avec tout son monde.

Le frère du marabout voyant ce déploiement de forces me fit dire que si je voulais arrêter le marabout, il s’engageait à ce que son frère vint se rendre à l’heure fixée. J’acceptais, mais en le prévenant que si je ne fais pas marcher mes cavaliers, ils ne resteront pas moins là prêts à me rejoindre et que j’allais monter à cheval avec mes gardes et que le lendemain s’il me manquait de parole, j’attaquerais quand même le village à l’heure convenu. Il partit accompagné des deux interprètes Fara Biram Lô et Amadou N’Diaye. Le dix (10) le marabout se rendit à moi à l’heure convenue et vers deux (2) heures de l’après-midi, nous étions de retour à Djewol. Comme je voulais faire coucher le lendemain Ahmadou bamba à coki, village considérable, entièrement peuplé de gens qui lui sont dévoués, j’avais dû dés le matin envoyer l’ordre au bour de le faire occuper par ses gens et moi-même, laissant le marabout sous la surveillance des interprètes et des gardes, je m’y étais rendu le dix (10) au soir. Bien m’en prit, car malgré toutes ces précautions nous avons failli y avoir une échauffourée, i y’eut des cris et des murmures et Fara Biram Lô qui était en tête a dû menacer les plus turbulents. A Mbelekhé, le lendemain, l’interprète Amadou n’Diaye qui était à l’avant-garde s’est vu refuser l’autorisation de boire de l’eau au puits. Le 12 au matin, tout le monde était arrivée à Louga sans d’autre incident. »

Quant à la version mouride tel que consigné dans la biographie du Cheikh Ahmadou Bamba d’après les déclarations de son frère Ibra Fati qui fut l’un des acteurs :

« Le Cheikh avait d’autre préoccupations beaucoup plus importantes pour lui que de se rendre à la convocation du représentant des autorités coloniales. Il n’ignorait pas les implications et les conséquences de cette affaire mais rassura ses talibés en leur disant que tout était en conformité avec les plans divins et que quelque soit l’issue de cette affaire, il n’y a pas lieu de s’inquiéter et qu’il faut continuer l’œuvre qu’il a tracé. Il assigna à chacun son rôle et me demanda d’aller avec les envoyés du « Toubab » (nom donné aux blancs). Il raconta la même version des faits que dans le rapport de M. Leclerc, mais la précisa, que pendant le retour, Fara Biram Lô, l’interprète trouvait toutes les excuses possibles pour le retarder prétextant l’obscurité du soir pour ne pas marcher la nuit et la chaleur du soleil pour se poser à l’ombre pendant la journée. Aussi décida t-il de le laisser avec son compagnon et de continuer tout seul en se repérant la nuit par les étoiles. Aussitôt arrivé, chez le Cheikh Ahmadou Bamba, il eut la surprise de trouver le Cheikh prêt à partir et n’attendait que son arrivée pour lui donner des consignes.

         Il lui dit qu’il est au courant de tout ce qui s’est passé.

Il expliqua qu’il devait partir pour se confronter avec les colons, car tout ce qu’il espérait d’Allah et du prophète (P.S.L) ne peut être obtenu que par cette confrontation.

Il donna des consignes, et chargea son frère  Cheikh Ibra Faty de S’occuper de la famille.

Le Cheikh se mit en route en récitant : Le prophète élu sur lui les prières et le salut ainsi que sa famille et tous les élus a mis sur moi, un voile protecteur et me dit : Avance, ne crains rien tu es protégé.

Arrivé à Djewol, le Cheikh récita cinquante (50) fois la Basmala en face de l’administration Leclerc, qui à la surprise des assistants, se montra assez courtois. Il semblait p^réoccupé par autre chose. Sur la route de coki, les troupes avançaient prudemment, en envoyant des éclaireurs.

Le Cheikh était sur un pur sang arabe qu’il avait baptisé Awn’Allah (l’aide de Dieu). Il récitait le vers: « Mon protecteur est Allah qui a revélé le livre sacré, il est toujours le protecteur des vertueux. »

A coki, un incident fit décider l’administration Leclerc de continuer sur louga, où le Cheikh montera dans le train pour continuer sur Saint Louis.

Dans son carnet de voyage intitulé « Jaza’ Ech’akour », les dons du bienfaiteur le Cheikh mentionnera en vers:

         A la rencontre de ceux qui sont venus me chercher dans mes demeures je suis parti, le cœur, en paix alors, qu’ils étaient enragés.

A l’heure de la prière du Asr, je me suis arrêté pour faire mes obligations les soldats m’entouraient impatients pour me conduire auprès de leur chef

Arrivé auprès du commandant, je me suis adressé au Seigneur clément

je récitait cinquante (50) fois la Baslama, en mettant toute ma confiance en le Seigneur puissant

le commandant semblait perdu dans ses pensées au grand étonnement des soldats ébahis

il demanda de préparer le camp pour passer la nuit et partit vaquer à ses occupations en prenant congé de moi poliment.

Le lendemain, nous nous sommes mis en marche prudemment

Je me mis à composer des vers en remerciant mon Seigneur de sa prévenance envers moi.

 

LE CHEIKH AHMADOU BAMBA  A SAINT-LOUIS

Le décret du 16 juin 1895 institue l’A.O.F qui est composée de huit (8) territoires : Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso (Haute-Volta), Niger, Bénin (Dahomey), Côte d’Ivoire et Guinée. Saint Louis était la capitale.

Le Cheikh Ahmadou Bamba en arrivant à Saint Louis se dirige vers la résidence du gouverneur général où à la surprise générale, il fut prié de revenir le lendemain.

Le gouverneur général connu pour son caractère violent et méchant essaya d’intimider le Cheikh Ahmadou Bamba qui ne cessait de remuer les lèvres sans jeter un regard autour de lui, mais devant l’attitude impassible du visiteur finit  par le congédier poliment.  Dans son carnet de voyage il mentionna avoir récité la Fatiha cinquante (50) fois lors de son entrevue avec le gouverneur.

Le Cheikh passa la nuit chez la famille du cheikh Qoreichi avant de retourner le matin à la résidence du gouverneur où il fut soumis à un interrogatoire sur sa fidélité à la France et aux lois républicaines. Le Cheikh se refusait de prendre part à ce jeu et déconcerta le gouverneur par son air absent et ses attitudes méditatives. Il fallait l’intervention de Bou El Mogdad l’interprète en titre pour trouver un terrain d’entente. Lettré, subtil et fin diplomate Bou El Mogdad était très apprécié tant des Français que des Sénégalais et des Maures et bénéficiaient de l’estime de tous pour sa vaste culture et sa générosité légendaire. Il aimait le Cheikh Ahmadou Bamba et le respectait et fit savoir au gouverneur général qu’un homme comme Ahmadou Bamba devait être traité avec les égards dû à son rang, et qu’il se chargeait de transmettre les préoccupations et les interrogations du gouverneur français au Cheikh Ahmadou Bamba et d’inquiéter les mots et les pensées du Cheikh.

Bou El Mogdad excellait dans ce jeu subtil et réussit à rassurer le gouverneur en travestissant la pensée du Cheikh Ahmadou Bamba qui se contentait de répondre par des versets coraniques exprimant sa pensée où sa réponse dans un langage concis et précis, que Bou El Mogdad se faisait fort de transmettre paraboliquement dans un sens favorable à l’attente du gouverneur.

Il fut question d’une réunion importante de tous les marabouts célèbres de l’A.O.F afin de mettre en ordre la législation dans le pays.

Quatre vingt et quatre (84) marabouts furent convoqués et Saint Louis devint le centre des préoccupations de tout l’A.O.F.

Le Cheikh Ahmadou Bamba demanda à Bou Mogdad pourquoi il avait agi de la sorte, alors que ses réponses avaient un tout autre sens et que rien ne lui avait échappé des propos du gouverneur que Bou El Mogdad dans sa subtilité essayait de rendre plus agréable aux oreilles du Cheikh.

Bou Mogdad s’excusa et dit qu’il avait agi de la sorte que pour protéger le Cheikh et qu’il précisa connaissant assez bien les français pour savoir les manipuler. Le Cheikh ne dit rien. Les marabouts de l’A.O.F se présentèrent aux convocations et des textes furent distribués avec des explications concernant l’application des lois républicaines dans l’A.O.F, et les principes de la laïcité qui impliquait le fait que la religion est une affaire individuelle qui ne peut en aucun cas interférer dans la législation et que toute mesure administrative avait force de loi, même si elle s’opposait à  l’esprit et la lettre des lois islamiques. Des débats commencèrent à agacer le gouverneur général qui demanda de procéder à la signature des documents légaux et menaça les réfractaires d’une mort atroce en les jetant aux fauves du parc zoologique de Sor qui abritait de beaux spécimens de lions que l’on avait mis affamés pour la circonstance. Les Marabouts consternés devaient délibérer et chercher dans l’arsenal juridique du Fiqh et dans les recours légaux des autorisations canoniques de la « Taqi’a », « dissimulation en cas de force majeure », les arguments leur permettant de signer les documents en question sans renier leurs valeurs islamiques. Une liste dressée par les autorités coloniales montrait que le Cheikh Ahmadou Bamba portait le Numéro 4, les numéros un, deux et trois portaient les noms des marabouts de Coki qui étaient les chérifs de la famille Lô, des inconditionnels du Cheikh Ahmadou Bamba. Une version historique affirme qu’ils avaient refusé de signer à l’instar d’Ahmadou Bamba qui demanda qu’on lui achète une plume qui n’avait jamais servi et il signa avec en lettre arabe sur toute la surface du document, Dis, il n’y a de Dieu, qu’Allah, sans commencement, sans fin et il n’a point de pareil » sourate El Ikhlass.

Cette fois, Bou Mogdad ne peut trouver aucune explication et la fureur du gouverneur général atteignit son comble et il demander qu’on jette les quatre marabouts aux lions sans ménagement.

Les quatre vingt (80) autres marabouts signèrent sans réserve les documents et s’efforcèrent de calmer les foudres du gouverneur envers les marabouts tout en se félicitant d’être sortis de cette malheureuse affaire. Certains même blâmèrent « l’intransigeance inconsciente » d’Ahmadou Bamba.

LE PROCES DU CINQ (5) SEPTEMBRE 1895

Les marabouts condamnés à servir de repas aux fauves du jardin de Sor, furent déchiquetés par les lions affamés. Mais à la grande surprise des gardiens Ahmadou Bamba fut épargné. Le lion qui fut conduit dans la cellule du marabout se tenait pieusement devant lui et empêchait qui que ce soit d’entrée dans la pièce. On alla chercher le gouverneur qui ne pouvait que constater les faits. Il fut convenu de donner des assurances à Cheikh Ahmadou Bamba pour qu’il accepte de sortir de la pièce et suivre le gouverneur dans résidence où il sera logé en attendant de statuer sur son cas.

L’interprète Bou El Mogdad fut sollicité, comme garant et se chargea d’informer le marabout, qui accepta la proposition.

Toute la ville de Saint Louis fut au courant de l’incroyable événement et la population dans le bonheur d’avoir appris le salut du Cheikh Ahmadou Bamba, oublia le sort malheureux des trois marabouts de coki.

Les notables et les ulémas de saint Louis, se réunissaient chaque jour pour essayer de trouver une solution satisfaisante entre le marabout et le gouverneur, qui avait convoqué le conseil prié pour le jeudi cinq (5) septembre 1895 à neuf (9) heures du matin.

CONSEIL PRIVE

  • Président, M. Mouttet: gouverneur par intérim.

  • De Kersaint-Gilly : commissaire des colonies, chef du service administratif.

  • Boyer: lieutenant-colonel, commandant supérieur des troupes par intérim.

  • Jurquet: directeur de l’intérieur par intérim

  • Cnapelynck: procureur général par intérim

  • Clarac: médecin principal, chef du service de santé, par intérim.

  • Nogaret: lieutenant de vaisseau délégué du commandant de la marine.

  • J. Berziat: conseiller privé titulaire.

  • Saimbain: Conseiller privé suppléant.

  • M. Superville: secrétaire -archiviste par intérim.

Après que la séance fut levée à neuf (9) heures, les débats agitèrent l’assemblée.

Le rapport du directeur des affaires politiques M. Merlin fut lu à haute voix: «  Quand à Ahmadou Bamba, lui-même, il avait aussitôt après la disparition de Lat-Dior, jeté son dévolu sur le baol. Cette province était alors commandée par Thieyacyne Fall, Tiédo brutal et ivrogne dot l’autorité n’était plus soutenue que par quelques favoris qui profitaient de ses vices pour razzier constamment la population. Ahmadou Bamba pouvait donc espérer prendre un jour en main la direction de la partie musulmane de la population , déposer Thiéyacine devenu insupportable et lui succéder où si la chose n’était pas possible, placer du moins à la tête du baol, un chef acquis à ses idées et ses intérêts. Tanor Cogna  par exemple. Aussi, le marabout  décida t-il d’aller s’établir non loin de Ngabou où résidait l’assassin du Lieutenant Minet.

Il se rendit dans la province de Lah aux environs de Mbacké où il fonda un grand village appelé TOUBA.

L’endroit était bien choisi, à l’extrême est du Baol, sur la frontière du Djoloff en dehors de toute vois suivie. Sur les confins du Ferlo, à distance égale du Toro, du Rip te de la Gambie. Le Marabout pouvait rapidement se porter sur les lieux où il aurait appeler tout mouvement politique où religieux de même en cas d’alerte la fuite lui était possible à travers les plaines et les forets du Ferlo, soit vers la Haute Gambie et le Fouta  Djallon soit vers le Rip et Saint Marie de Bathurest où il aurait retrouver ennemi Saer Maty avec lequel il entretenait d’ailleurs des relations suivies. C’est lui si mes informations sont exactes qui servit d’intermédiaire entre le marabout du Rip et Tanot Cogna quand celui-ci devint par une étrange fortune, Teigne du Baol. Aussi, pendant les huit ans qu’Ahmadou Bamba passa à Touba l’appui de Tanor ne lui fit t-il pas défaut. Grace à ces circonstances, son influence grandit singulièrement et son village devint le rendez vous d’un nombre considérables de disciples, de pèlerins qui tous  ne manquaient  pas d’apporter au marabout vénéré d’importants cadeaux.

‘’A cet époque, il fut déjà l’objet de plainte de la part du Bour Ndiambour dont la province était troublé par ses Talibés.’’

‘’ toute personne ayant l’expérience du pays et des agissements des prêcheurs de la guerre sainte, acquérra la conviction profonde qu’Ahmadou Bamba sans paraître lui-même avec une habileté très certaine préparait quelque coup de main pour un temps qui n’est pas éloigné pour la saison sèche sans doute.

D’ailleurs depuis qu’Ahmadou Bamba nous est connu, il n’a pas en d’autres façon de procéder que les Maba , les Ahmadou Cheikhou, les Mamadou Lamine et les Samba Diama.’’

‘’ l’exposé de la situation que fait dans son rapport M. l’Administrateur principal Leclerc, les inquiétudes te les plaintes  des chefs avoisinants la région habitée par Cheikh Ahmadou Bamba, les agissements de ses talibés, le passé même du Marabout montrent clairement                                        que nous avons affaire en lui à un homme fort intelligent, très avisait, habile à ne pas se compromettre et dont l’esprit d’hostilité, les projets de conquête, les rêves d’ambition sont certains et poursuivis avec une obstination qui, si elle dénote un esprit de beaucoup supérieur à ceux de ses congénères, n’en est que plus dangereuse à  notre influence.

Aussi est-il de toute nécessité, Monsieur le gouverneur pour ramener le calme dans le Ndiambour, le Djoloff et l’est du baol, pour ne pas mériter la même reproche de ‘’Tolérance excessive ‘’que prononça Faidherbe au sujet de notre attitude à l’égard de Mamadou Lamine en 1886, d’enlever Ahmadou Bamba non seulement à la région où son action se faisait le plus immédiatement sentir, mais au Sénégal même et de l’interner au moins pour quelques années dans un pays éloigné tel que le Gabon.

Le Cheikh Ahmadou Bamba qui n’avait pas assisté au débat, fut introduit dans la salle du conseil.

Il tenait son tapis de prière et un de ses disciples s’avança pour asperger la terre avec de l’eau qu’il avait dans une bouilloire.

Le Cheikh déroula son tapis et fit prière de ‘’deux Rakaas ‘’. L’assemblée regardait cet homme habillé de blanc, d’une taille de 1m55, qui semblait à  mille lieux de leur préoccupation.

Quand, le gouverneur signifia l’acte d’accusation, le Cheikh se contenta de demander la comparution des témoins à  charge.

Les membres du conseil se divisèrent en trois groupes, les uns avaient pris fait et cause pour le directeur des affaires politiques, les autres ne croyaient pas un mot du rapport et dénonçaient un tel acharnement sur cet homme qui semblait appartenir à un autre univers.

Les troisièmes avouaient ne rien comprendre dans cette affaire.

On le fit sortir le Cheikh pour délibérer,

‘’Le gouverneur sur l’avis unanime du conseil, adopte les conclusions du rapport de monsieur le directeur des affaires politiques. ‘’

Et déclara la levée de la séance à 11heures 30minutes.

D’après le procès- verbal (Archives du Sénégal 3E/55)

Dans un courrier du 16 septembre 1895, le gouverneur du Sénégal, annonce au ministre des colonies la décision du conseil privé.

 ‘’Le marabout Ahmadou Bamba sera dirigé sur Libreville par le Paquebot passant à Dakar le 21 septembre. Une pension de cinquante francs (50frs) lui sera servie pendant la durée de son internement. ‘’

Le 18 septembre, une lettre du gouverneur du Sénégal au commissaire général du gouvernement au Congo Français- Libreville-, révèle les intentions de l’autorité coloniale qui veillaient au grain sur l’ordre dans les colonies.

‘’ monsieur le commissaire et cher collègue :j’ai l’honneur de vous faire connaître qu’une décision du 05 septembre 1895 , prise en conseil privé a prononcé l’internement au Congo français du marabout Ahmadou Bamba dont les agissements et ceux de ses talibés menaçaient de troubler la, tranquillité du Bas- Sénégal. Cet indigène doit être interné dans les mêmes conditions que ceux de ses compatriotes qui l’ont précédés au Congo français. Vous voudrez bien lui faire assurer une allocation mensuelle de cinquante francs pour subvenir à se besoins.                                                         Signé L. Mouttet.

LE DEPART EN EXIL DU CHEIKH AHMADOU BAMBA

Le Cheikh fut transféré à Dakar, d’où il devait embarquer pour le Gabon. La première nuit qu’il passa à Dakar le rendit furieux à tel point qu’il songea à déclarer le Jihad contre les colons au risque de déclancher le pire avec son lot de morts et de réfugier qui risquer de dépeupler le pays où de christianiser la population que les colons avaient déjà subjugués.

Les conditions de détention du cheikh révoltèrent la communauté Lebou du

cap-vert qui parle grand Djaraf ibra bint Meriem Gueye somma le gouverneur de lui remettre le Cheikh Ahmadou Bamba qu’il se charge d’héberger conformément aux droits et égards dû à un homme de sa troupe et que la communauté lebou dans son ensemble refuse de voir le Cheikh traité de la sorte sur son sol, ce qui risque d’avoir de fâcheuses conséquences. Le gouverneur alerta le haut commissaire de l’AOF qui demanda de prendre l’engagement du grand Djaraf que le Cheikh Ahmadou Bamba ne profitera pas de son hostilité pour s’échapper. Le grand Djaraf se porta garant de son hôte qu’il invita chez lui avec tous les honneurs dû à son rang et s’excusa de ne pas avoir été prévenu plutôt du traitement barbare et indigne dont les français ont été coupables.

Le Cheikh était enfermé dans une cellule d’un mètre sur un mètre, tapissé de tessons de bouteilles et de lames d’acier, sentant l’urine et les selles. Il ne cessait de lire la sourate ‘’El Baqara ‘’ et ‘’A’l Omrane ‘’ pour se concentrer en lui-même et échapper mentalement et psychiquement de sa cellule. Il eut deux visions qui le confirmèrent : d’abord sa mère Mame Diarra Bousso qui luit dit e ne pas perdre son sang- froid et sa maîtrise pour qu’il puisse remplir sa mission, et ensuite le prophète qui lui annonça que désormais, un voile protecteur sera déployé entre lui et ses ennemis qui ne pourront plus lui nuire. Mais qu’il faut supporter les épreuves avec patience et qu’il devra s’attendre à tous de la part des colons qui essayeront tous les moyens de le liquider. Il l’assura de sa présence permanente et le bénit dans sa mission.

Cheikh Ibra Fall, le fidèle lieutenant se trouvait à Dakar lors de ces faits et s’arrangea pour rencontrer le  Cheikh Ahmadou Bamba.

Il essaya de persuader son Cheikh de ne pas se présenter à l’embarquement et qu’il se chargera de négocier avec les français. Il était prêt à lever une armée qui ne recule devant rien. Le Cheikh réconforta son talibé et lui promit qu’il reviendra sain et sauf auréolé de gloire pour le bonheur du prophète (P.S.L) et celui des musulmans.

Le Cheikh embarqua le 21 septembre 1895 (un Rabi Thani 1313H). Cheikh Ibra Fall était là,  tout triste à tel point que Cheikh Ahmadou Bamba en avait le cœur peiné. Il dira dans un poème :

« Le miséricordieux m’a appris dans le navire que je suis devenu le serviteur du maître de Médine

Le navire chargé de marchandises leva l’ancre dans l’après-midi

Et voici que le mouride est venu jusqu’au navire pour dissuader son Cheikh de partir pour l’exil

Ah ! Quel véritable chevalier à la foi immaculée

Je lui fis mes adieux et je pris la direction avec un cœur meurtri

Dans son carnet de voyage qu’il a intitulé « Jaza’u Chakour », « les récompenses du maître de la reconnaissance »

Il dit :

Quand, je me rappelle l’horrible nuit de Dakar, et ce gouverneur indélicat

Mon âme se sent irrésistiblement attirée par le combat

Le prophète bien-aimé m’en dissuada

Louanges et prières sur celui qui m’a favorisé de son intimité

Il me fit obtenir tous ce que les saints pouvaient espérer dans leurs quêtes.

Mes panygéries dédiés au prophète élu m’ont faits obtenir ce qui n’a jamais été

En surcroît, je fus gratifié du pouvoir créateur du « Kun »

Celui qui ne me considère pas comme le serviteur du prophète élu

Est illusionné par Satan le maudit et devra se repentir auprès du seigneur béni

Je proclame tout haut ces vers et ils sont mon meilleur témoin

Celui qui lit ces vers a un privilège sur ceux qui se contentent des récits

Je suis au-delà de toute contingence par Allah mon seigneur

Et au-delà de toute cause par Mohammed mon aimé

Sur lui les meilleures prières et les plus pures salutations.

CHEIKH IBRA FALL

  Dans les rapports français classés aux archives du Sénégal, le Cheikh Ibra fall paraissait un homme remarquablement intelligent qui parle et écrit l’arabe. Treize fois propriétaires notamment à Saint Louis, Louga, N’Géoul, N’Dande, Thies, Diourbel. Ses cultures lui rapportent au bas mot cinquante mille francs (50 000 F) par an et ses revenus ne cessent de croître. Premier lieutenant de Cheikh Ahmadou Bamba, il jouit d’une grande renommée  et a des relations très étendues dans la colonie.

Marié avec les femmes les plus notables du Cayor, du Baol et du Sine Saloum, descendantes directes  des anciennes familles royales « Guedj » et « dorobés »,

Il réunira toute la noblesse du pays sous la bannière du mouridisme.

D’après les rapports : « Son attitude est irréprochable, mais il y’a lieu de se méfier de lui, comme de tous les mourides, lesquels sont prêts à obéir aveuglement aux ordres quels qu’ils soient du cheikh Ahmadou Bamba. Ibra Fall s’est employé très activement à obtenir la grâce du Cheikh Ahmadou Bamba lorsqu’ il était déporté au Gabon. C’est un fin diplomate qui s’est fait assister par un cabinet d’avocats et des relations avec le député François Carpot qui n’a pas cessé de demander la levée da la décision du conseil privé du 5 septembre 1895, concernant l’internement d’Ahmadou Bamba.

Dans son livre biographique, le Cheikh Mohamed Bechir Mbacké relate la rencontre du Cheikh Ibra Fall avec le Cheikh Ahmadou Bamba, d’après les propos même d’Ibra Fall : « Je dis au Cheikh Ahmadou Bamba que rien ne m’a fait sortir de chez moi en dehors de la recherche d’un Cheikh authentique qui guide l’aspirant à Allah.

Je ne cherche que la lumière spirituelle qui dissipe les ténèbres de l’ignorance et je parcours le pays depuis des années à la recherche d’un tel maître. Si je ne trouve pas ce que je cherche dans ma quête, je me contenterais de me recueillir devant la tombe d’un maître pareil afin de puiser mon énergie spirituelle dans sa baraka en comptant sur la sincérité de ma démarche pour obtenir l’ouverture spirituelle me permettant de comminiquer avec DIEU.                                                

Cheikh Ahmadou Bamba répondit : Ô Ibrahima, pour ma part, si je n’avais trouver les traces du Prophète (PSL) que le spectacle de ce firmament et ce ciel que tu vois que lui aussi contemplait sur lui la prière et le salut, je n’aurai jamais douté que ma sincérité et mon amour pour lui m’assurerait la réalisation de mes vœux.

Sache, Ô Ibrahim que celui qu’Allah assiste et à qui il accorde la foi véritable et l’amour du prophète élu a été déjà décrété bien heureux depuis l’éternité. Je ne peux accepter ton allégeance (Diebeulou) que pour élever ton âme vers le seigneur par ta conformité aux ordres et ton abstention des interdits.

Et n’espère de moi que cela et ne songe pas à la tranquillité et au conformisme en me suivant. Il y’a un travail immense et je ne te promets ni cases, ni épouses.

Ibra Fall dit : je fais mon allégeance (Diebeulou) en me consacrant à ton œuvre en vue de la satisfaction d’Allah et je n’espère rien en dehors, il n’y a que l’au-delà qui m’intéresse.

Le Cheikh Mohamed Bachir Mbacké précisa que au bout de quelques années, Cheikh Ibra Fall réunit sous ses ordres des dizaines de milliers de talibés. Des milliers de ceddos du Cayor, du baol, du sine et des familles entières embrassaient l’islam par sont action et ses méthodes particulières qui avaient réussi, là ou les guerres et le djihad avaient échoué.

Le Cheikh Abdourahmane Lô disait que le cas du Cheikh Ibra Fall avait étonné tout le monde.

Il servait le Cheikh Ahmadou Bamba comme personne ne pouvait le faire et il était constamment disponible pour  servir l’islam et les musulmans. Les familles princières, les filles de l’ancienne aristocratie et les talibés les plus humbles, tous oeuvraient sans relâche sous sa direction. Il ne les exhortait qu’a la purification de l’âme et à se débarrasser de l’ego ennemi fatal de tout aspirant à la satisfaction de DIEU.

  Conackry:

Le navire s’arreta aà conackry ou in homme monta à bord et en voyant le cheikh reciter le Coran se dirigea vers lui pour lui demander de lui montrer ce qu’il lisait. Le Cheikh lui montra la page qu’il recitait et l’homme commença à lire:

“Annonce aux hypocrites qu’ils auront un chatiment terrible. Ils prennent les mecreants comme tuteurs au detriment des croyants .Ils cherchent du prestige aupres des mecreants alors que la gloire veritable est aupres d’Allah. Dans ce livre, on vous a revele que si vous constatez que certains les paroles divines  ou les rejettent ;ne restez pas avec eux car vous etes alors pareils à eux . Allah reunira entre les hypocrites et les mecreants dans l’enfer. Ce sont eux qui surveillent les croyants et quand ils constatent les bienfaits d’Allah sur ses fideles ,ils pretendent faire partie d’eux et quand ils constatent les epreuves ,ils dissent aux mecreants nous sommes avec vous . Allah jugera entre tous le jour du jugement et Allah ne permettra jamais que les mecreants aient le dessus sur les croyants.”

Quand il finit  le Cheikh eut la conviction que ces versets concernaient son interlocuteur et que les dernieres paroles “Allah ne permettra jamais aux mecreants d’avoir le dessus  sur les croyants “ le concernait personnellement.

L’homme etait un renegat qui s’est fait chretien pour jouir des privileges de l’administration coloniale ;et en lisant ces vers comprit qu’Allah à devoilé son cas au Cheikh .

Il eut honte et s’eclipsa.  Un brave musulman qui assista à la scene connaissait le renegat , il s’approcha du Cheikh et offrit des cadeaux precieux avant de demander des conseils et des recommendations. Le Cheikh lui dit : Toutes les connaissances benefiques sont synthetises dans (La Ilaha Illa Allah ,Mohammad Rassoul Allah).

Il expliqua en vers:

Tous ceux qui esperent obtenir quoi que ce soit d’un autre que le seigneur

N’obtiendront que des futilites et se dirigent vers l’enfer en verite

Ceux qui veulent satisfaire Allah par des voies autres que celle pronée par le prophete

Notre maitre Mohammad sur lui la paix et le Salut

Ainsi que les regrets et les lamentations

Et entreront en enfer sans contestation

Le Cheikh dit qu’il lui revela certains secrets de La Illa Allah , et pria pour lui à tel point que le brave croyant plongea dans un etat ineffable.

      A Cotonou, un chrétien métis était venu importuner le Cheikh, mais il fut vite réduit au silence par les sirènes du départ. Il y eut un arrêt à Grand Bassam en Côte d’Ivoire puis le navire arriva à Libreville.

    Le Cheikh Ahmadou Bamba passa quelques mois entre les camps militaires de Loudima et de Sette Cama où il subit des épreuves terribles, depuis les tentatives d’assassinat jusqu’à l’empoisonnement.

      Il y eut tellement de miracles te de prodiges concernant l’épisode gabonais du Cheikh que le minimum risquerait de soulever des interrogations inaccessibles à la raison profane[4].

     On mentionnera quelques faits authentiques pour l’histoire et nous soulignons le fait que beaucoup de documents officiels concernant le Cheikh Ahmadou Bamba sont toujours classés «  Top Secret ».

Les épreuves de l’exil                                                                         

      Le Cheikh Ahmadou Bamba expliqua qu’il avait obtenu toutes les stations de ses illustres prédécesseurs et tous les privilèges obtenus auparavant par les  Awliyas avant son départ pour l’exil. Il ne lui restait pas plus qu’à réaliser :

-  La perfection de l’Islam qui est le « Yaqin » (Evidence).

-  La perfection de l’Islam qui est « Mushahada » (contemplation).

-  La perfection de l’Ihsan qui est « Wosul » (Jonction Suprême).

    Il expliqua que cela n’est possible que dans les épreuves des prophètes et non dans les exercices spirituels des Awliyas .

    En effet, l’exil gabonais fut une série d’épreuves ou les colons avaient essayé tous les moyens pour liquider le Cheikh physiquement à défaut de l’abattre moralement et psychiquement

      On jeta le Cheik dans un puits sec,pour l’enterrer vivant,et on ferma l’ouverture pendant plusieurs jours .Mais  quand on ouvrit pour vérifier, le cheik était vivant et il priait  constamment. On amena du bois sec en quantité et un brasier fut allumé. Quand le feu s’éteint après une journée ou deux , le Cheik était toujours là et continuait à prier sans interruption .Quand le commandant militaire décida de le faire sortir du trou, il constata que le Cheik grelottait de froid.

Un jour,les militaires amenèrent une meute de chiens pour fouiller la case du Cheik qui passait son temps à prier, méditer et écrire . Quand,les chiens entrèrent dans la case, ils marchèrent sur les documents qui traînaient et contre toute attente, ils prirent feu et s’enfuirent en hurlant, traînant les gardiens qui les tenaient en laisse.

Une autre fois, le Cheik fut surpris à Libreville sur une colline ou il aimait méditer .Un peloton le mit en joue  pour l’exécuter  , mais un nuage énorme s’amoncela et des cavaliers enturbannés se manifestèrent dans le ciel sabres en  main pour fondre sur les militaires qui s’enfuirent effrayés.

         Le commandant vint voir le cheikh pour s’excuser et s’informa sur les cavaliers, s ‘ils étaient des humains ou des jinns .

         Le cheikh lui répondit que c’étaient des anges.

 

Moulay Bousso relata certains prodiges de l’exil dans un poème épique de haute facture :

Il s’est exilé solitaire dans l’Océan

Pour adorer son Seigneur qui l’a élu par les grâces et les bienfaits

Avec les compagnons de Badr il s’est retrouvé

Loin des créatures il vivait dans un état d’obéissance parfaite aux prescriptions

Il a combattu ses ennemis avec une patience infinie

Ni les oppresseurs , ni les détracteurs n’ont pu le détourner de sa mission

Il s’était embarqué dans le navire isolé et expatrié

Il mentionna les escales dans ces écrits

Conakcry, Dahomey, grand Bassam, Bafoulé,

Guelwa ,Mayunba et Libreville

Toujours en méditation , il se détachait jamais de son Seigneur

En récitant le Coran ,les anges l’assurait de leur présence

Ses prodiges ont été constatés par des foules innombrables

Sur terre comme sur la mer et les témoignages ont été consignés

Des prodiges dont je mentionnerais certains volontiers

Mais j’occulterais  d’autres qui ne seront jamais divulgués

Ils l’ont isolé avec un lion affamé

Qui fut miraculeusement domestiqué

Et s’est même retourné contre ses gardiens

Ils l’ont jeté dans un puits sec et l’ont enseveli

Mais il y demeura à l’aise pour ses méditations

Une meute de chiens fut lancé contre sa chambre

Pour fouiller dans ses écrits

Mais au contact des feuilles ,les chiens se sont enflammés

Un événement incroyable fut confirmé par ses ennemis

Qui voulaient le fusiller dans un peloton d’exécution

Des cavaliers surgis des nuages les ont fait fuir dans toutes les directions

Le Cheikh Ahmadou Bamba  était trop réticent à parler de ses karamats sauf devant un auditoire qualifié apte à saisir les subtilités de l’enseignement à tirer.

     Toutefois il a consigné dans ses écrits en poésie et en prose beaucoup d’événements extraordinaires qui confirment certains récits oraux de communauté mouride.

     Il relata à propos de son exil: quand j’ai observé l’état de mes ennemis , les ennemis d’Allah , j’ai constaté qu’ils ont pu me nuire par la volonté divine et le décret éternel. J’ai pris acte tout en ayant la certitude que sans la protection d’Allah et son assistance , il me serait impossible de résister . Je me suis alors adressé au seigneur unique pour lui adresser mes doléances : « Ô seigneur tu nous à crée pour t’adorer et tu as dit dans le coran : «  je n’ai crée les jinns et les humains que pour qu’ils m’adorent » , et aussi « Ô êtres humains adorez votre seigneur » .

  Ceux qui ont été entouré de ta sollicitude et de ta mansuétude ont été prompt à obéir et à se soumettre. Mais ceux qui ont été prédestinés aux malheurs ont été rebelles à tes ordres.

   Seigneur tu m’as aidé à être parmi les bienheureux qui ont répondu à ton appel en suivant l’Imam des prophètes notre maître Mohammad . Tu m’ a honoré en me consacrant son serviteur et son héritier .

   Mais voici que tes ennemis et les ennemis du prophète (psl) s’interposent entre moi et ton adoration et le service du prophète bien aimé. Ils utilisent tous les moyens pour me détruire.

   Seigneur tu nous à fait parvenir par la langue de ton prophète (psl) que chacun à une demeure au paradis et une demeure en enfer . Quand le croyant entre au paradis dans sa demeure , on lui montre sa demeure de  enfer et on lui dit , elle est maintenant la propriété d’un mécréant. Quand le mécréant entre en enfer ,on lui montre sa demeure au paradis et on lui dit , elle est maintenant la propriété d’un croyant .S’il en est ainsi Seigneur , et je subis toute sorte d’injustice de la part de mes ennemis qui font de moi ce qu’ils veulent , sans que je ne cherche à me venger ni à les maudire . Seulement  je te demande de m’accorder leur demeures du paradis puisqu’ils n’en auront pas besoin.

  Après les avoir conquis sur mes ennemis , je reçus la notification de l’acte de propriété. J’ai alors décidé  de les donner en cadeau au compagnons de Badr qui assurait ma protection . J’ai composé ces vers pour la circonstance:

 «  J’ai donné aux compagnons de l’élu les demeures du paradis ,

    Après les avoir conquis sur mes ennemis qui n’en n’auront nul besoin

    Puisque le paradis leur est occulté .

    Mon seigneur m’a accordé ces demeures pendant mon exil .

    Il purifia mon existence et exauça toutes mes requêtes .

   J’en fait don aux compagnons afin d’avoir d’avantage d’agrément

   Auprès de notre prophète bien aimé  qui me protège constamment.»

 Et il dit dans une autre qasida :

«  Leurs récompenses s’ils avaient adoré le seigneur m’ont été données

   Ce que je détiens n’a pas de fin , par la grâce de mon seigneur

   Qui m’a gratifié de tous les dons . » .

      Le Cheikh expliqua qu’il avait obtenu des faveurs et des privilèges que nul ne peut comprendre réellement. Il dit :« J’ai obtenu des dons divins au-delà de tout entendement par la grâce du prophète élu qui m’a constamment assisté. J’ai composé des poésies inimitables qui m’ont valu l’inexprimable. »

      Dans mes écrits de l’exil, il y a des miracles linguistiques et prosodiques qui défient tout linguiste compétent et ridiculisent tout détracteur inconscient. Je les ai composés avec des techniques prosodiques inimitables qui défient l’entendement.

      Mes panégyries surpassent tout écrit , et la syntaxe arabe, la rime et la poésie sont devenus mes sujets. Celui qui veut rivaliser avec moi, sera ridicule devant les vérificateurs et les témoins.

     En vérité, les plus grands savants de la loi et les plus grands maîtres de la voie sont devenus mes élèves . Je le dis pour aider les humains et non point pour me glorifier ou diminuer la valeur des illustres maîtres .

     Je ne dis que la vérité, ALLAH m’est Témoin. C’est lui qui a voulu faire de moi ce que je suis.  Mes écrits sont le meilleur témoin de ce que je dis et attestent sans équivoque ma suprématie. Si je ne dis pas la vérité, ALLAH me punira instantanément.

         « La preuve incombe au plaignant et le serment à l’accusé ».

            Al Bayyina ala ‘l Mudda’u wal Yaminu ala man Ankara

     Dans un de ses poèmes il dit :

ALLAH m’a honoré par le Tawhid et je ne me séparerais jamais de son agrément.

Il m’a donné l’intelligence et  m’a appris la jurisprudence.

Par le Tasawuf, il m’a appris à parfaire les adorations

Il m’a fortifié et je n’ai jamais eu peur des ennemis.

Le livre sacré fut intégré en mon être

Et ma réalité a été modelée par les hadiths de l’élu.

Le commentaire, l’interprétation ainsi que l’herméneutique du Coran

Sont devenus mes armes et mes munitions.

La grammaire, la poésie, la prosodie ont élus domicile dans ma pensée.

La linguistique, la rhétorique et la logique m’ont été accordées par le prophète élu.

Ma langue ne prononce que ce que le Seigneur lui dicte

Et je ne fais qu’exécuter sa volonté.

La sagesse et la connaissance sont devenues ma propriété,

Les clés de la compréhension sont avec moi.

Pendant mon exil, Allah m’a fait réaliser son unicité

Il n’y a que lui et le prophète élu qui connaissent effectivement ma réalité.

 

Aperçu des dons et privilèges de Khadim Rassoul

 Khadim Rasoul en partant pour L’Exil dit :

« Allamani a’ Rahmanu fi ‘ safina  Ani  khadimu dhi’l Madina »

                                  « Le Miséricordieux m’a appris dans le navire

            Que je suis le serviteur du maître de Médine ».

       Pendant cet Exil, le Cheikh a obtenu des dons et des privilèges hors norme dont il mentionnera quelques uns dans ses écrits. Il dit dans Jaza’u chakur el Atuf :

« Je suis resté cinq ans dans l’Ile de Mayumba, exilé loin de ma patrie et des miens.

       Je menais un combat contre mon âme et contre les ennemis de l’Islam. Pendant ces années, je m’adressais à Allah par des psaumes qu’il n’était pas permis de divulguer car il s’agit des secrets de la seigneurie et de la prophétie.

        Dans l’Ile, j’ai aussi composé deux écrits panégyriques pour le prophète (PSL) :

L’une est une prose qui s’intitule Muqadamat en Nathr fi’l Salat Ala man Jada li Bil Kuthr , l’autre est une poésie qui s’intitule Muqadamat en Nadhm fil Salat Ala Man Amarani Bil khadm dont chacune surpasse Dala’il el Khayrat[5].

       Je demeurais dans l’intimité d’Allah, de Muharram jusqu’à la fin de Dhu el Hijja, et mes psaumes (Munajat) sont le plus tranchant argument contre d’éventuels détracteurs car ils proviennent du flux de celui qui dit à la chose : « Sois » et elle « Est » (Kun Fa Yakun). Dans cette Ile, mon seigneur me purifia de toute imperfection et fit de moi le Serviteur du prophète (PSL) après m’avoir fait son esclave fidèle.

       Pour rendre hommage au Seigneur, je clame ses vers :

                                   « Celui qui doute que l’élu est mon (Wasila)[6]

Pour le seigneur qui m’a immaculé.

Je l’annonce que le prophète Mohammad (sur lui la paix et le salut)

A glorifié mon service et m’a honoré.

             Par lui, je suis devenu l’esclave d’Allah  et le serviteur du meilleur des êtres.

Celui qui doute de mon statut ignore les réalités cachées de mon exil béni.

Mes actes  et mes pensées sont le reflet des versets coraniques

Et des hadiths de l’élu (sur lui les grâces du seigneur)

Qui en a fait  mon (Wasila) pour lui ».

         Pendant les cinq années que j’ai passé à Mayumba, je suis devenu un soleil spirituel et j’ai obtenu des dons divins par la grâce du prophète (PSL) qui a dit :

« Les œuvres ne valent que par l’intention » (innama al a’malu bi’ niyat).

       J’ai composé un livre unique incomparable dans sa puissance spirituelle et dans les bénédictions qui lui sont rattachées. Dans cet écrit, il y a des prodiges extraordinaires qui feront taire tout détracteur. J’ai utilisé des méthodes prosodiques inconnues qui m’ont valu l’agrément et les remerciements du Seigneur et j’ai composé des odes et des panégyries incomparables sur le prophète (PSL) qui m’ont valu des récompenses inaccessibles à qui que ce soit et qui seront enviées par tout connaissant.

       J’ai utilisé des subtilités linguistiques qui ne peuvent être saisies que par  ceux qui ont été sevrés par des mères arabes[7].

      Ceci n’est qu’une partie des dons qu’Allah accorde à ceux qui se consacrent au service du prophète (PSL). Pendant cette période, mon cœur était constamment avec Allah et son prophète Bien -aimé alors que mon corps était prisonnier des ennemis.

         En hommage à cet écrit j’ai  composé ces vers :

                    « Les louanges du prophète élu m’ont permis d’obtenir tout le bien

Et m’ont préservé de tout mal et des ruses de l’ennemi.

Par ces louanges, j’ai obtenu l’excellence auprès du Seigneur qui l’a élu.

Celui qui doute de ma suprématie n’a qu’à rivaliser avec moi

Et celui qui a une telle prétention n’a qu’à partir pour l’exil comme je l’ai fait.

Ceux qui s’opposent à moi souffriront ici-bas et dans l’au-delà.

Le prophète d’Allah qui est supérieur aux humains, Aux anges et aux Djinn

Et à qui que ce soit a immortalisé mes acquis,

Par sa grâce, Allah m’a accordé des bienfaits éternels et un statut exceptionnel »

Le prophète (Psl) s’est glorifié de son serviteur devant tous les prophètes : 

« L’envoyé d’Allah s’est  glorifié

Devant tous les prophètes réunis

Sur eux l’éternel salut de mon Seigneur béni

De mon Exil qui a duré

Une décennie de services exclusivement dédiés

Au maître de l’existence et de l’éternité »

«   Ba’ha  Rasoul Allahi  Kulla ‘l Anbiya

Alayhim Abqa Salamay Rabbiya

Bighurbati  Ashra Sin’ina  Bi Khidami

Khalisatan Lidhi ‘l Wojudi Wa ‘l  Qidami »

 L’AFFAIRE AHMADOU BAMBA DEVANT L’ASSEMBLEE   NATIONALE

Depuis 1899, la gauche française s’était unie contre son ennemi traditionnel l’église, et une alliance électorale avait formé le ‘’Bloc de gauche‘’ dont le programme était radical et anti-clérical. Clemenceau soutenu par le ‘’Bloc des gauche ‘’ revient sur la scène politique après avoir été écarté du pouvoir à la suite du scandale de Panama. Son anti-colonialisme mobilisa une large partie de l’opinion publique.

Radicaux, et républicains et socialistes désormais unis dans le ‘’bloc des gauches ‘’pesaient lourdement sur les instances parlementaires. La liberté de la presse facilita l’accès aux informations officielles. L’instruction publique avait permis à des électeurs plus éduqués de suivre les débats politiques.

En 1902 le gouvernement d’Emile Combes, intensifie la lutte anti-cléricale et le débat colonial anime la vie parlementaire. Les radicaux dénoncent les abus et injustices des autorités coloniales.

Le Sénégal participait aux débats de l’assemblée nationale française depuis 1871, par des députés de souche française, jusqu’en 1902, où un métis Saint-louisien M. François Carpot

fut élu député grâce à l’appui de Cheikh Ibra Fall, qui demanda en échange le levée de la mesure de déportation au Gabon décidée par le conseil privé du 05 Septembre 1895. M. Français Carpot, conseilla son grand électeur de constituer un dossier par un cabinet d’avocat qu’il désigna et soumit l’affaire à l’assemblée nationale à Paris.

‘’Le boc des gauches ‘’ farouchement anti-colonialiste n’hésita pas à se saisir de l’affaire pour accabler le gouvernement colonial.

Le député Carpot obtint gain de cause et la décision du conseil privé fut invalidée. La mesure de déportation devenait caduque.

Pour parer à d’éventuels dédommagements, le gouvernement se proposa de prendre en charge tous les frais de retour du Cheikh. Des consignes claires, devaient parvenir au gouvernement de l’AOF, concernant le retour du Cheikh. Les autorités n’auront pas à intervenir devant les manifestations de joie des populations. Les transports publics devront faciliter le déplacement des personnes. Le Cheikh Ahmadou Bamba devra être reçu avec tous les honneurs dus à son rang prestigieux parmi son peuple. Il sera libre de s’installer où il veut.

Les frais de son retour seront entièrement à la charge du gouvernement.

 

  LE RETOUR TRIOMPHAL DU CHEIKH AHMADOU

 

Le navire ‘’la ville de Maceo ‘’ arriva au port de Dakar le 11 novembre 1902. Des milliers de talibés mourides, s’étaient déplacés pour vivre cet instant mémorable. Le Cheikh Ahmadou Bamba rentrait non en tant qu’exilé mais en tant que conquérant. Tous les exilés même les plus célèbres furent oubliés par les leurs, et presque tous moururent dans l’exil, alors que cette fois,  les autorités coloniales assistaient impuissantes aux débordements de joie des mourides et se gardaient bien d’intervenir afin de ne pas violer les consignes de la métropole.

Certains fonctionnaires étaient  outragés, tel l’administrateur Allys, qui dans une correspondance gardée dans les archives nationales, écrira à son ami Merlin :

«M. François Carpot avait promis aux électeurs le retour d’Ahmadou Bamba. Il a réussi,

J’appelle cela un crime, car il ne pouvait ignorer ce qui allait arriver. »

 

TEMOIGNAGE DES CHEIKH SUR AHMADOU BAMBA

 

Cheikh Abu Mohammed El Kunti était le représentant de la branche Kunti Qadiriyya et vivait à Ndiassane. Un, jour il demanda à un de ses  hôtes s’il avait des nouvelles du Cheikh Ahmadou Bamba. M‘Bafar N’Diaye qui était l’ôte en question lui répondit que le Cheikh Ahmadou Bamba était toujours au Gabon et que les français essayaient tous les moyens pour le tuer. Les chances de suivie sont minimes et les mourides sont très inquiets pour leur Cheikh.

Le Cheikh Abu Mohammed dit à son hôte que le Cheikh Ahmadou Bamba était parti en exil, volontairement pour des raisons d’ordre ésotérique. Les français avaient servi de prétexte, car Dieu a voulu que les événements de ce monde soient régis par les lois de la causalité. En vérité, Allah avait montré à tous les saints, une station unique et exceptionnelle que ne peut obtenir qu’un seul élu, mais après des épreuves terribles et épouvantables. Seul, le Cheikh Ahmadou Bamba s’était porté candidat. Son exil fait partie des épreuves. Il reviendra sain et sauf auréolé d’une gloire sans pareille. Allah mettra dans les cœurs de tous les habitants des cieux et de la terre l’amour de ce Cheikh et spécialement au Sénégal. La Baraka sera toujours en lui avec ceux qui le suivent.

Personne ne peut rivaliser avec lui en cela, à moins que ce ne soit un ignorant où un inconscient, car le prophète (P.SL) l’a choisi et élu.

Ne vois-tu pas que mes talibés ne sont pas d’ici, je l’ai choisis au delà des frontières du Sénégal, car cette terre est à lui et ceux qui cherchent des talibés ici, doivent évaluer le degré de responsabilité envers Dieu et son prophète (P.SL), ici et demain.

Mes talibés sont en majorité des Soccés et des Bambaras et je les éduque dans la manière la plus conforme à leur aptitude sans pour autant leur cacher la vérité sur le Cheikh Ahmadou Bamba qui est le sauveur de ce qui reste à sauver des humains.

J’exerce ma fonction en puisant dans sa Baraka.

Quand à Nguigue Fall qui était le patriarche des savants du Sénégal, il fut le maître d’école de Diakha Cissé, d’El hadj Madior Cissé, d’El hadj Malick Sy et du Cheikh Mbacké Bousso, il avait dit au sujet du Cheikh Ahmadou Bamba : il m’a expliqué tout ce qui m’était incompréhensible.

Je ne lui ai pas posé une question sans obtenir une réponse parfaite.

Quand à sa sainteté, je ne peux rien dire car, c’est un ordre de réalité qui me dépasse. Je n’en ai pas l’expérience directe, car la sainteté est affaire de réalisation et je ne prétends pas l’avoir atteinte. Parler de la sainteté, quand on  n’est pas saint n’a pas de valeur et induit le commun en erreur. Seulement, je peux affirmer que la science du Cheikh Ahmadou Bamba, ses connaissances, sa conformité avec les recommandations de l’islam, sa piété, force spirituelle, ses œuvres, son amour du prophète (P.S.L), son attitude irréprochable. Sa compréhension et sa fidélité au coran suffisent pour en faire l’Imam de son temps et le prince de la communauté musulmane.

Le Cheikh Abdallah Ibn Salem al Alawi dit :

Par ses actes prodigieux il a defié les lois de la nature

Bien qu’il n’est pas prodigue sur ce sujet spirituel

Contrairement a ce qui est de l’ordre materiel

Puisqu’il ne cesse de dispenser les biens aux pauvres et aux necessiteux

Dans son exil béni , des faits miraculeux ont été enregistres

Et meme le plus sceptique des observateus ne peut que s’emerveiller

Il a été jeté a des fourmis geantes qui devorent tout corps sans rien en laisser

Mais ils n’avaient aucun pouvoir sur lui

Un Taureau lance cotre lui prit son envol pour disparaitre

Derriere les oiseaux effrayes

Jeté dans un brasier ardent il n’a eu a suffrir d’ aucun mal

Car il jouit de la protection du Seigneur d’Abraham            

La mer agitée a été dompté our lui par le Dieu qui a assisté Jonas

Dans le ventre de la baleine au fond de l’ocean

En verité , nous ne pouvons connaitre de ce Cheikh miraculeux

que ce que l’oiseau peut prendre dans son bec en buvant dans la riviere

toi qui produit les merveilles de l’eloquence dans les louanges du Cheikh

Et qui use son intelligence dans la comprehension de ses secrets

Sache que plus doues et plus competents ont essayés sans success

Et que les poetes et les rheteurs ont epuises tout les recours

Sans qu’ils n’aient atteint le dixieme ,ni meme le centieme

Et peut etre meme pas le millieme de sa realite

          

 

 

EL HAJ MALICK  SY ET LE CHEIKH ABDALLAH NIASSE

 

Ils étaient les deux plus illustres Cheikh de la tarîqa Tijaniyya au Sénégal.

Ils furent les contemporains du Cheikh Ahmadou Bamba avec lequel ils entretenaient des relations discrètes à causes de la surveillance continue des autorités coloniales. El Hadj Malick Sy était le fils de Osman fils de Maadh fils de Mohammed fils de Ali fils de Youssef.

Sa mère Fawade Wéllé décéda alors qu’il était très enfant.

Son père Osman était le fils de Sokhna Astou Wallo, la sœur de Serigne Mahram Mbacké le grand père de Cheikh Ahmadou Bamba.

Il fut élevé par ses oncles maternels, le Cheikh Ahmed et le Cheikh Alpha Mayoro un disciple de Cheikh de Omar Foutiyou Tall.

Il fut très brillant dans les études et partit pour études chez les Béni Deyman, mais sa santé ne lui permit pas de rester longtemps dans la rigueur du climat saharien mauritanien.

 En 1889, il effectua le pèlerinage à la maison sacrée et visita le prophète (P.S.L) à Médine, avant de retourner au Sénégal où il se consacra à édifier les écoles et les Zawiyas, surtout dans les grandes villes, Saint Louis et Dakar.

En 1905, il fonda la Zawiya de Tivaoune où il devait s’installer. La chaîne initiatique d’El Hadj Malick Sy, d’après ce qu’il a consigné dans l’introduction de son ouvrage majeur « Kifayat Erraghibin », « Ce qui suffit aux aspirants », remonte à Cheikh Omar Foutiyou Tall par son oncle Alpha Mayoro, mais il a surtout deux licences confirmées par les plus illustres Cheikh de la Tijaniyya. L’une est de Cheikh Ahmed Fall, le petit-fils du grand Mawlud Fall, le disciple de Sidi Mohammed El Hafez El Alawi.

L’autre est de Seyyid Ali Yaacoubi, le disciple de l’illustre mitre Sidi Ahmed ibn Maddi.

El Hadj Malick, fut très honoré de son vivant, et jouissait du respect des populations pour son humilité et sa sagesse. Dans une correspondance avec Cheikh Ahmadou Bamba, il composa deux vers qu’il joignit à des livres qu’il offrit à son ami :

« L’objet de ses cadeaux, est d’obtenir auprès de toi, amour et satisfaction Ô très cher

Qu’Allah fasse durer notre amitié et fortifie nos liens

Et qu’il nous protége contre les oppresseurs et les ennemis »

Cheikh Ahmadou Bamba, lui répondit par deux vers dans le même mètre :

Que le Seigneur sublime vous accorde la meilleure récompense

N’aie jamais de doute sur la pureté de nos relations

Comment en serait-il autrement alors que le prophète élu est notre garant.

Quand aux ennemis je ne les crains pas la mort non plus.

La branche Tijaniyya d’El Hadj Malick Sy fut la plus importante du Sénégal et elle compte des adhérents dans toutes les régions du pays.

La deuxième branche Tijaniyya, était celle du Cheikh Abdallah Niasse, qui avait accompagné l’Almamy Maba Diakhou pendant ses campagnes militaires.

Il était né en 1845 au Djoloff et suivit Maba dans le Saloum. Il fut un ami d’enfance du Cheik l’Almamy et de Saër Maty. Il fut initié au wird Tijane par un disciple de Cheikh Omar. A la mort de Maba, il s’exila en Gambie avec l’intention de partir en quête des grands maîtres de la tarîqa Tijaniyya.

Il partit en Mauritanie chez les Idwa Ali où il s’initia chez le savant El Hadj Abdallah, le disciple de Mohammed El Alawi qui fut initié par Sidi Ahmed Ibn Baddi en personne.

El Hadj Malick Sy, dût intervenir auprès des français pour qu’ils permettent à Cheikh Abdallah Niasse se rentrer au Sénégal. Son passé de militant dans les armées de Maba, ne le quitta jamais et les français furent toujours soupçonneux envers lui. Il visita Fez où il rencontra les Cheikh de la Tijaniyya et confirma son wird par Sidi Mohammed Sikirj, le grand maître Tijane du Maroc qui lui accordera une Ijaza.

Une communauté  religieuse sera dirigée à Niassène, à quelques kilomètres de Kaolack où le Cheikh  Abdallah Niasse sera à la fois le maître, le cadi, le mufti et l’imam. Son intelligence, son érudition et son dévouement à l’islam seront légendaires, mais c’est surtout son humilité et sa disponibilité qui a réuni autour de lui la communauté.

En 1910, Cheikh Abdallah s’installe à  Kaolack où il bâtit sa première Zawiya.

 Il fonda aussi une école qui devait devenir célèbre à tel point que d’autres similaires devaient pousser dans le pays et même dans les pays limitrophes.

El Hadj Abdallah Niasse entretenait des relations très étroites avec le Cheikh Ahmadou Bamba, ainsi qu’avec le Cheikh Mbacké Bousso. Un jour, des visiteurs lui demandèrent son avis sur  Cheikh Ahmadou Bamba qui affirmait détenir des dons inouïs et qui voyait le prophète (P.S.L) à l’état de veille, et qui reçoit ses connaissances sans intermédiaires.

Il répondit :

«Vous savez aussi bien que moi que le Cheikh Ahmadou Bamba fut reconnu comme sans pareil par les blancs, les noirs et par tous les savants et saints maures.

Ce que je sais, c’est que nous les Tijanes avons cru en les affirmations de Sidi Ahmed Tijani que nous n’avons pas vu, ni connu, mais nous lui accorderons foi et bonne opinion.

Cheikh Ahmadou Bamba est là devant nous, et ses œuvres et ses exploits sont témoins. Nul n’a jamais pu lui apporter la contradiction, ni osé rivaliser avec lui en quoi que ce soit. De là, il faut rendre grâce à Allah de nous avoir gratifié d’un être comme lui et lui rendre hommage pour tout ce qu’il fait pour l’islam.

El Hadj Malick Sy et El Hadj Abdallah Niasse devaient rendre l’âme à 10 jours d’intervalle, en 1922.

Cheikh Mbacké Bousso, écrit l’oraison funèbre des deux grands hommes:

Ô, quelle perte pour l’islam

Pieux ascètes, ils ne vivaient que pour satisfaire le seigneur

Deux soleils se sont éclipsés en 1340H

Les créatures devraient les pleurer abondamment

Ô Malick ! Qui te succédera dans la sauvegarde de la sunna

Qui te remplacera pour secourir les indigents et les orphelins

Qui prendra soin de ta voie, des mosquées, des écoles et des étudiants

Qui réglera les différents, quand les esprits des sages seront obscurcis par les intérêts.

Un soin de brousse qu’était Abdallah dans les combats, courageux et téméraire

Si Dieu avait permis, de racheter une âme par une autre,

Mille âmes se seraient sacrifiées pour toi

Mais tous a un terme, et vous nous avez laissé

Les meilleurs souvenirs et la gloire méritée

Qu’Allah vous récompense par son paradis

Et sa satisfaction et avec tous les honneurs.

 

 LE CHEIKH AHMADOU BAMBA A DAR MINAME

Finalement, le Cheikh s’était installé à Dar Miname à quelques kilomètres de Touba, où résidaient son frère Ibahim Mame Thierno et les membres de la famille.

Les délégations affluaient de partout, et les Cheikh investis par le serviteur du prophète venaient puiser leurs ressources spirituelles en lui et apporter les Hadiyas reçus des disciples.

Le mouvement était tel que les autorités traditionnelles confirmées par les français, ainsi que les autorités administratives s’alarmèrent.

MBakhane Diop fils du Damel Lat-Dior, envoya un rapport alarmant en voyant passer une caravane de chameaux portant des vivres et des meubles, qu’il s’imagina être des armes. Des rapports mentionnèrent, l’effervescence qui régnait au Baol depuis le retour du Cheikh.

Certains poèmes du Cheikh Ahmadou Bamba  furent traduits par les autorités coloniales afin de s’enquérir de la pensée du Cheikh.

Des investigations furent menées auprès des marabouts pour sonder leurs sentiments envers Cheikh Ahmadou Bamba. Des titres d’honorabilité devaient être décernés à  certains marabouts fidèles. D’autres devaient être surveillés.

 

 NOUVELLE CONFRONTATION AVEC LES AUTORITES COLONIALES

Lé résident du baol oriental R. du Laurens écrit dans une lettre à l’administrateur du cercle de Thiès M. Merlin

Monsieur l’administrateur, j’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint le rapport que vient de m’adresser le chef supérieur au sujet de Serigne Ahmadou Bamba.

Ainsi que je l’ai déjà  mentionné dans mon rapport de février dernier, ce marabout semble                     jouir depuis son retour d’exil d’un prestige sans cesse croissant, accru surtout par le caractère quasi-miraculeux que ses adeptes et prosélytes accordent volontiers à son retour.

Toutefois sa surveillance n’avait donné lieu, jusqu à ces jours derniers, à aucune observation sur des faits pouvant être interprétés comme des éléments suspects. Le caractère tout pacifique que présentaient les visites des nombreuses personnes qui allaient lui rendre hommage et principalement des marabouts influents venus de contrées voisines, pour se convertir à sa doctrine et le reconnaître comme leur grand maître, ne pouvais exister de craintes sérieuses, ni éveiller de fâcheuses présomptions sur les intentions du Serigne Bamba.

 Mais, en présence des faits dont rend compte le chef supérieur, le doute n’est plus permis à cet égard.  J’estime qu’il y’a lien d’attirer l’attention de l’autorité supérieure et de prendre d’ores et déjà des mesures que nécessite la situation.

Dans sa réponse l’administrateur Merlin écrit : dans votre rapport politique de mars dernier, vous appelez mon attention sur les agissements du marabout Ahmadou Bamba, ancien déporté au Gabon, autorise en décembre 1902 à résider dans le Baol.

D’après les renseignement émanant des administrateurs du sine Saloum, de tivaouane et de louga ainsi que des résident de Toul,

Ce marabout aurait pu recueillir des sommes importantes réunir et armer un certain nombre de talibés près à marcher.

Bien que les faits signalés me paraissent considérablement grossis, ils ne méritent pas moins d’être vérifiés à bref délai.

Aussi, je vous prie de surveiller étroitement les agissements d’Ahmadou Bamba, de savoir combien de gens forment son entourage habituel, combien d’entre eux sont armés et de quelles armes ils disposent.

Vous prendrez en outre toutes les dispositions que vous jugerez utiles pour connaître l’esprit des populations dans cette partie du Baol et pour être tenu au courant de la manière de vivre d’Ahmadou Bamba et de ses rapports avec les chefs influents de la région.

Vous voudrez bien m’avertir dans le cas où les faits graves vous seraient signalés et continuer à me renseigner sur la situation.

De mars à  juin 1903, les rapports et les télégrammes se succédaient entre le résident du Baol R. du Laurens l’administrateur de Thiès M. Merlin et l’administrateur de Tivaoune Allys pour finalement, alerter le gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française qui saisit de l’affaire le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’Afrique Occidentale Française.

L’affaire du Cheikh Ahmadou Bamba devint la préoccupation majeure du gouverneur colonial.

Le 22 mai, le résident Laurens écrit un rapport de l’administrateur de Thiès :

J’ai l’honneur de vous communiquer les renseignements suivants concernant Cheikh Ahmadou Bamba.

Les Ardos du Contor, Kael et Goreté sont venus me rendre compte qu’il se confirme d’une façon certaine que le seigneur Bamba est décidé quels que soient nos efforts à ne pas quitter son village. Ceux qui désireront le voir où lui parler se rendront à Mbacké, quant  à lui, il ne se dérangera pas.

La population n’est pas tranquille et redoute des complications. A leur avis, l’idée d’une marche en avant de la part de Serigne Bamba n’est pas à envisager, néanmoins le marabout se préparerait à repousser le cas échéant, la force par la force.

Le 29 mai 1903, un télégramme de l’administrateur adjoint de Kaolack mentionne :

Très urgent_ je reçois à l’instant télégramme suivant, résident Sine « Ai appris que chez Serigne Bamba à Mbacké quatre à cinq mille hommes sont réunis et se préparent à marcher contre nous. »

« Serigne Bamba achète une grande quantité de chevaux Attends instructions.

Faut-il me transporter avec cavalerie Bour sur frontière. Si faits données par résidents sont exacts, ne pourrais-tu pas requérir troupe Nioro, situé à soixante dix kilomètres sud Kaolack, où bien pourrais acheter poudre et munitions pour armer indigènes des chefs supérieurs Sine et Saloum.

Le 6 juin, le général Houry commandant supérieur des troupes de l’A.O.F écrit au gouverneur général de l’A.O.F :

En réponse à votre lettre Numéro 89 en date du 4 juin, j’ai l’honneur de vous rendre compte que j’ai constitué à l’effectif de 150 tirailleurs et de 50 spahis, le détachement chargé de procéder à l’arrestation à Mbacké du marabout Ahmadou Bamba.

Ce détachement prélevé sur les garnisons de Saint Louis, Thiès et Rufisque, sera concentré à Tivaoune dans la journée du 10 juin, et pourra se mettre en mouvement le 11 juin au matin. Il est placé sous les ordres de M. le capitaine Lanqué, des tirailleurs sénégalais.

Il emporte munitions réglementaires sur l’homme, une réserve de 100 cartouches par homme, les médicaments nécessaires et un stock de vingt jours vivres, déduction faites des denrées qu’il pourra se procurer sur place, et pour l’achat desquelles un carnet de campagne et des fonds d’avance seront remis à son chef.

D’autres part, conformément à l’esprit des indications de votre lettre 89 précipitée et aux principes qui règlent la matière, j’ai prescrit que les contingents indigènes qui marcheront avec le détachement en même temps que M. Allys seront des le début de l’opération sous le commandement du capitaine Lanqué.

Mai qu’en ce qui concerne les contingents qui doivent barrer les routes du Nord Est et du Sud Est, cet officier n’exercera le commandement que dans le cas où après entente avec l’administrateur Allys, leur concours aura été reconnu nécessaire pour une opération d’ensemble dans un mouvement de concentration dirigé contre les rebelles.

Le résident de Kaolack, écrit l’administrateur Allys le 9 juin 1903 :

Monsieur l’administrateur, j’ai l’honneur de vous faire connaître que conformément à votre lettre du 6 juin courant, je me mets entièrement à votre disposition et je suis prêt à exécuter tout ordre que vous me donnerez soit directement, soit par l’intermédiaire de M. Laurens. Je viens de recevoir en même temps une lettre de M. l’administrateur de Thiès, qui suivant ordre de M. le gouverneur général m met sous vos ordres et je m’empresse d’obéir. J’ai réuni tous mes contingents cavaliers à Diourbel où j’attends vos ordres. je vous demande par la même occasion l’autorisation d’acheter des armes et de me procurer quelque fusils et de la poudre pour compléter mes minutions.

Il parait que mes collègues du Sine Saloum en ont reçus en grande quantité.

Plusieurs convocations avaient été adressées à Cheikh Ahmadou Bamba par le commandant du cercle de Thiès, et plus tard par le gouverneur général de l’A.O.F à Saint Louis.

Les événements prenaient des tournures dangereuses, mais le Cheikh Ahmadou Bamba semblait à peine s’en apercevoir.

Toujours plongé dans ses méditations religieuses et concentrées sur ses productions littéraires, il n’avait pratiquement que temps nécessaire pour les visiteurs en nombre impressionnant qui défilaient tous ses jours dans sa concession. Les rares moments de détente, il les utilisait pour enseigner les privilégies qui venaient chez lui s’instruire.

Dans une lettre au gouverneur général de l’A.O.F, daté du 03 juin 1903, il écrit :

Au nom de Dieu, clément et miséricordieux.

De la part d’Ahmadou Bamba à M. le gouverneur de Saint Louis. Salutations à ceux qui suivent la guidance. Il faut que tu saches que je n’écris et ne prononce par ma langue que ce que recèle mon cœur. Dés aujourd’hui, ne prête plus attention aux calomniateurs, aux menteurs et aux traîtres. Quand au fait que je n’ai pas répondu à la convocation de  se rendre à Saint Louis, il n’y a pas lieu d’en prendre ombrage, ou de croire que c’est une offense.

Je suis avec le seigneur qui n’a pas engendré et n’a point été engendré, l’immuable qui n’a point de semblable, et je ne demande qu’à être en paix et en bonne santé pour adorer exalté soit-il. Je vis en harmonie avec la sunna du prophète P.S.L et sur sa famille et ses amis.

Dés la lecture de cette lettre, rassure toi sur mes intentions et bénéficie de la paix de l’âme et ne te laisse pas influencer par les hypocrites et les sauveurs de troubles.

Je suis en parfait accord avec la sunna du prophète et je ne veux rien d’autre, Dieu merci. Si l’on te rapporte des mensonges sur moi, saches que jamais mes paroles ne contredisent mes actions.

J’ai pardonné à tous et je te pardonne ainsi que tous tes subordonnés.

Je te recommande de ne plus accorder foi  aux calomniateurs et aux envieux.

Paix sur ceux qui suivent la vérité.

Le dix juin 1903, le gouverneur général écrit à Ahmadou Bamba

Mbakhane Diop, fils de Lat-Dior, ancien Damel du Cayor que j’ai placé à la tête du baol oriental s’en rendu à Touba Mbacké, le 17 Avril dernier. Il t’a invité à se présenter à lui. Tu as répondu que ‘’Tu ne voulais plus avoir affaire avec les chefs, mais ne traiter qu’avec le gouverneur général. ‘’

Convoqué par l’administrateur commandant le cercle de Thiès, tu as refusé le 7 mai de te rendre à son appel.

Moi-même, je t’ai envoyé un talibé de Cheikh Sidya. Je t’ai écrit le 12 mai et Cheikh Sidya t’a écrit pour t’inviter à te rendre à Saint Louis. Tu n’y es pas venu. Je t’ai fait porter une seconde lettre par l’interprète Fara Biram Lô le 21mai pour t’engager de nouveau à  venir à Saint Louis. Tu t’y es encore refusé.

En agissant ainsi, tu as manqué à la loi du prophète qui dit d’obéir et de respecter l’autorité du pays. Tu as affiché le mépris de mon autorité. Ma patience est lasse. A l’heure où tu recevras cette lettre, tu es cerné de toutes parts, les routes de la Gambie sont fermées au sud, celles du fleuve au nord, celles du Ferlo le sont également. Des troupes entourent ton village même, prêtes à l’emporter et à s’emparer de toi de vive force.

Tu vas s’en doute être la cause de la mort de tes talibés.

Peut-être toi-même seras-tu atteint dans le combat ?

Réfléchis et examine, s’il n’est pas mieux d’obéir à la loi du coran et de te soumettre à l’autorité du pays qui est la mienne.

Ibra Fall, ton talibé que j’envoie près de toi pour te porter cette lettre, te diras le reste de mes paroles.

Tout sort est entre tes mains et sera celui que tu fixeras par ta décision.

A Saint Louis, l’affaire du Cheikh Ahmadou Bamba était sur toute les lèvres et la population demeurait aux nouvelles.

Au Cayor, au baol, au sine-saloum et dans toutes les régions du Sénégal, on ne parlait que de la confrontation des colons avec le Cheikh Bamba.

Cheikh Iba Fall usa de tout son poids pour influencer le gouverneur général qui tenait à ménager un marabout aussi influent qui avait plus de mille talibés à Saint Louis et plusieurs milliers dans les autres provinces. Mais, c’est surtout l’intervention énergétique de Cheikh Sidya qui permit au gouverneur général de trouver une issue à cette fâcheuse affaire qui risquait de mettre le feu tout le pays.

Le Cheikh Sidya proposa d’héberger le Cheikh Ahmadou Bamba chez lui en Mauritanie, où il pourrait s’adonner paisiblement à ses adorations et à ses œuvres littéraires.

Son éloignement du baol assurera aux autorités la tranquillité qu’ils souhaitent.

Le gouverneur général prit l’engagement du Cheikh Sidya comme une garantie d’honneur et accepta la proposition sous condition que le Cheikh Ahmadou Bamba accepte de partir avec le Cheikh Khouma le délégué de Cheikh Sidya, après que les troupes mobilisées eurent fouillé les demeures du Cheikh et s’être assurés que ni armes, ni munitions n’avaient été stockés.

Le Cheikh Ibra Fall et le Cheikh Khouma se rendirent auprès du Cheikh Ahmadou Bamba pour le convaincre.

Le 14 juin 1903, l’administration Allys qui était chef de mission dans l’affaire Bamba envoya un télégramme au gouverneur Général:

  • § Arrive Diourbel ce matin, Marabout toujours dans Dar Miname avec talibé Cheikh Sidya qui ne peut le décider à se rendre.

  • § Arriveront le 16 matin devant Mbacké.

Tout va bien.

L’EXIL DU CHEIKH AHMADOU BAMBA EN MAURITANIE

Dar Miname, entre Mbacké et Touba où le cheikh s’était installé, il y’eut un vent de panique générale. Les talibés désorientés par les préparatifs militaires des forces coloniales ne savaient plus que faire. Les proches du Cheikh Ahmadou Bamba commençaient à mettre des critiques sur le comportement incompréhensible du Cheikh qui semblait à peine se soucier des conséquences de cette affaire dramatique.

Parmi les Cheikh intronisés par Cheikh Ahmadou Bamba, il y’eut un vent de Jihad qui souffla dans les âmes. Certains étaient décidés à défendre leur Cheikh jusqu’à la mort. Des consignes furent lancés pour inviter tous les talibés courageux à venir à  Dar Miname qui commençait à être saturée par l’affluence sans cesse grandissante.

Les seules armes dont disposaient les talibés étaient des coupe-coupe et des gourdins.

Bientôt, la nouvelle du ralliement des armées du Damel du Cayor, du Teigne, du baol ainsi

que du bour sine aux forces coloniales parvint à Dar Miname, où la famille du Cheikh Ahmadou Bamba s’était réunie pour étudier les mesures à prendre.

Certains parmi ses frères, osèrent lui adresser directement des reproches et qualifièrent d’inconscience son attitude.

Le Cheikh Ahmadou Bamba essaya de les rassurer en leur affirmant qu’il ne prendrait de décision que conformément à la volonté de Dieu qui voit et entend et qui est omniscient.

Il se mit à écrire et les regards éberlués de ses proches, il composa une Khasida de neuf (9) vers en acrostiche ‘’Ya Rahmana Ya Rahim ‘’.

Il donna la khasida à l’un de ses talibés et lui demanda de la chanter en chorale jusqu’à l’arrivée des troupes ennemies.

Mon Seigneur nous a surpris par l’illumination de nos esprits,

Par la grâce du meilleur de ceux qui se sont réfugiés en lui.

Mes hommages au Seigneur généreux qui n’a point d’associé,

En ce jour où mon cœur est rempli de lumière éclatante

Pour Mohammed, sur qui mon être s’appuie ainsi que

Ses compagnons, je requiers les prières éternelles du Seigneur

Je l’invoque pour qu’il répande ses grâces

Sur toutes les créatures, particulièrement les innocents

Je lui adresse mes psaumes depuis des années

Et il m’a honoré en purifiant mon être de toute imperfection

Ô miséricordieux, accorde à toutes les créatures ta clémence,

Toi qui protége ceux qui ont cru en Ta révélation

Eloigne de la communauté du prophète élu tout vice

Et sois magnanime envers les créatures, toi qui les as amenés à l’existence

Ô maître de la création, toi qui est au delà de la justice et du châtiment,

Embrasse dans ta miséricorde les créatures sans distinction

Tu as supprimé de mon cœur tout penchant vers le mal,

Par la grâce de nôtre prophète le meilleur de tes envoyés.

         Le Cheikh Ibra Fall et le Cheikh Khouma arrivèrent à Dar Miname dans le contexte et s’isolèrent avec le Cheikh Ahmadou Bamba pour le tenir informé de événements.

Le Cheikh Khouma insista auprès du Cheikh pour lui rappeler les liens d’amitié et de solidarité qui lie la famille Mbacké à la famille de Sidya Baba. Il expliqua au Cheikh qu’une confrontation sanglante avec les colons aurait des répercutions dans toute la région, depuis la   Mauritanie jusqu’en Sénégambie, avec le retour des cycles de violences, de razzias et de meurtres où les civils innocents risquaient de payer le plus lourd tribut. Cheikh Ibra Fall remit la lettre à Khadimou Rassoul et s’abstint de parler, car il osait à peine lever les yeux devant son maître spirituel.

Le lendemain, les armées des colons et leurs auxiliaires assiégèrent les concessions du Cheikh Ahmadou Bamba qui demanda à ses disciples de ne point répondre aux provocations.

Une chorale de khassaids chantait ‘’Rahman Rahim ‘’, et tous les talibés étaient assis, quand le roi du Sine, s’avança en direction du Cheikh. Il s’agenouilla humblement, et dit :

 Ô Cheikh je suis venu pour la paix, je me suis porté& garant pour toi devant les autorités.

Si tu veux m’accompagner, je me charge de ta sécurité.

J’ai demandé à mes hommes de surveiller tes cases afin que personne ne puisse mettre des choses compromettantes à ton insu.

Le Cheikh lui demanda de décliner son identité. Il dit :

Je suis Coumba Ndofféne Diouf qu’on appelle Bour Sine. Le Cheikh lui demanda pourquoi il agissait ainsi. Le Bour Sine répondit :

Qu’étant le roi des sérères, il ne saurait être du côté de l’injustice, qu’il sait comme tous les sérères que le Cheikh n’a que Dieu dans le cœur et ne vit que pour Dieu et il est de son devoir de protéger les hommes de Dieu, et de veiller à ce que personne ne leur manque d’égards.

Serigne Touba, satisfait de la réponse du Bour Sine, lui dit :

Puisque tu as agi ainsi pour la face de Dieu, demande moi ce que tu veux et je demanderai à Dieu de l’exaucer.

Le Bour Sine dit : Ô Cheikh, je te demande de prendre soin de mon âme et de tout mon peuple. Je veux que sois notre intercesseur auprès de Dieu.

Je t’offre mon cheval que voici en guise de hadiya.

Le Cheikh accepta la hadiya et implora Dieu pour les sérères qui à partir de ce jour mémorable, le 14 juin 1903, commencèrent à se convertir en masse à l’islam.

En quelques années, tout le sine deviendra musulman et les sérères qui avaient auparavant arrêté l’expansion islamique de l’Almamy Maba, se convertirent en masse par la baraka du Cheikh Ahmadou Bamba et par l’intelligence subtile du Cheikh Ibra Fall qui devint le guide spirituel le plus influent du sine.

Ainsi, l’épineux problème de Dar Miname fut réglé en même temps que celui des sérères du Sine.l’administrateur du cercle de Tivaoune mit à la disposition du Cheikh une escorte composée de gardes régionaux remis à Diourbel sous le commandement du garde principal Socé Sarr.

Une réquisition sera délivrée à Tivaoune par M. Desvallois pour l’interpréte fara Biram Lô, Socé Sarr, deux gardes et Cheikh Khouma qui devaient accompagner le Cheikh Ahmadou Bamba à Saint Louis. Le rapport mentionne que l’interprète devra prendre ses dispositions pour éviter des manifestations quelconques pendant le trajet de Dioubel à Tivaoune. Des cavaliers de Meissa Mbaye encadreront le convoi à droite et à gauche et aussi sur l’arrière, pour parer aux éventualités qui pourraient se produire. Mais ils devront se tenir à une certaine distance du convoi, afin de ne pas paraître escorter un prisonnier.

Quand l’administrateur Allys arriva à Diourbel l’affaire était bouclée. Il écrit dans une lettre personnelle :

Mon cher Merlin,

Je vous écris officieusement au sujet d’Ahmadou Bamba. Quoique la résidence du marabout soit dans le cercle du de Thiès, comme ses agissements intéressent la sécurité générale, j’ai toujours appelé d’une manière spéciale l’attention du gouvernement général sur eux. Pour passer député, M.F Carpot a promis aux électeurs le retour d’Ahmadou Bamba qui était au Gabon. Il a réussi et se lave les mains de ce qui peut arriver. J’appelle cela un crime, car il ne pouvait ignorer ce qui allait arriver.

Quand j’ai su que ce marabout était dans le train allant à Saint Louis, j’ai été littéralement stupéfait !!!

Le 17 juin 1903, le Cheikh Ahmadou Bamba accompagné par Cheikh Khouma rencontre le gouverneur général à Saint Louis. L’entrevue fut brève et le gouverneur général insista pour faire comprendre au Cheikh qu’il s’agissait d’un acte de clémence de sa part qui le poussait à laisser en liberté un homme qui dérangeait tellement les autorités.

Il lui fait savoir que par estime personnelle pour Cheikh Sidya qui avait intercédé pou lui et aussi pour lui tenir compte de ce que malgré sa persistante désobéissance aux ordres de convocation à Saint Louis. Il s’était rendu sans résistance et avant que les troupes envoyées vers lui ne soient arrivées à Mbacké.

Finalement, il lui signifia qu’il serait confié Cheikh Sidya qui veillerait à son installation en Mauritanie. Cheikh Ahmadou Bamba écoutait imperturbablement le gouverneur général, qui essayait de le convaincre de l’inanité des projets de révolte et de Jihad, lesquels n’apportaient d’après lui que la misère et les drames pour les populations musulmanes qui finalement n’avaient pas à se plaindre des autorités Françaises qui n’étaient point hostiles à l’islam et respectait les homes pieux et sincères.

Finalement, le gouverneur Merlin, prit sa plume et écrivit une longue lettre à son ami Cheikh Sidya pour le mettre au courant du dénouement heureux de l’affaire et l’invita à convaincre son hôte de ne plus chercher à contrecarrer l’action du gouvernement et de ne pas chercher à entrer en contact avec ses disciples du Sénégal.

Il remit la lettre à Cheikh Khouma et l’invita à partir immédiatement et discrètement ave le Cheikh Ahmadou Bamba vers la Mauritanie.

Lettre à Cheikh Sidya (20 juin 1903): Archives du Sénégal, Dossier Bamba pièce n° 60

Je t’envoie sous la garde de ton gendre Cheikh Khouma, Ahmadou Bamba qui comme tu le sais a fomenté des troubles dans le pays que je commende en donnant des mauvais conseils à ses talibés et aux habitants,t qui a manqué à la loi coranique en refusant plusieurs foi d’obéir à  mes ordres quand je lui ai demandé de venir à Saint Louis.

Cependant, je veux bien tenir compte qu’il s’est rendu à mes envoyés avant qu’il ait été nécessaire de faire parler aux fusils et qu’il a ainsi évité des morts dont il aurait été responsable envers Dieu.

Je veux aussi en raison de mon amitié pour toi ne pas traite Ahmadou Bamba avec toute la vigueur que méritent les rebelles.

J’ai donc décidé qu’ Ahmadou Bamba te sera remis, tu le garderas dans une de tes Zawiyas.

Il pour alors se consacrer entièrement au service de Dieu, et passer son temps dans la prière. Tu lui donneras les conseils de ta science religieuse et de ton expérience. Tu empêcheras avec soin qu’il ne communique avec les gens du Baol et du Sénégal qui pourraient troubler son recueillement et faire monter dans sa tête les idées coupables pour lesquelles il est éloigné de son pays.

Tu lui rappelleras que c’est à cause de toi, surtout que je ne me montré envers lui.

Le gouverneur Merlin, n’ignorait pasque la Mauritanie était le foyer culturel et spirituel le plus puissant du monde musulman depuis le dix neuvième siècle. Dans les autres pays, c’était une léthargie, il a fallu l’intervention énergique et vivifiante du Seyyid Jamel Eddine Afgani pour réveiller les musulmans et surtout les Arabes du sommeil profond où ils gisaient.

La production littéraire en Arabe était quasiment nulle et le niveau linguistique était alarmant dans tous les pays Arabes.

Les dialectes étaient prédominants dans l’art comme dans la vie quotidienne. La Mauritanie faisait figure d’exception.

Les Beni deyman

Ils sont l’élite spirituelle et culturelle de la Mauritanie .Ils sont des descendants de Seyidna Ababacar Seddiq. La chevalerie (futuwwa) est leur caractéristique.

Les grands mouvements spirituels ou culturels ont été généralement  initiés par les Beni deyman .

Le mouvement réformiste de l’imam   Nasir eddin ou la renaissance culturelle initié par le Cheik Mouhamad yadahi sont les faits les plus marquants de l’histoire du pays .

Les étudiants des pays africains venaient  chez les Beni deyman  pour apprendre l’enseignement exotérique et ésotérique. Le sheik yadali disaient :

« Chaque fois que les sages parlent des vertus, ils nous mentionnent, nous les  Beni deyman   et quand  les inconscients parlent des vices et des défauts, tu n’entendra jamais prononcer notre nom ». Il dit aussi : « Deyman parmi les êtres humains sont de l’or pur tandis que les autres sont de l’argile modelable .Le jour ils sont en pleine action  et la nuit ils sont en pleine méditation ».

 le Cheikh Sidia a élu domicile chez les Beni deyman comme  son père et son grand père auparavant. La venue  du Cheik Ahmadou Bamb,  a été un événement exceptionnel dans la société mauritanienne.

Les savants maures sont très pointilleux et très précis sur  les sujets exotériques et ésotériques et nul ne peut .prétendre gratuitement  être un  savant ou  un wali  car il font subir à tout prétendant un examen et des vérifications . Cheikh Ahmad Tijani a eu a  répondre au questionnaire du savant Deyman  Ahmad  Ibn Kour. Cheikh Mukhtar Kunti eu a répondre aux critiques du grand savant  de Tjakant Mukhtar Ibn Boun .

La notoriété du Cheik Ahmadou Bamba l’a précédé et  un conseil de sage l’attendait pour l’examen. Toutes les disciplines furent explorés et toutes les subtilités de la charia et de la Haqiqa furent exploités .Des test et des questions pièges furent magistralement abordés par le Cheik Ahmadou Bamba qui n’hésitait jamais et semblait connaître d’avance tout ce qu’on lui soumettait.

Finalement on aborda le sujet complexe de la vision à l’état de veille du prophète (p.s.l) et de l’apparition de l’ange Gabriel  après la disparition du prophète (p.s.l). Le Cheik répondit :que cela n’est pas un sujet de spéculation ,mais plutôt de contemplation « Mushahada » .

Ceux qui ne sont pas des contemplatifs doivent croire ceux qui ont eu le privilège de la contemplation Sidi Abdel Kader Jilani, Sidi Aboul Hassen Chadili, Sidi Ahmad Tijani et leur homologues .

« Le témoignage de celui qui affirme est supérieur à celui qui nie »

Quant à Seyidna Jibril , il leur cite les vers suivant :

« Certains disent que  Jibril se présente à la mort du croyant

    D’autres disent qu’il ne vient plus depuis la mort du prophète élu

     En vérité , je dis qu’il apparaît toujours et je le certifie » .

Mais le Cheik insista pour faire comprendre que ce ne sont  point des sujets de controverse et que de pareils propos ne concernent qu’une élite spirituelle. quand au commun ils n’ont pas à entrer dans de telles considérations  qui risquent de les perturber .

De même , les savants exotéristes qui n’ont pas accès au « fath » (ouverture spirituelle) doivent être réservés et ne point trancher dans des sujets qui dépassent leur compétence  .

Ce sont des sujets de connaissance pure qui sont de l’ordre contemplatif  et qui ne peuvent  pas devenir des sujets  référentiels en  théologie ou des arguments juridiques.

Certains savants exotériques demandent au Cheikh de leur fixer une audience privée.

Les savants étaient perplexes car le Cheikh en répondant à la question de la vision à l’ état de veille du prophète élu a cité les Qotb qui affirmaient cela , et n’a pas donné sa position personnelle , alors que dans ses écrits il a affirmé voir le prophète (Psl) .

A l’heure fixée les savants de Beni deyman se présentèrent devant la tente du Cheikh  , qui les invita à entrer .ils furent stupéfait en voyant le prophète (p.s.l),assis sur le lit et le Cheikh Ahmadou Bamba assis par terre devant lui .Le prophète (p.s.l) sourit et pria pour l’assemblée avant de disparaître .Tout le monde pleura et s’excusa auprès du Cheikh .

Les Beni deyman en totalité firent allégeance au Cheikh Ahmadou Bamba et devinrent ses auxiliaires (Ansar) , le Cheikh composa en leur honneur :

«  Mes hommages et mes louanges pour celui à qui j’ai dédié mon tout » ,

« Il m’a satisfait et comblé ici  à Sarsar »

« En me donnant les Beni deymen comme Ansar »

« Je lui dédie mes actions de grâce et mes remerciements »

« Dans ce jour béni , ou il a conduit vers moi les hommes valeureux »

« je déclare ici et tout haut que ceux qui sont venus vers moi ici  »

 « A  Sarsar ont acquis définitivement un statut de pureté »

 « ils n’auront plus à subir  les épreuves de l’au delà ».

Dans un autre poèmes il dit :

« Ö seigneur répands ta paix sur les Beni deyman

   Et protège les de tous les maux

   Ainsi que tous les musulmans

   Et dissipe leur chagrin

   Par la grâce du prophète élu

   Pour lequel ils m’ont aimé ».

Le Cheikh Ahmadou Bamba et les Tijanes idwa ali

La tribut des Idwa ali  sont les alaouites descendants de seyidna  Ali ibn abi talib par ses  fils qu’il avait eu avec d’autres épouses après la mort de fatima la fille du prophète (p.s.l).

Le grand Cheikh Sidi Mohamad el hafez rencontra Sidi Ahmad Tijani et resta avec lui à Fès , avant de rentrer en Mauritanie ou toute sa tribu s’initia à la voie Tijane  .Les disciples de Sidi Mohamad el hafez   observaient des règles très scrupuleuses avant de recevoir les secrets de la tariqa . A la mort de ce dernier en 1830 , le Tijanisme s’était répandu  spectaculairement en Mauritanie et dans l’Afrique par ses disciples qui étaient  devenus les plus grands savants de la tijannyya .   Ils composeront de ouvrages que les tijanes du monde entier utilisent comme livre de chevet. Sidi Ahmad tijane  espérait  beaucoup des maures qu’ils connaissait très bien ,et qu’il avait côtoyé  dans ses séjours répétés à sekiet el hamra  et autres localités du grand désert  ou lui-même était né et avait passé une grande partie de sa vie .

Il eu aussi à subir des tests des savants de Beni deyman et des autres tribus comme tous les saints qui sont passés par la Mauritanie ou s’y sont établis.

Sidi Mukhtar el kunti (M.1812) ,son contemporain fut aussi soumis à des interrogatoires pertinents par le grand savant de « tjakant »  Mukhtar ibn boun.

L’inquisiteur de Sidi Ahmad tijani était Ibn kour deymani, qui a  adressé un questionnaire précis et détaillée ou il aborda des problèmes théologiques  d’ordre exotérique et ésotérique .

Sidi Ahmad tijani avait répondu conformément à la déontologie mais ibn kour décela quelques failles dans les réponses , notamment sur un sujet complexe concernant la MA’IYA « accompagnement divin ou présence de dieu » avec le serviteur fidèle .  Cette notion se trouve le verset coranique « Et il est avec vous ou que vous soyez ».

 Sidi Ahmad tijani expliqua cette notion par l’ésotérique , ce qui ne fut pas du goût  du deyman qui émit une « fatwa »,( avis de jurisprudence) , ou il mettait en garde contre l’enseignement de Sidi  Ahmad tijani (M.1815).

Un siècle plus tard un savant  tient  des propos inconsidérés  contre Cheikh Ahmad Tijani et sa voie .ce qui ne manqua pas de susciter la réaction des idwa ali ,qui déclarèrent la guerre au savant en question  Abou Bekr fata des Idwa  bel Hassen et à ses disciples .les combats firent des centaines de morts et le conflit risquait de se généraliser .

les sages des idwa belhassen et d’idwa ali demandèrent  l’arbitrage du sheik ahmadou bamba qui leur adressa des lettres ou il dit :

 « bismillah errahmane errahim :

J’appelle par la présente tout le monde à comprendre que l’interprétation d’ibn kour deymani est subjective .elle est une déformation de la pensée de  Sidi Ahmad tijani  sur lui l’agrément du seigneur .en vérité il n’y a point d’équivoque  dans les réponses précises de Sidi Ahmad tijani , au questionnaires d’ibn kour .

Je conseille à tous de ne point polémiquer sur des sujets aussi subtils , dont la majorité des protagonistes ne maîtrisent pas le fond .il est impératif de savoir que les enseignements des Qotb sont d’une autre nature que celles des savants exotéristes .

Ces derniers sont par rapport aux  premiers ce que sont les saints par rapport aux prophètes .

Les savants exotéristes  sont les défenseurs de la loi exotérique et les Qotbs sont les gardiens de la voie ésotérique .le respect de tous est une obligation et l’amour et la fraternité entre les  disciples des uns et des autres sont le ciment de la communauté musulmane. Quant aux différents dans les interprétations , cela doit être un sujet d’étude et d’exploitation  de données nouvelles et de perspectives initiatiques qui favorisent la quête du savoir et non point un sujet de discorde et un prétexte pour  attiser les haines et la jalousie .

Mes meilleurs salutations et paix à tous .»

  dans une autre lettre ,il exhorta les protagonistes à s’instruire d’avantage dans la connaissance ésotérique avant d’aborder des sujets aussi subtils , il dit :

« bismillah errahmane errahim :salat el fatih :

Seigneur, prie sur notre maître Mohamad  qui a ouvert ce qui était scellé et qui a scellé  ce qui était ouvert .lui qui a fait triompher  la vérité par la gloire de dieu et qui a tracé la voie droite .prières sur sa famille à la mesure de son mérite incommensurable .

l’objet de la présente est  de faire savoir à tous que notre  seigneur transcendant est avec nous partout ,une présence absolue d’après un mode d’être  propre à sa majesté et non point dans un mode accessible notre entendement . son omniscience comme tous ses attributs sont inséparables de lui ,dans une immanence digne de lui .quant à la théologie de Cheikh sénoussi  sur lui l’agrément d’Allah, ainsi que celle des savants théologiens qui ont enseignés le Tawhid, il est certain qu’ils ont présentè leur enseignement dans un mode accessible a la masse des croyants .ils ne pouvaient en être autrement , car telle était leur fonction .

L’enseignement de Sidi Ahmad tijane  sur la « Ma’iya »  n’est pas en contradiction avec le Tawhid  . ce sont les disciples qui se réclament de lui et donnent des interprétations suspicieuses de  la pensée de leur maître qui sont à la base du conflit  avec les disciples de abu beckr fata.

Satan sème le doute et la suspicion dans les âmes  de ceux qui n’ont pas atteint un  degré spirituel leur permettant de réaliser en eux-mêmes les vérités.

Je certifie solennellement qu’au moment ou j’étais en train  d’écrire ce conseil à mes frères musulmans ,le prophète (p.s.l) est venu me voir et m’a confirmé que le Cheikh Sénoussi ,le Cheikh  tijani et le l’Iman Ghazali n’ont jamais été en désaccord .Ce sont leurs prétendus disciples qui le sont .

En vérité je recommande de ne point spéculer sur des sujets qui dépassent votre entendement et de ne point polémiquer négativement  ,car cela n’entraîne que l’adversité .

Les sujets subtils doivent être abordés par des efforts de compréhension ,loin des schémas dogmatiques pour ne pas tomber dans l’incrédulité et l’inconscience .. Puisse Allah vous préserver de l’ignorance. Meilleures salutations

 Témoignages sur khadim rassoul

Dans un opuscule composé par le sheik sidi ahmed ibn ismouhou deymani qui avait servi le sheik ahmadou bamba  une trentaine d’année , avant de s’installer à saint_louis sur recommandation de son sheik qui disait de lui ‘ celui qui veut contempler un saint parfait ‘ wali camel’  n’a qu’a contempler sidi ahmed ‘. Les écris de sidi ahmed demeurent inconnus du public fautes d’éditeur , pourtant les sujets divers de la tradition musulmans y ont  été abordés avec maîtrise et compétence , tel la grammaire ,la poésie, le fiqh , la science des lettres , l’astronomie , la géographie etc…  en mentionnant les qualités de sont sheik ,il dit : quand le sheik ahmadou bamba s’installa en mauritanie qui était le pays le plus prolifique en sainteté , et toutes les générations maures ont vécus la proximité des grands saints .chaque village et même chaque famille pouvait se glorifier d’abriter un saint illustre vivant ou décédé. Les lumières des saints décédé restent en suspens sur leur tombes , s’il n’y a pas un héritier authentique pour en prendre possession  .le sheik  bamba ravit toutes les lumières suspendus et commença à les distribuer aux enfants et petits _enfants des saints décédés , c’etaients que la génération qui cotoya le sheik  reçus des dons exceptionnels et produisa  des œuvres digne des prédécesseurs . sidi ahmed mentionna la virilité spirituelle de sont sheik et sont caractère noble .son amour pour l’islam et les musulmans et sa miséricorde  pour les enfants et les nécessiteux .khadim  rassoul aimait à rappeller aux disciples le vers coranique ‘le jour ou chaque communauté sera interpellée  par son imam ‘ il expliquait que le sheik dont le rattachement initiatique est sincère , n’aura pas de mauvaises surprisesni une longue chaine initiatique car entre le seikh et le prophète (psl) il n’y a pas d’intermédiaire. Khadim rassoul mentionna qu’il avait toujours penser que la lumière prophétique ‘nur mouhamedia ‘ne pouvait jamais être localiser en une seul personne mais  se trouvait éparse dans les élus de chaque génération . quand l’intensité de cette lumière devient insoutenable pour le saint il commence à énoncer des propos théophaniques (lisan hal) .le jour ou le sheik réalisa l’intégralité de cette lumière prophétique il vécu un état ineffable que nul avant lui n’avait pu supporter ,et il mesura toute l’ampleur de sa mission .le sheik ahmadou bamba  était trop réticent à raconter des kava mats sauf devant un auditoire qualifié apte à saisir les subtilités de l’enseignement à tirer ,et pourtant il a consigné dans ses écris en poésie et en prose beaucoup d’événements extraordinaires qui confirment certains récits oraux de communauté mouride   .ce sont surtout les kava mats métaphysiques qui ont le plus de valeur pour les soufis véritables que nous mentionnerons avant de communiquer une infime partie des exploits de ce sheik hors du commun .le sheik ahmadou bamba relata : quand j’ai observé l’état de mes ennemis , les ennemis de dieu , j’ai constater qu’ils ont pus me nuire par la volonté divine et sont décret , et j’ai pris acte tout en ayant la certitude que sans la protection d’allah et sont assistance , il me serait impossible de résister . je me suis alors adressé au seigneur unique pour lui adresser mes doléances . «  Ö seigneur tu nous à crée pour t’adorer . tu à dit dans le coran ‘je n’ai créer les jinns et les humains que pour qu’ils m’adorent ‘ et tu as dis ‘ô êtres humains adorer votre seigneur ‘. Ceux qui ont était entourer de ta sollicitude et de mansuétude ont étaient prompt à obéir et à se soumettre. ceux qui ont étaient prédestinés aux malheur ont étaient rebelles à tes ordres .seigneur tu m’as aider à être parmi les bienheureux qui ont répondus à ton appel en suivant l’imam des prophètes notre maître mahomed  .tu m’ honorer en me consacrant son serviteur et son héritier . voici que tes ennemis et les ennemis du prophète (psl) s’interposent entre moi et ton adoration et le service du prophète bien aimé. ils utilisent tous les moyens pour me casser . seigneur tu nous à fait parvenir par la langue de ton prophète (psl) que chacun à une demeure au paradis et une demeure en enfer . quand le croyant entre au paradis dans sa demeure , on lui montre sa demeure de  enfer et on lui dit , elle est maintenant la propriété d’un mécréant. Quand le mécréant entre en enfer ,on lui montre sa demeure au paradis et on lui dit , elle est maintenant la propriété d’un croyant .s’il en est ainsi ,  seigneur , alors que mes ennemis me font subir toutes sortes d’injustices et font de moi ce qu’ils veulent , je ne cherchent même pas à me venger et je ne les maudits même pas , mais je te demande de m’accorder leur demeures du paradis , après les avoir conquis sur mais ennemis . »  ils décida alors de les donner en cadeau au compagnons de badr qui assurait sa protection . et il récita en vers :  «    j’ai donner aux compagnons de l’élu les demeures du paradis , après les avoir conquis sur mes ennemis qui n’en n’auront nul besoin puisque le paradis leur est occulté . mon seigneur m’a accordé ces demeures pendant mon exil . il purifia mon existence et exauça toutes mes requêtes .j’en fait don aux compagnons afin d’avoir d’avantage d’agrément auprès de notre prophète bien aimé  qui me protège constamment.» et il dit dans une autre qasida : «  leurs récompenses s’ils avaient adoré le seigneur m’ont été données ce que je détient n’a pas de fin , par la grâce de mon seigneur qui m’a gratifié de tous les dons . » .

Dans la qasida : « et ils crée ce que vous ne connaissez pas » : wa yakhlaqu ma ‘ la ta’lamun , tu m’as fait don des connaissance et du livre sacré ainsi que des hadiths et tu as éloigné de moi toute imperfections . tu m’as accordé  ce qui me distinguera au paradis le jour de la reconnaissance . tu m’as fait le récipiendaire des sciences et des dons . tu m’as dévoilé le manifeste et l’occulté . tu m’as montré ce que tu avais caché . et ce que tu n’as révélé q’au prophète élu . tu m’as accordé ce qui as fait l’excellence de jilani , sur lui l’agrément de celui qui m’a élevé .  tu m’ accorder ce qui a distinguer (abdoul hassen) shahidi  dans le service de son aïeul le prophète bien aimé  . tu as parachevé mes acquis en m’accordant les grace qu’avait obtenu tijani  et tu m’as fait don de l’éloquence . tu as éloigné de moi toute chose désagréable  et tu m’as fait le serviteur du prophète élu à l’instar de aras . et tu as était bienheureux envers moi et tu m’as fait l’héritier de hassen dans les louanges du prophète . tu m’as fait l’héritier  du fiqh de l’imam malik sur lui l’agrément du seigneur clément . tu m’as  accordé tous les bienfaits , et tu m’as donné le fikh de l’imam chafi. Tu m’as accordé des dons subtils et tu m’as remis le fikh de abdou hanifa  .  ô meilleur guide à qui je rend hommage , tu m’as donner le fikh de l’imam ahmed.

Le sheik mohamed ibn abdallah alawi dans son livre « nafahat miskiyya » mentionna : le sheik ahmadou bamba vit en vision les quatres imams ,abdou hanifa malsk ibn …, chafi et ahmed ibn haubal  sur eux l’agrément d’allah . les quatre semblaient vouloir confier leur madhab au sheik , qui demanda à son frère sheik ibra faty de confier à mahomed ibn abdallah alawi la mission de réunir tous les ouvrages   des quatre écoles  (madhahibs).en mauritanie il n’y avait que les écrits malékites et l’auteur devait se préparer à voyager pour l’égypte des autres écoles. une fois , les œuvres réunis , l’auteur n’avait plus d’argent et c’etait son premier voyage en dehors de son pays . il eu à intervenir à la mosquée  el azhar devant le mufti qui apprécia ses talents et l’honora . l’auteur composa un poème en l’honneur du mufti pour le

remercier de son hospitalité , ce qui lui valut l’admiration de son hôte qui n’en revenait pas devant la maîtrise linguistique de son invité et le couvrit de cadeaux et lui donna de l’argent en abondance , pour acheter tous les ouvrages qu’il voulait. A son retour , il offrit au sheik tout ce qu’il ramena d’Egypte en improvisant un poème sublime « je te dédit ce poème immaculé sans appréhension , ni hésitation , je t’offre à boire ce délice qui désaltère les cœurs et qui contient le résultats de ma mission . regarde là, les ouvrages du cherif radhi le chafi, la quintessence des illustres saints, et là ibn haubal , le pieux , tiens voici ces écrits et abdou hanifa le maître de l’éloquence. A toi de nous expliciter ces écrits et de nous initier aux subtilités . ton mouride a accompli sa mission en rapportant les   ouvrages précieux. l’auteur terminera l’histoire par un rappel aux aspirants d’avoir une fois sincère et véridique dans la puissance spirituelle du sheik et de se prescrire aux bonnes convenances en tout moment .il expliqua que accorder foi aux karamats des saints constitue la porte d’accès aux hautes stations de la spiritualité . pour l’auteur la plus grande karamat du sheik était qu’il ne faisait rien sans l’autorisation et l’injonction d’allah ou du prophète (p.s.l) que se soit par la compréhension   véritable du coran ou par l’adhésion à la tradition prophétique ou par vision ou par contact direct avec le prophète (p.s.l).

au nom du réformisme wahabi .les théses wahhabi reprenaient les arguments d’Ibn Taymiyya

contre les soufis,tout en jetant l’anatheme sur ceux qui ne rallient pas a leur doctrine. Les pelerins furent attaques et pilles et  toute la péninsule arabique était devenu un champ de bataille, si bien que le pelerinagefut aboli pour défaut de sécurité.

L’élite spirituelle des lieux saints décidèrnt d’envoyer une délégation au Sénégal pour reçevoir du Cheikh Ahmadou Bamba l’aide et l’assistance, ainsi que les directives dans cette période cruciale pour le devenir de la communauté de l’Islam et de l’Avenir des lieux Saints qui abritent la maison sacrée et la Tombe du prophète bien aimé(P.S.L.)

Les  idwa belfassen cherifs descendants de seyyidina ibn abi talib

 

Le maroc était le premier royaume fondé par les descendants du prophète (p.s.l). beaucoup de familles chérifiennes vivaient en Afrique occidentale depuis des siécle.  .En mauritanie ,des Tributs entires étaient chérifiennes ,car la vie des maures etait celle des bédouins du desert ,ou les liens de sang sonttrres vivaces.

Les genealogistes maures connaissaient l’ascendance de chaque famille et l’arbre genealogique des tributs est consigné chez les partriaches les idwa Belhassen sont les descendants de Seyyidina Hassen Ibn Talib et passent pour les plus experts en linguistique surtout la branche des Awlad  Amar Akdach.

Devant les prouesses linguistiques et prosodiques de Sheik Ahmadou Bamba, les Idwa Belhassen étaient vennus en masse honorer cet homme miraculeux.

Ils furent des hotes privilegiés et le sheik leur dit :  Je vous aime d’un amour particulier pour votre ascendance.Vous les récipiendaires  des secrets prophétiques .Votre humilité cache vos dons et vos  privilèges. Vous êtes auprès de moi dignes de tous les biens , si vous voulez je vous dispense les biens de ce  monde à vos risques et périls .Si vous voulez je vous dispense les biens de l’au delà  , ce sera meilleur et plus digne de votre illustre rang. Les Idwa Belhassen proclamérent  qu’ils    choisissent l’au delà le Sheik  leur  écriva : Que celui qui lit ces lignes , sache que les Idwa Belhassen se distinguent par  trois qualités :

   _ leur amour sincère pour  ALLAH et son prophète (PSL) .

   _ Leur patience et leur clémence ainsi que leur soumission totale à la volonté divine

  _Leur amour  pour les Saints .

Le Sheik était toujours disponible pour les Chérifs  et il leur faisait souvent gouter à des boissons qu’il préparait de sa main bénite.Il leur faisait voir des poémes qu’il ne faisait voir à personne.A certain , il demandait de garder des écrits , ou de les enterrer .

Les poétes  des Idwa Benhassen composérent des odes merveilleux syr le Sheik .

Mohommed  Ibn Hassen  écriva  :

O croyants , levez vous et témoignez ne lachez pas la vérité et ne soyez pas  ingrats , je vous con jure par ALLAH , avez vous connu un adorateur à l’exemple du Sheik  je témoigne qu’il n’ y a pas  sur terre quelqu’un comme lui ni dans les adorations , ni dans les connaissances  .

Mon temoignage plaidera pour moi , le jour ou  je serai en face  du seigneur qui me recompensera  O Sheik illustre , te es au delà  de toute les connaissances te personne n’a la prétention de rivaliser avec toi ; tu t’es fais humble par miséricorde envers la commute du prophète (PSL) l’envoyé d’ALLAH est heureux de ta présence sur terre pour sauver cette malheureuse humanité . Tu es le pole des musulmans et leur  refuge devant les calamités.

Ton service pour le prophète   élu par les prières et les louanges est un honneur que nul ne peux te disputer .Continues ton œuvre , je passerai ma vie à faire tes éloges et à reveiller les inconscients .Le prophéte  élu s’est distingué de touts les autres prophétes par la volonté d’ALLAH qui l’a choisi et tu t ‘es distingué sur tout les Qotbs  par la volonté d’ALLAH et le choix du prophéte élu .Tu es parti en exile pour te rapproché d’ALLAH  et de son prophète

(PSL) .Tu as combattu les infidèles sans arme , ni  partisans . Tu es et tu seras toujours le refuge et l’abris des bienheureux comme des malheureux. Tout croyant qui veut se prémunir contre le malheur n’a  qu’à se refuger en toi , qu’il soit un noir ou un blanc .Muhamed   Ibn  Moalla   El Hassen  dit :

O Qotb suprême  , toi qu’ALLAH a elu  pour manifester sa gloire .toi qui es constamment  préoccupé par le sort des humains . O toi qui as pansé nos blessures et qui as vivifié  nos âmes.

Toi qui nous as redonné la joie de vivre après un desespoir certain .Tu nous as secourus dans une époque de malheur et de calamités . Dans tes écrits , on a appris à distinguer le licite de l’interdit , et dans ta poésie on a puisé les subtilités de la prosodie . Grâce à toi , nous voici regènèrés et nos intelligences illuminées .Tu as fécondé nos esprits par les lumières de ta spiritualité .   et voici que nous somme devenu incomparables dans les disciplines que tu nous à enseignes : le fikh le tawhid, le tasawwuf , la qrammaire , la poesie , nul ne peu rivaliser avec tes disciples réalisés.

               Poemes offert à khadimou rassoulpr les maîtres de syinguit

Mahomed el fadhel ibn ahmed dalil yacoubi envoya au serviteur du prophète un poème qui sera commenter par les plus grands poètes et linguistes du pays :ô secours des créatures , tu es le récipiendaire des grands et bienfaits . tel le barrage qui maîtrise les flots afin de les distribuer avec parcimonie pour le bien des riverains qui viennent puiser dans les cours d’eau et les rivières , mais , tes rivières à toi sont celles ou puisent les poètes ou les saints .

Chacune de tes rivières correspond à un maître de la métrique arabe et chaque maître est une source abondante et ininterrompue d’ou la poésie et les louanges sur le prophète élu jaillissent immaculées . tu es plus savant qu’el khalil dans la métrique poétique . parmis tes poémes , certains  exaltent la mansuétude et attirent les bienfait , d’autres  chassent le mal et discipent le mal et les ennuis .

Ton inspiration et ton éloquence sont au delà de toutes normes . tu puise tes rythmes dans des répertoire inconnus . tu assujettis telle métrique pour la  piété  ou l’ascétisme. Telle autre pour la patience et la gratitude . telle autre pour les actions de grâce et la reconnaissance . tu as obtenu du seigneur des faveurs et des dons inconnus   . toute poésie à coté de la tienne n’a ni qualite ni une quelconque prétention .ce que le seigneur t’as donner a rendu notre intelligence perplexe et a fait vaciller notre raison . ô serviteur du prophète notre intelligence reconnaît ses limite et  notre raison à déclarer son incompétence devant tes dons . nous voici humblement  soumis prisonnier volontaire de ton extraordinaire personnalité . tes louanges sur le prophète élu attestent à tous ta suprématie et tes écris témoigneront pour toi jusqu’à la fin des temps . un  autre poète dira : « les noir et les blancs se sont disputés à ton sujet . tu les à départager en toute équité . pour les uns ru offre ton apparence , pour les autre tu réserve ta réalité  . les uns jouissent de tes écris et de tes dons , les autres de ton service et de ta proximité . tous sont heureux de ce qu’ils ont obtenus , à chacun de faire un meilleur usage de ce que tu leur à donné . en vérité tes dons sont  et ni les noir , ni les blancs  ne peuvent les cerner .

                                     Mohamed ibn e’salik ibn baba el alawi

Quel bonheur et quel privilège pour cette terre bénite qui héberge le sheik . c’est le sheik ahmadou bamba , le plus illustre sheik de tous les temps. Savoir et connaissance ainsi que la bonté,  et la générosité sont ses sujets . plus généreux que lui n’existe pas dans tous les horizons . veuves et orphelins n’ont plus à se tracasser depuis qu’il est venus dans ce pays . ô ahmadou toi qui dépasse ahmed ibn hanbal dans le fiqh  tu es certainement l’intercesseur de cette communauté après le prophète élu . dans le tasawuf , tu es supérieur à tous les grands maîtres et dans la récitation du coran  tu dépasse hahs et nafa. En vérité , tes écris nul ne peut prétendre les égaler . ton poéme « jadhb el qotoubs  » est un argument tanchant puor toute interrogation . ta connaissance du hadith te permet de corriger les six receuils hautentiques de la tradition . si on demande aux savants , qui sont le recours suprême des croyants ,tous les doigts te pointeront sans hésitation .

Les autorités coloniales et le sheikh ahmadou bamba en Mauritanie

La notoriété du sheikh ne cessaient de grandir , et les foules musulmanes affluaient de toute  part vers sahwat el ma ou Sarsara pour visiter cet homme de Dieu  hors du commun .  du Maroc , de l ‘Algerie , de la lointaine péninsule arabique , les  émissaires venaient voir le sheik et soliciter sa baraka.

Les maures avaient répandu dans le monde islamique les merveilles et les miracles du cheikh , ses kassaids étaient récités dans tout les villages . le 22 mars 1906 : le gouverneur général de l’AOF écrit au gouverneur  du Sénégal .dans votre dernier rapport mensuel , vous avait bien voulu appeler mon attention sur les inconvénients qui pouvait résulter pour le Sénégal  de la présence d’ ahmadou bamba à proximité de cette colonie .sahwat et mà , ou réside actuellement ce personnage religieux est devenu un lieu de pèlerinage. Dans ces conditions , j’ai prié M. le commissaire du gouverneur général en Mauritanie de me faire connaître s’il voyait des objections à l’envoi  d’Ahmadou bamba dur un point de la mauritanie plus éloigné du fleuve que sahwat el mà . fort coppolain par exemple ,ou ce  marabout tout en ayant une résidence plus saine et plus agréable, serait mis à l’abris des suggestions fâcheuses de ses conseillers ordinaires .des que la réponse du lieutenant colonel  Montare me sera parvenue , des mesures pourront êtres prises pour mettre fin définitivement à une situation préjudiciable à la tranquillité publique dans votre colonie .j’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint une liste d’indigènes du sénégal  qui me sont signalés de shwat el mà , je vous serais obligés de bien vouloir les faire activement et discrètement surveiller .

Le retour de Mauritanie en 1907

Dans un document des archives du Sénégal dont l’objet est la rentrée au Sénégal du cheikh  ahmadou bamba , en date du 25 mars 1907, le commissaire du  gouvernement général en territoire  civil de la Mauritanie s’ adresse au gouverneur du Sénégal : «  j’ai l’honneur de vous adresser ci-joint la copie d’une lettre de M. l’administrateur commandant le cercle de Trarza  , relative à la demande d’autorisation de entrer au Sénégal en faveur de sheikh ahmadou bamba . j’ ajouterai notre ami sheik sidia à renouvelé auprès de moi ses instances  pour obtenir sa grâce et qu’il se porte garant pour l’avenir .l’attitude de se marabout pendant son internement à sahwat el mà à été irréprochable. Son attitude à été très correcte pendant les derniers événements qui ont troublés le tagant et le trarza .si l’on veut tenir compte de la rigueur que présente son internement par suites des conditions défavorables de séjour dans une localité marécageuse et malsaine qu’il à du habiter et qui ont portés atteinte à sa santé , ainsi que du caractère réel de ses agissements dus surtout à la turbulence de ses talibés , si l’on veut également prendre en considération ,les garanties offertes par la famille d’ahmadou bamba , je puis espérer , monsieur le gouverneur  que vous ne verrez  plus actuellement  d’inconvénients au retour de ce marabout au Sénégal et je vous transmet sa requête en le recommandant à votre haute bienveillance. ».

                                                                       Le 25 mars 1907

6 mai 1907 ,

le lieutenant gouverneur du Sénégal au commissaire du gouvernement général en territoire civil de la Mauritanie .

« j’ai l’honneur de vous faire connaître en réponse à la demande de réintégration  au Sénégal formulés par le sheik ahmadou bamba , que j’ai arrête d ‘accord  avec l’administrateur de louga , le lien de la nouvelle résidence de ce marabout . un terrain d’une superficie de 4 km² va lui être affecté au village de thieacine province du djoloff, cercle de louga . ce village pourvu d’eau et offrant de vastes terrains de cultures aux environs est situé à 60 kms de sakal , station de la ligne du chemin de fer , et à 35 kms de yang-yang  résidence du chef de la province .je vous serait reconnaissant de prévenir sheik ahmadou bamba de la décision prise à son égard et vous ferait connaître ultérieurement à quelle date il pourrait être autorisé à se mettre en route .ce fut encore le sheik ibra fall qui devait venir avec l’autorisation écrite du gouverneur général du Sénégal , permettant au sheik ahmadou bamba de retourner chez lui, dans son pays aimé . les préparatifs de retour durèrent une semaines et les délégations des tributs maures ne cessait d’affluer pour faire leur adieux au sheik  ahmadou bamba dont ils disaient : « celui qui compare sheik ahmadou bamba à un autre que le prophète élu est un ignorant qui n’a rien compris .

                                 résidence surveillée à thieacine

       louga le 1er juillet 1907 : l’administrateur du cercle de louga à mr le gouverneur des colonies bueau politique.

« j’ai l’honneur de vous adresser sous ce pli une lettre du marabout sheik ahmadou bamba dans laquelle il fait connaître qu’i est installé à thieacine .

 Louga le 3 octobre 1907 :comme suite à ma lettre du 25 septembre dernier n°102 relative à Ahmadou  BAMBA ,j’ai l’honneur de vous proposer les mesures  ci-après relatives à la surveillance de ce marabout .elles compléteraient les instructions particulières que vous avez bien voulu me transmettre le 14 aout 1907 et répondraient  à l’esprit  de la circulaire n°1245 du1er octobre courant . le but à atteindre étant de restreindre le plus possible le nombre et l’importance des pèlerinages chez ahmadou bamba sans toutefois porter atteinte à  la religion musulmane en employant des moyens vexatoires envers ses adeptes . la solution la meilleure semble résider dans la création d’une obligation administrative que devraient tous ceux qui devraient venir à thieacine .

_la présentation d’un ticket d’impôt par chacun

_faire remplir aux pèlerins avant leur départ de leur pays  d’origine , la formalité actuellement en vigueur en thiéacine

_les populations  des cercles voisins (Thiés, Tivaouane, dagana, podor , matam )seraient informés qu’avant de partir de leur cercle , ils auront à se présenter devant l’administrateur afin de faire une déclaration concernant :

     1°) le ou les noms des principaux  pèlerins

     2°)le nombres de personnes accompagnant

     3°)la nomenclature des cadeaux destinés à ahmadou bamba

     4°)la durée probable de leur absence

     5°)l’itinéraire qu’ils désirent suivre

     6°)présentation des tickets d’impôts pour les pèlerins .

les conditions remplies , la caravane recevait un laissez-passer de l’administration donnant les renseignements ci-dessus et  serait parvenue à se présenter à l’administrateur de louga qui opposerait son visa et autoriserait le voyage à thieacine    ces mesures paraîtront excessives , mais je ne voie pas de plus pratiquement capable d’ enrayer les flots des visiteurs  mais , malgré tous ces mesures les visiteurs ne se découragèrent pas et un document d’archive

( archive du Sénégal dossier bamba  piéce n°4, mai 1908) mentionne : renseignement journalières sur ahmadou bamba . de notre agent secret de thieacine . 2 mai : le nommé momar diarra du village de m’backé (baol oriental ) envoie la somme de cents cinquante francs au marabout ._ le sieur ahmadou kebe du village de guakal ( cercle de tivawona ) est venu est venu rendre visite à ahmadou bamba  auquel il apporte 2 sacs de mil et de sankhal ( mil pilé ) _ le nommé abdou sylla de guakhal ( cercle de tivawone ) accompagné de trois personnes conduisant deux chameaux chargés de mil et de sankhal ._4 mai : le sieur momar diarra du village de guakhal (cer cle de tivawone  ) accompagné de deux personnes ayant conduit un cheval pour el marabout ._ le nommé m’bare  kane de yeval (cercle de dagana ) à conduire à sa visite à thieacine , un bœuf –porteur charge de mil. _ 8mai : le nommé omar amina khoudia du village de de keur bacine accompagné de 4 personnes est venu voir le marabout , auquel il à offert un cheval et une somme de soixante quinze francs ._ le cheikh alioune touré de pire , envoie au marabout un cheval et mille francs ._ 17  mai : le cheikh Ibra sar du village de n’diange ( cercle de louga ), envoie au marabout 3 chameaux  et 2 bœufs chargés de mil et de sankhal ._ le cheikh massamba diop de khaliane ( baol oriental ) envoie un cheval arabe . _ le sieur amadou makhourédia du village de thylimakha  (cercle de tivawaone ) , accompagné de 2 personnes à donné 75 francs au marabout . _ le nommé omar guane du village de guandioure , cercle de louga à offert 50 francs au marabout . _ 21 mai : le sieur anta diop de bekel (cercle de louga ), accompagné de 2 personnes a offert un cheval au marabout ._ 25 mai : le sieur boubacar m’baye , encien talibé de sheikh ahmadou saghir est venu visiter le marabout auquel il apporte 75 francs . _ 30 mai :  cheikh ibra faty du village de m’backé ( baol oriental ) à appelle pour faire ses condoléances au marabout pour la perte de sa belle mère . ce dernier à tué 3 taureaux de suite . _ 30 mai : le sheikh ibra fall de n’dande (cercle de tivaouane , envoie deux chameaux chargés de mil et de marchandises .

et d’autres encore mentionnés dans le rapport qui finit par décrire le camp du cheikh : on compte chez ahmadou bamba 95 cases , 2 tentes , 152 hommes et 25 femmes .

                                                retour au baol

 

le 1er juillet 1908 : l’ administrateur thieveniant commandant le cercle du baol à monsieur le gouverneur de saint- louis .  par mesure politique , j’ai l’honneur de vous demander de vouloir bien , le cheikh de ahmadou bamba à rentrer au baol . le marabout est actuellement à djoloff ( cercle de louga ) en résidence surveillée .évidemment cheikh ahmadou bamba habitera à diourbel à côté de moi thievenant.

Le gouverneur qui résidait à saint- louis reçu aussi les doléances du cheikh ibra fall qui lui écrivit : «  cette affaire que le vous soumets  , j’avait chargé monsieur descemet et monsieur carpot de me faire la demande . je vient  pleurer à mon tour près de vous , pour vous demander la mise en liberté de cheikh ahmadou bamba , notre guide dans la vie spirituell , qui sera une marque de liberté qui ne s’effacera jamais de nos cœurs . depuis 14 ans il est entre les mains des français  à cause de faux bruits contractés contre lui . il y’a 3 ans que je ne l’ai pas vu . je ne veux pas y aller sans votre autorisation . il ne se passera que tranquillité je vous en donne confiance . prenez en considération les pleurs sortant d’un cœur tout brisé de douleur . finalement l’autorisation de rentrer au baol arriva et cheikh ahmadou bamba se déplaça avec toute sa suite . des centaines de malles remplis de livres et de manuscrits , des tonnes de vivres et des dizaines de talibés qui était constamment auprès de lui  pour transcrire les écrits du cheikh , d’autres pour préparer les repas du cheikh et des talibés ou des visiteurs . à diourbel , m.  thievenant qui insista pour  le retour du cheikh , semblait avoir des arrières pensée  et essayait d’intimider le cheikh qui rester insensible . un jour m. thievenant vint voir le cheikh ahmadou bamba pou lui expliquer qu’il s’apprêtait  à  recevoir la visite d’un homme   très , membre influent dans le gouvernement français , il était de tournée dans l’A.O.F . son rapport pourra servir à faire obtenir à mr. Thievenant une promotion certaine , mettra à la disposition du cheikh , s’il l’aiderait financièrement à faire un accueil honorable à leur illustre visiteur . le cheikh ahmadou bamba lui fit savoir qu’il n’avait nullement besoin de ce genre de service , car Allah lui suffit en tout. Mais par contre si mr. Thievenant avait un besoin quelconque il n’avait qu’a le formuler directement et sans détours .le cheikh verra alors ce qui est dans ses possibilités . mr. Thievenant vexé gardera une rancune tenace envers le cheikh . il envoya un rapport  préconisant des mesures draconiennes contre  le cheikh .  entre temps mr.william merlau- ponty devint gouverneur général de l’aof , et le resta de 1908 jusqu’à 1915. licencié en droit, le nouveau gouverneur étudia le dossier du cheikh  Ahmadou Bamba en détail. car il était au centre des préoccupations du gouverneur général .mr. ponty imprima à la politique colonial un politique nouveau et n’hésitait pas à mettre en garde les administrateurs  contres les excès d’autorité dans une lettre adressé au lieutenant gouverneur du Sénégal il mentionna : vous serez certainement d’accord avec moi pour estimer que le rapport de mr. Thievenant ne comporte aucun faits nouveau réellement intéressant. quand au mesures que préconise mr. thievenant  tant à l’égard d’Ahmadou Bamba que de cheikh Anta, elles ne m’ont pas parus opportunes. elles sont peut-être énergiques et certainement sévères. mais j’ai toujours pensé que notre politique à l’égard des musulmans doit s’arrêter à plus d’habileté et de tact que de sévérité . à plus forte raison doit-il , à mon avis en être ainsi  quand cette politique exerce son action sur un groupement islamique qui peut avoir de nombreux adeptes . nous devons avant tout ne pas perdre de vue qu’Ahmadou bamba est un ami de cheikh sidia , le cheikh le plus vénéré des pays maures . Il me suffira de vous rappeler les termes que ce marabout employait lorsqu’il prêchait aux populations, dévouées depuis longtemps à la famille de Mohamed Fadhel Ibn Manin, pére de Saad Bouh et de Ma-El Aynain, les bienfaits de la paix et l’inutilité de la résistance.

Sous quel jour apparaîtrait au loyalisme de Cheikh Sidia notre politique à double face. Ce serait, vous l’admettrez jouer un double jeu dont nous viserions fort d’être nous même les dupes. Ce serait engager lourdement notre responsabilité. Nous ne devons jamais perdre de vue qu’en matière de politique indigène et notamment dans notre action à l’égard de l’Islam et des groupements islamisés des mesures de coercition trop rigoureuses ne sauraient laisser place à aucun imprévu. C’est donc avec une extrême prudence que nous devons agir. Notre politique indigène. Je l’ai souvent répété doit être exempte d’accords. Elle doit être de bonté réfléchie et de fermeté bienveillante, et non de vous mesurer de coercition.

Nous ne saurions être trop circonspects quand, précisément, nous nous trouvons en présence de groupements islamiques importants dont nous suivons l’évolution depuis longtemps.

A leur égard, notre vigilance ne saurait être surprise. Ainsi n’est-ce point aux vues personnelles, presque toujours étroites des commandements de cercles, que nous devons nous associer. Notre action doit avoir un horizon plus large. En ce qui touche à l’Islam, elle doit procéder de la politique générale de la France, non seulement en Afrique Occidentale Française, mais dans l’ensemble de l’Afrique du Nord. Tout en surveillant habilement les grands marabouts en nous efforçant de diminuer lentement, peut-être, mais avec efficacité, l’autorité dont ils jouissent, il est de notre devoir de rester en contact avec les groupements islamisés au lieu de nous séparer d’eux. Nos efforts doivent tendre à les isoler de la propagande de l’Islam étranger, en les soustrayant autant que possible aux incitations des internationalistes musulmans, des illuminés et des secrétaires .or des  mesures du genres de celles que préconise que mr. Thievenant ne réponde en rien à cette action méthodique et prudente . je ne me suis arrêté à ces considérations que pour montrer à quelle point il est indispensable  que la direction politique ne découle pas d’impulsions momentanées  des commandants du cercle , mais procède  au contraire de vues larges selon une orientation systématique  bien définie qu’il vous appartient de donner suivant  en cela les suggestions et les inspirations du gouverneurs général . le mesures proposée par mr. Thievenant à l’égard d’Ahmadou bamba ne saurait donc être adoptées . enfin je n’ai rien  à ajouter aux suggestions que contenait son télégramme au sujet de mr. L’administrateur  en chef thievenant. il vous appartient de faire choix pour commander  le cercle de baol, d’un administrateur ayant une certain pratique de notre politique à l’égard du Sénégal et des mourides.


[1] Nous traduirons des extraits de ces magnifiques poèmes didactiques et nous préciserons le sens des titres en Français, tout en mentionnant les thèmes analysés par le Cheikh Ahmadou Bamba dans chaque poème. [2] Le Cheikh Abu Abdallah Mohammed Senoussi est mort en 1489 à Tlemcen en Algérie. Il fut un grand théologien, un mathématicien et un soufi. Ses ouvrages en théologie sont très célèbres dans tout le monde musulman, et sont les meilleures références en la matière.   [3] Abderrahmane Akhdari (1512-1575) savant théologien, et maître en jurisprudence Malékite. Il fut à la fois linguistique, logicien et penseur. Ses œuvres sont très réputées dans tout le monde musulman spécialement chez les Malékites. Il fut l’un des artisans de la grande réforme intellectuelle et spirituelle du 16° siècle. Il vécut en Algérie et mourut à l’age de 63 ans.   [4] Dans les sociétés traditionnelles où les connaissances découlent des révélations prophétiques où de l’enseignement initiatique et métaphysique, il n’y a aucun obstacle rationnel à de tels faits. C’est seulement dans le monde contemporain pénétré par les nouveaux courants de pensée scientiste et rationaliste que l’extraordinaire n’a plus de raison d’être et que les expériences doivent être reproduites en laboratoire pour être avalisées [5] (Les indications des biens précieux) : C’est l’ouvrage panygérique le plus médité dans la spiritualité musulmane. Il a été composé par L’Imam Jazuli qui fut le Qotb de la  tarîqa Shadiliya en son époque. [6] Wasila  est une expression coranique qui signifie Médiateur ; Allah dit dans le coran « Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et cherchez un médiateur entre vous et lui ». Le prophète (PSL) est le Wasila de toutes les créatures et il est l’intercesseur  (Cha’fiy). Certains savants Salafis considèrent que ce sont les actes pieux qui sont le (Wasila). Mais leur avis est rejeté par les théologiens qui estiment que le croyant n’a pas la paternité de ses actes qui ne sont que l’expression de la volonté divine.  Le croyant ne peut qu’espérer la validation de ses actes sans une médiation de ses actes. [7] Certaines subtilités linguistiques ne sont saisissables que par les plus compétents linguistes arabes et font partie des dons innés de la langue maternelle. Il ne faut pas oublier que le miracle ultime de la révélation coranique réside avant tout dans l’inimitabilité et l’incomparabilité linguistique du Coran. La maîtrise absolue et la perfection des écrits de Khadim Rassoul ont produit le plus grand effet sur les savants et les linguistes du monde arabe. Dans notre ouvrage biographique en arabe, cette donne est évidente. Notre maître, le Khalife Serigne Saliou M’backé nous a donné l’autorisation (Idhn) de le composer. (Il est impossible de reproduire l’inimitabilité et l’incomparabilité linguistique I’JAZ LUGHAWI en une autre langue que l’arabe). Dans les ouvrages en français, nous ne pouvons qu’affirmer le fait et produire les témoignages des linguistes qualifiés de renommée internationale comme les maîtres de shinguit (Mauritanie). Nous avons restitué les sens les plus exacts toutes les fois que nous étions confrontés à des tournures intraduisibles.

 

Mourides  info

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